ESPACE OSCAR NIEMEYER – LE HAVRE

RÉALISATION

DESHOULIÈRE JEANNEAU & SOGNO ARCHITECTES

 

La genèse

Libre, fluide, insolemment fichée au cœur de la ville, la Maison de la Culture du Havre, conçue par Oscar Niemeyer et construite entre 1978 et 1982, est un formidable contrepoint à la ville orthonormée d’Auguste Perret. Sous son apparente simplicité volumétrique, l’espace culturel — rebaptisé le Volcan en 1990 — cache son jeu. Alors que l’Atelier Perret avait reconstruit le centre de la ville portuaire détruit par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, l’architecte brésilien évidait, pour partie de 4,50 m son terrain d’accueil, un carré parfait de 125 m de côté. Au centre du site, Niemeyer a creusé une place basse de laquelle jaillissent, de part et d’autre, deux volumes tronqués, tels des cratères de plan ovale et aux surfaces courbes. L’architecte carioca évoquait à sa manière les cheminées des transatlantiques chers à la mémoire des Havrais. Lisses, immaculés et abstraits, les ouvrages de béton sont aveugles, hormis une couronne de fenêtres en hauteur sur la plus petite des constructions.

« Oscar Niemeyer ne voulait pas qu’on entre dans un bâtiment, mais dans un site où ces derniers s’offrent à vous », rappelle Jean-François Driant, directeur du lieu, labélisé Scène nationale en 1991.

Espace culturel Niemeyer ©Patrick Miara

Ces lignes audacieuses répondaient à une programmation artistique du même ordre, tournée vers l’avant-garde. Issu du mouvement des Maisons de la culture d’André Malraux, rêvant de mettre l’art à la portée de tous, le théâtre a donné l’opportunité à des chorégraphes, à des hommes de théâtre de renom voire à des compagnies circassiennes d’y déployer leurs plus belles audaces scéniques.

« De l’ancienne source a jailli le volcan »

Pour rester un acteur de cette volonté de défrichage et de renouvellement des genres artistiques, l’ancien Volcan a fait l’objet d’un lifting total, depuis les espaces qui l’entourent jusqu’aux volumes intérieurs.
Le lieu devait évoluer pour rester innovant ; de plus il fallait régler des questions sécuritaires et d’image : « Un des enjeux était d’inventer une nouvelle logique du site qui n’avait finalement jamais été réellement approprié par les habitants », explique Jean-François Driant.

Aussi les fonctions du lieu ont-elles été repensées. Désormais, le petit Volcan et la salle de musiques actuelles qui lui était attenante – l’ancien Cabaret Electric – se sont mués en un programme de bibliothèque. C’est le lien entre cette dernière et Le Volcan qui doit apporter une identité nouvelle au complexe culturel. « L’idée était de construire des événements communs, et que les lecteurs de la bibliothèque fréquentent également le théâtre », précise le directeur de la Scène nationale. (…)

 

Espace culturel Niemeyer ©Patrick Miara

Le mot des architectes
Deshoulières Jeanneau Architectes
Sogno Architectes

Nous nous sommes appuyés sur la démarche initiée par la maîtrise d’ouvrage, à savoir un échange avec l’agence Niemeyer pour déterminer ce qui était essentiel et ce qui pouvait être modifié sans trahir l’esprit d’origine.
Cette démarche mettait en avant clairement la particularité du travail de Niemeyer au Havre, à savoir un morceau d’architecture originale dans un écrin formé par la trame des immeubles de Perret : emblème du Havre, ce rapport entre l’œuvre et le fond des îlots de logement devait être préservé, ainsi que le lien organique entre les places haute et basse et les deux Volcans, le garde-corps dessinant une « colombe » vue d’avion.
Bien qu’il n’y avait pas d’autres prescriptions, nous avons souhaité préserver l’esprit du bâtiment d’époque autant que possible, notamment en mettant en valeur à l’intérieur du théâtre et de la bibliothèque le « béton de planche », caractéristique de la production de l’époque.

Quel contraste entre ces beaux volumes blancs se détachant dans le ciel changeant du Havre et les abords lorsque nous les avons découverts en 2010 : un sol et des pieds de bâtiments dégradés, des coins insalubres, un accès invisible depuis les rues avoisinantes.
Symptomatiquement les ascenseurs construits peu de temps auparavant descendaient directement de la rue au parking sans s’arrêter à la place basse, désignée « forum » en 1982.
Le problème essentiel du site était bien là. Cela avait été identifié en phase programmation. Notre rôle a été de le désigner comme le sujet n°1 à traiter pour réintégrer ce site dans son quartier, le centre-ville. Il souffrait en fait d’un « urbanisme sur dalle », typique des années 1960-1970, mais à l’envers : le contrebas casse la continuité urbaine autant que le surplomb.

Espace culturel Niemeyer ©Patrick Miara

Maîtrise d’œuvre DESHOULIERES JEANNEAU, F. SOGNO architectes,
Maîtrise d’ouvrage Ville du Havre
BET acoustique R. Raskin
BET Lumière Sara Castagné
Scénographie Thierry Guignard
Entreprises Gagneraud (Gros oeuvre), Laubeuf (verrières), Galli (menuiseries, plâtrerie, agencement), Amgfechoz (machinerie scénique), Axima (Cvc), Sfee (électricité), Eiffage énergie & Auvisys (électricité scénique), Poulingue (gradins), Parquetsol, Delagrave (sièges), Colas (pavage).
Calendrier 2011-2015
Surface du site 17 000 m²
Surfaces construites 14 118 m²

Texte : Sophie Trelcat
Visuel à la une : Patrick Miara

Découvrez l’intégralité de l’article sur l’espace Oscar Niemeyer au sein du numéro 98 d’Archistorm, daté septembre-octobre 2019 !