LE MAGASIN AUX COLONNES

LE MAGASIN AUX COLONNES

Ecobati Tournai à Marquain (Belgique)

 

Dans un lieu improbable, un parc de petites entreprises et de commerces, à la frange d’un quartier pavillonnaire arboré, en périphérie de Tournai, le bâtiment accueille un dépôt-vente de matériaux de construction écologiques et durables.

 

Un temple ?

Les auteurs de projet décident, au départ, de marquer le territoire, alors hétéroclite de constructions diverses par ce « temple » extra-classique !

Extra-classique car, à partir du schéma très classique du temple grec, avec distance et sensibilité contextuelle, les architectes reprennent, en les déclinant, le sékos, la partie fermée, entourée de parois, les colonnes du péristasis périphérique ainsi que le jeu subtil des colonnes du pronaos devant le sékos.
Ici, par allégorie, le sékos fermé contient non quelque divinité mais bien le stock des matériaux « précieux », écologiques et durables. Ce rectangle aveugle se construit alors sur une trame structurelle régulière et quadrillée de pilastres carrés en béton qui sera la « portée musicale » de tout le bâtiment. Cette « portée » articulera alors toutes les variations des colonnes/notes du péristasis et de celles du pronaos.

 

 

Des contextes

La parcelle en trapèze, l’orientation et le désir d’accroche visuelle dans le quartier expliquent les volontaires déformations de la typologie classique du « temple ».

La parcelle en trapèze amène immédiatement le recoupement oblique d’un plan classique.

Le magasin offre à la vue la salle de vente et de démonstrations, véritable vitrine de l’ensemble qui montre à dessein les matériaux proposés ainsi que les manifestations de présentation des produits par les entreprises partenaires.

La position au sud de cette salle, par essence fortement vitrée, demande une protection solaire donc un débordement de la toiture.

 

Une structure, des variations.

La composition structurelle est, ici, extra-classique car, à partir de la trame structurelle quadrillée du stock et des bureaux, les colonnes de la salle de vente et de démonstrations se placent de manière un peu plus libre. En effet, elles s’alignent toujours sur les lignes nord-sud de la « portée musicale » du sékos fermé mais deviennent plus fines, cylindriques (et non plus prismatiques) et se libèrent de la régularité ouest-est de la trame.

Et, puis, la colonnade du péristasis périphérique qui entoure et enveloppe le bâtiment s’évade alors en une composition libre, à base de rythmes variés (1, 2, 3) qui jouent dialectiquement avec les éléments statiques de la segmentation du panneautage du stock et les fines colonnes plus libres de la salle de vente et de démonstrations, … impressions d’une composition stochastique bien que parfaitement maîtrisée.

 

 

Matérialité

A partir d’une structure en béton couverte de panneaux noirs pour le stock, les colonnes en bois, en phase avec les produits durables proposés à la vente, déploient leur forêt en écho avec l’arbre qui grandira dans l’ouverture zénithale de l’auvent d’entrée.Véritable filtre, parfois végétalisé du côté des murs aveugles du stock, la colonnade périphérique propose également des lieux couverts pour l’accès des clients et pour le chargement et déchargement des marchandises.La colonnade se dilate enfin pour s’ouvrir sur un grand parvis qui marque l’entrée principale et permet l’organisation d’événements ponctuels. Un très grand soin a été apporté à la définition des détails architecturaux indispensables pour fixer le jeu entre la masse du stock et des bureaux et la légèreté des colonnes en bois et de l’auvent.
D’un point de vue structurel et pour ce qui concerne la sécurité incendie, la construction du noyau en béton du sékos est indispensable en tant que noyau indéformable et résistant au feu.

 

Texte : Hugues Wilquin

Crédits photos : Benjamin Bulot

Découvrez l’interview des architectes dans le prochain article ou dans le numéro 99 du magazine Archistorm.