HORS SÉRIE : MAES ARCHITECTES URBANISTES

EXTRAIT

 

HORS SÉRIE ARCHISTORM MAES ARCHITECTES URBANISTES

 

 

ÉDITO

 

Porter le drapeau d’une équipe constituée d’une cinquantaine de collaborateurs inspire une exaltation quotidienne. Une équipe de 37 ans de moyenne d’âge, empreinte de valeurs louables et d’humilité, consciente de la responsabilité sociétale de son métier et des exigences professionnelles qui en découlent.

Au-delà des titres et des cultures, le « passeport MAES » est remis à ceux embrassant les qualités suivantes : empathie naturelle, bienveillance, passion… Ni le génie éclairé, ni le designer tendance, ni le discours doctrinal n’ont leur place au sein des murs du groupe MAES Architectes Urbanistes.

L’écoute, si ! L’écoute de l’autre, des autres, des habitants, des usagers, des élus, des partenaires du contexte, de l’histoire et des enjeux est sur-déterminante. L’écoute de l’évolution de la société et des retours d’expériences est terreau d’innovation.

Pour nous, l’œuvre architecturale est un acte collectif qui doit aspirer à l’anonymat.

 

 

ENTRETIEN AVEC HUBERT MAES

 

Quelle est votre formation ?

J’ai effectué mes études d’architecture à l’école des BeauxArts de Lille. J’ai vécu les dernières années du boulevard Carnot, dans ce merveilleux bâtiment contemporain (signé Marcel Favier et Ludwik Peretz, 1959-1964) qui accueille aujourd’hui l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) et qui n’a quasiment pas pris une ride. Nous y côtoyions toutes sortes de plasticiens, dessinateurs, graveurs, peintres et sculpteurs, à la cafétéria ou dans le grand hall où défilaient en silence les bustes et les corps des moulages en plâtre, petites nudités inconnues ou grands illustres moustachus… Puis j’ai vécu les premières années de l’actuelle école à Villeneuve-d’Ascq, dans un désert urbain sans vraiment d’échelle ni d’âme.

 

 

La ville nouvelle ne vous a-t-elle pas séduit ?

Non, pas du tout. On y a perdu l’ambiance de la ville ancienne, les orchestres de l’école et surtout les bistrots. L’école d’architecture aurait pu s’implanter au cœur d’un nouveau « quartier latin » vers Saint-Sauveur, par exemple. Comme à Marseille où, il y a quarante ans, l’école d’architecture partait à Luminy pour bientôt revenir au cœur de la ville. La conception même de l’urbanisme des années soixantedix en France négligeait totalement l’importance de l’espace public comme vecteur de lien social. Il est à noter que le dessin de la ville nouvelle de Villeneuved’Ascq est contemporain, contrairement à celui de la ville universitaire de Louvain-la-Neuve en Belgique. Il s’agit d’un projet urbain porté par des universitaires, des historiens, des philosophes, mettant en musique un urbanisme relationnel, une trame urbaine à l’échelle humaine, à l’échelle du piéton, un espace public propice à la rencontre, au partage.

 

Quels sont les projets majeurs qui ont permis au groupe de connaître l’expansion dont il jouit aujourd’hui ?

Le Crédit Mutuel du Nord nous a accordé une confiance sans faille pendant vingt ans. Une agence bancaire à la fois, puis le siège social place Richebé en 1993 et ses extensions progressives. Ensuite, le groupement hospitalier de l’Institut catholique de Lille nous a confié la réalisation de l’hôpital Saint-Vincent au cœur du quartier Moulin en 2002. Puis, le projet de l’Hermitage Gantois a fortement contribué à démontrer la capacité de notre équipe à conduire des projets d’envergure, grâce notamment au dialogue instauré avec la DRAC de l’époque : Richard Martineau et les conservateurs régionaux des monuments historiques : Philippe Moreau et Jacques Philippon.

 

 

Vous évoquez souvent la question de la méthode. Comment fonctionnez-vous lorsqu’un projet se présente ?

Plus que de méthode, nous parlerons d’organisation, de répartition, tant au niveau des associés, que des collaborateurs, reposant sur la reconnaissance de l’expertise et du talent de l’autre. Le secret d’une association durable repose sur cette reconnaissance dans la complémentarité, des dispositions naturelles et des appétences entre associés : Luc Maes, Camille Jacoulet et Thomas Druon ont apporté leur écriture innovante. Laetitia Maes et Jérôme Decroocq, la compréhension et l’écoute en amont des projets, notamment auprès des élus. Olivier Knapen et Anne-Sophie Garbe ont une prédisposition pour cadrer techniquement le sujet, et en assurer la conduite opérationnelle. Éric Thirion fait preuve de rigueur et d’une autorité naturelle nécessaire en phase chantier. Notre leitmotiv est que l’élu, en premier lieu le maire, soit un acteur central de tout projet impactant la cité, le quotidien. Le contexte, l’histoire du site et les enjeux précèdent la stricte programmation.

 

MAES Architectes Urbanistes, est-ce une affaire de famille ?

Jamais, avant qu’en 2013, un de nos jeunes associés, Jérôme Decroocq, n’aborde avec Laetitia, alors chargée d’études chez un aménageur, l’éventualité qu’elle rejoigne le bateau. Sinon, le scénario ne m’avait jamais effleuré l’esprit.  En 2014, Laetitia arrive donc comme associée de l’agence lilloise et en 2019, elle a pris le gouvernail en tant que gérante statutaire. Luc, architecte depuis 2014, puis spécialisé dans le cadre du DSA « risques majeurs » à l’ENSA de Paris-Belleville, a bourlingué, travaillé à San Francisco, Singapour puis au sein du Studio Milou à Paris. Au dépôt de bilan de ce dernier, dont il reste le représentant en France, il décide de créer sa propre agence, c’est donc en 2015 que l’agence de Paris a été créée. Force est de constater qu’aujourd’hui le contexte professionnel incite à une préfiguration de « groupe » à l’aune de la mutualisation et de la pérennisation générationnelle.

 

 

Quelle est la place du dessin par rapport aux nouvelles technologies, le BIM notamment ?

Le « crobar », le jet spontané, l’esquisse crayonnée sur un coin de table, restent toujours la genèse de tout projet, le support de dialogues, d’échanges et de remises en cause. Il est souvent difficile aujourd’hui de trouver des collaborateurs maîtrisant cet art du dessin à main levée…
Bien entendu, en contrepartie, notre groupe est à la pointe des évolutions en termes d’outils informatiques, notamment la maquette numérique BIM. Elle permet une conception collaborative au sein même des équipes, comme avec nos partenaires de l’ingénierie. Un lourd travail de formation a été entrepris en 2015, nécessaire pour partager les informations et intégrer les différentes phases de projet. Nous avons en outre trois référents BIM au sein du groupe, qui sont en veille constante de façon à maîtriser les nouveaux usages.

 

Olivier Knapen, Anne-Sophie Garbe, Jérôme Decroocq, Hubert Maes, Laetitia Maes, Luc Maes, Thomas Druon, Camille Jacoulet et Éric Thirion.

 

QUELQUES PROJETS RÉALISÉS PAR LE GROUPE

 

Équipements / École du Rizomm

Réhabilitation en site occupé du bâtiment universitaire

 

L’objectif de cette réhabilitation est de former une seule entité, d’unifier la façade et de créer une entrée centrale commune. Pour ce faire, l’utilisation de bardeaux en terre cuite a été une évidence. Ce matériau représente également un atout esthétique, car il permet de créer un effet aléatoire grâce à des tailles et des couleurs différentes. Pour arriver à un tel résultat, six couleurs dont deux émaillées, trois hauteurs différentes, 6 km de barreaux et 240 m3 de laine minérale ont été nécessaires.

Au-delà d’une architecture étonnante, ce smart building est un démonstrateur socio-technique de la performance énergétique. Véritable acteur de la transition écologique lilloise, il a pour but de consommer l’énergie qu’il produit, via la toiture entièrement recouverte de panneaux photovoltaïques. La conception de la façade s’oriente vers trois axes : l’isolation thermique, la production d’énergie et la maîtrise des apports solaires.

 

 

Habitat / Les grands moulins de Paris

Réhabilitation des bâtiments historiques et constructions neuves

 

La reconversion et la réhabilitation des Grands Moulins de Paris constituent un évènement essentiel pour
Marquette-lez-Lille. Témoins majeurs des châteaux de l’industrie, les « Grands Moulins » s’érigent, de par leur monumentalité et leur implantation, comme l’un des fleurons métropolitains de l’architecture néo-flamande. […] Le programme de 32 600 m² se découpe ainsi : les monuments historiques accueillent 246 logements. La partie silo est conservée et destinée à des commerces (Histoire et Patrimoine). La Brooklyn Tower de 96 logements, située à seulement 10 m de la Deûle, trouve sa place dans la continuité des bâtiments existants (Sigla Neuf). Un bâtiment énergétiquement passif et trois bâtiments en RT2012-20% encadrent ce projet et proposent 146 logements (Vilogia).

 

 

Hôtellerie / Abbaye Saint-Vaast

Réhabilitation de l’abbaye en hôtel et pôle culturel

 

Ce concept, porté par la ville, repose sur la volonté de créer des synergies intelligentes entre l’art, la culture, l’évènementiel et son projet phare culturel « la fabrique de l’Imaginaire » où chacun aura accès au monde du digital et du numérique par l’interaction des équipements et des lieux de l’environnement immédiat.

 

 

Urbanisme / Héritage Motte-Cordonnier

Construction et réhabilitation de logements dans le cadre du projet Euraloisirs

 

Le défi que nous avons relevé consiste en la reconversion de cette friche industrielle, pour donner naissance à un nouveau quartier d’habitation mixte et intergénérationnel, qui fera écho à l’histoire de toute une région. Nous avons voulu recréer un imaginaire à partir des bâtiments historiques, emblématiques dans la ville et donc tisser une structure urbaine autour de ceux-ci, et affirmer une écriture architecturale contemporaine, inspirée de l’époque. C’est donc en déployant, sur tous les bâtiments, les marqueurs architecturaux et les matériaux de style industriel que nous avons construit l’identité du site.

 

 

Tertiaire / Open’R

Construction de bureaux

Dans une démarche de renouvellement urbain, les 17 982 m² de la friche Shell de Villeneuve-d’Ascq se transforment pour le projet OPEN’R. Comprenant bureaux, cellules commerciales et parking, ce bâtiment accueillera le siège de Mobivia. Des ateliers de formation et de recherche et développement seront implantés au rez-dechaussée des bâtiments.

Ce projet permet à la ville d’accueillir un bâtiment qui s’inscrit dans une démarche de labellisation Bepos Effinergie 2017 (soit E3C1), c’est-à-dire qu’il intègre la performance énergétique en incluant des équipements de production d’énergie pour répondre à la réglementation RT-40%. Ce bâtiment sera composé en toiture d’une grande surface de panneaux photovoltaïques. Il recevra également le label BREEAM Excellent.

 

 

Santé / Institut Coeur-Poumon

Restructuration et extension

 

L’institut Cœur-Poumon est un hôpital de 541 lits traitant des pathologies thoraciques, cardiaques et vasculaires. Le projet consiste en une restructuration générale du bâtiment existant et une construction neuve. Il est doté : de secteurs d’hébergement (90 lits / niveau) ; d’un niveau d’ambulatoire ; d’un plateau technique froid regroupant l’imagerie, les consultations et l’exploration ainsi que la recherche ; d’un plateau technique chaud regroupant l’URSIC, 50 lits du plateau chaud (12 lits de surveillance continue, 18 lits de soins intensifs, 20 lits de réanimation), un bloc opératoire avec un circuit court (2 blocs coronarographie, 2 blocs rythmologie, bloc pacemaker, bloc endoscopie) et un circuit long (2 salles hybrides, 3 salles CEC, 4 salles de chirurgie thoracique et vasculaire, 1 salle imagerie interventionnelle, 1 SSPI 16 lits).

 

 

Texte : Groupe Maes Architectes Urbanistes et Simon Texier

Crédits photos : Groupe Maes Architectes Urbanistes

Photo de couverture : Olivier Knapen, Anne-Sophie Garbe, Jérôme Decroocq, Hubert Maes, Laetitia Maes, Luc Maes, Thomas Druon, Camille Jacoulet et Éric Thirion.

 

Ce hors-série est disponible en librairie spécialisée et au sein du numéro 101 du magazine Archistorm pour les abonnés.