GILLES & BOISSIER : une élégance française, un esprit nomade

GILLES & BOISSIER

Une élégance française, un esprit nomade

 

Ils sont aujourd’hui bien connus des élites, et ce, à travers le monde entier, notamment pour leurs projets d’hôtels haut-de-gamme et leurs réalisations de boutiques commandées par de belles marques. Diplômés des meilleures écoles d’architecture intérieure, de design et de graphisme – Camondo pour Patrick Gilles et Penninghen-Esag pour Dorothée Boissier –, il était logique que leurs premières armes s’effectuent chez les plus grands : les agences de Christian Liaigre, où il se sont connus, et de Philippe Stark.

 

Le couple Dorothée Boissier et Patrick Gilles, unis dans la vie personnelle comme dans la voie professionnelle, crée sa propre agence d’architecture intérieure en 2004, avec très vite à son actif beaucoup d’aménagements de boutiques, de restaurants, de résidences privées, de yachts et aujourd’hui d’hôtels. Ils créent aussi de nombreux meubles.

 

Mandarin Oriental Marrakech © Mandarin Oriental

 

Leur travail est régulièrement publié dans la presse généraliste et tendance. Les premiers titres qui leur sont consacrés les qualifient de « nouvelles stars », entre autres, puis il est question de « success story ». On y découvre leurs propres lieux de vie, inspirants, qu’ils exposent volontiers aux regards, avec sincérité et générosité, mais aussi avec adresse, en sachant préserver leur part d’intimité.

 

Sans aucun doute, leur ascension est remarquable. Leurs projets raffinés se déploient à travers le monde à toutes les échelles. Et la curiosité des journalistes à vouloir percer le secret de leur « bonheur en barre » semble intarissable. Mais qu’en est-il véritablement de leur pratique professionnelle ? À l’heure des défis sociétaux et environnementaux planétaires, à quelles évolutions leur pratique est-elle confrontée ?

 

ACD : Dorothée Boissier, vous et votre mari avez conçu de nombreux projets de boutiques pour Moncler (autour de 200), marque de renommée mondiale, leader sur le marché de la doudoune. Comment arrive-t-on à « taper dans l’œil » et à fidéliser un homme tel que Remo Ruffini, le dirigeant de la marque ?

 

DB : L’histoire avec Remo Ruffini a commencé alors que nous étions très jeunes. Ce fut d’abord une rencontre réalisée dans un contexte privé. Au départ, on ne sait jamais qu’une telle rencontre va déboucher sur une histoire incroyable. À ce moment-là, il n’était pas seul à la tête de Monclerc. Pui, il a racheté les parts de ses collaborateurs et a décidé de développer seul la marque. Il a réussi avec sa propre vision. Il nous avait demandé de travailler sur l’intérieur de son bateau et de ses demeures privées. Ensuite, nous avons réalisé une boutique, puis rapidement d’autres boutiques… La confiance s’est installée, au fil des projets. Remo Ruffini est doté d’un regard sûr et précis. Il est curieux et nous indique des directions, accompagnées d’une recherche iconographique. Remo Ruffini, « c’est » Patrick ! Une histoire d’hommes. À partir des intentions de Remo Ruffini, Patrick développe ses propres idées, déploie les volumes et des matières.

 

Les choses Montaigne © Paul Bowyer

 

ACD :  Dans quelle mesure pensez-vous qu’un beau projet, c’est aussi un client d’exception ?

 

DB : Derrière de beaux projets, il y a en effet toujours un client d’exception, très engagé et qui donne un bon brief. La relation de confiance est fondamentale. Le client assume le risque et nous prenons la responsabilité des projets. Cela crée des liens inestimables. L’ensemble de notre clientèle est fidèle, parce que nous sommes très engagés dans nos études. À l’image de Remo Ruffini, les clients pour lesquels nous avons réalisé l’hôtel Mandarin Oriental à Marrakech et l’hôtel Hyatt, Paris-La Madeleine, sont des clients d’exception.

 

ACD : Dans vos propositions, l’on retrouve richesse des matières, références classiques mais aussi épure et contemporanéité. Y-a-t-il un secret dans cette délicate alchimie ? Vous tenez compte, aussi, de l’histoire des lieux sur lesquels vous intervenez, que vous ouvrez vers de nouvelles narrations. Une méthode ?

 

DB : Nous avons beaucoup de projets à l’étranger et nous en sommes heureux. Nous aimons nous documenter sur le lieu au sein duquel nous allons intervenir, comprendre une culture et une marque. L’étude préliminaire est intéressante. Nous devons apporter du sens. Cela passe par beaucoup de compréhension et d’écout, dans de nombreux domaines : les arts appliqués, la décoration, la lecture, la documentation, même le cinéma et le spectacle. Nos choix se tournent vers les racines d’une culture, vers l’authenticité de ses codes architecturaux. Ensuite nous réutilisons les symboles. Nous les faisons nôtres et nous les restituons de manière différente. Cela devient un jeu. Nous y prenons beaucoup de plaisir.

 

Boutique Moncler Venise © Moncler

 

ACD : Vous avez ouvert au début du mois de septembre un appartement démonstrateur au 2 avenue Montaigne, où tout un chacun peut venir acheter un objet de créateur ou d’artiste que vous avez chiné ou que vous avez vous-même créé. Vous avez baptisé cette adresse Les Choses. Elle accueille aussi votre première collection pour la maison. Quelle est la différence avec une boutique ?

 

DB : Nous souhaitions acquérir une adresse parisienne où l’on puisse montrer une synthèse de notre travail. Les gens montent par curiosité ou parce qu’ils connaissent déjà. Il n’y a pas seulement des acheteurs mais aussi des personnes qui ont envie de savoir. Nous avons choisi d’ouvrir non sur rendez-vous mais comme une boutique, pour que tout le monde puisse découvrir notre univers et acheter nos meubles. Nous avons été très attentifs à nos prix, construits avec de faibles marges et avec la volonté de rester raisonnables, sachant que nos meubles sont réalisés principalement en France.

 

Texte : Anne-Charlotte Depondt

Photo de couverture : Portrait de Patrick et Dorothée © Gilles Lebon

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans le numéro 100 du magazine Archistorm, disponible en kiosque.