LYON CONFLUENCE: UNE URBANITÉ NOUVELLE (PARTIE 2)

LYON CONFLUENCE

UNE URBANITÉ NOUVELLE

PARTIE 2

 

Ville de fleuves et de collines, l’ancienne capitale des Gaules tire parti de sa géographie exceptionnelle. Initié lors du mandat de Raymond Barre, le rayonnement international place aujourd’hui Lyon, troisième ville de France, au rang des métropoles européennes. Si les intentions et les outils de planification semblent comparables à ceux qui partagent les mêmes ambitions, le Grand Lyon et ses partenaires se démarquent néanmoins par des spécificités qui trouvent leur fondement dans l’histoire, la géographie et les mentalités. Portée par une vision ambitieuse et une énergie politique, l’ancienne capitale des Gaules croit en elle, multiplie les alliances toute échelle confondue et voit l’avenir avec confiance. Dans ce contexte, le nouveau quartier de La Confluence à l’œuvre depuis 15 ans tient une place prépondérante.

LA PREMIÈRE PHASE

L’équipe Grether -Desvigne – RFR présente ses premières conclusions en 2 000, dont voici les grandes lignes : différencier le Rhône et la Saône, accueillir des activités portuaires, conserver les voies ferrées aériennes à condition de multiplier les franchissements est-ouest au travers du soutènement, créer un grand parc ramifié, modifier le centre d’échanges de Perrache sans attendre la suppression de l’autoroute. La mise en cohérence de ces propositions donne lieu fin 2000 à un nouveau projet global qui affecte environ 40 hectares dans le quart ouest de La Confluence – autour de la place nautique, des bords de Saône jusqu’au cours Charlemagne. Les enjeux sont multiples, à commencer par la nécessité de transformer une friche industrielle en centre-ville du XXIe siècle, donner une visibilité au nouveau quartier, attirer de nouveaux habitants, ménages ou entreprises, pour transformer ce site délaissé en territoire animé au point de devenir une destination, changer l’image de la capitale des Gaules…

Pour répondre à ces attentes, Grether et Desvigne mettent au point un schéma directeur structuré, évolutif, « pluriel ». Cette première phase, démarrée de manière très pragmatique dès la libération de certaines emprises, comprend un programme particulièrement important de constructions à usage résidentiel et tertiaire (1 000 000 m² SHON) répartis en îlots mixtes, ainsi que plusieurs espaces publics majeurs – le parc des Berges de Saône, la Place Nautique et la place des Archives – intégrés dans un système port/parc.

Un programme de construction équilibré

La ZAC 1 comprend un ambitieux programme de constructions (340 000 m² SHON) à usage résidentiel et tertiaire, des équipements publics, tels l’hôtel de Région et le musée des Confluences[1]. La proportion de logements à construire est importante – plus du tiers sur les 390 000 m² prévus, avec 23 % de logements sociaux, conformément à la volonté politique du Grand Lyon. À l’échelle de chaque îlot, les promoteurs ont été invités à respecter une proportion de logements sociaux, intermédiaires, en fonction de la répartition attribuée par l’aménageur. La mixité sociale, largement encouragée, se double d’une grande diversité de fonctions dans la mesure où le nouveau quartier doit prolonger le centre-ville existant. L’objectif est d’envisager La Confluence comme une destination à part entière, c’est-à-dire un lieu de vie et de travail, commerçant et étudiants, animé d’activités culturelles et de loisirs.

Qualité et diversité architecturale

Chaque îlot fait l’objet d’une programmation et d’un cahier des charges extrêmement détaillés. Préférant la procédure des consultations au marché de définition, la SPL confie la réalisation des îlots à des tandems promoteurs-architectes, en ayant pris soin au préalable de fixer la charge foncière et de calibrer la taille des allotissements : le moyen d’éviter toute enchère financière pour concentrer les efforts sur la qualité en attirant des « pointures » lyonnaises, nationales, internationales. Résultat : des architectes de renommée mondiale sont au rendez-vous, qui signent des projets plus ou moins contextuels, plus ou moins formels, selon le programme et l’emplacement, mais toujours innovants en termes de technique, de matériaux (couverture matelassée en polyéthylène EFTE du pôle de loisirs) et d’usages – fragmentation des gabarits et des épanelages pour éviter l’effet de masse et créer des porosités, originalité des façades, mixité programmatique au sein d’un même bâtiment (Monolithe), constructions et bâtiments économes en énergie…

[1] Sous maîtrise d’ouvrage du conseil Général

Musee des Confluences et jardin du Musee © Laurence Danière

LA SECONDE PHASE

Après le transfert à Corbas du marché de gros (2008) et des prisons (2009), La Confluence entre dans sa deuxième phase. Cette nouvelle étape intègre l’ensemble du territoire, y compris le PEM de Perrache. Si la première phase s’est déroulée de façon relativement autonome par rapport au reste de l’agglomération, la seconde se positionne dans le schéma plus large du développement métropolitain. Il s’agit dès lors de dépasser les limites naturelles (cours d’eau) ou bâties (centre d’échanges de Perrache, voies de chemin de fer, autoroute A7) par un important travail de liaison pour connecter le nouveau quartier à l’ensemble de l’agglomération.

Plus ramassée (35 ha contre 41), la dernière pièce du puzzle doit en outre « marquer » la position stratégique de cette langue de terre au cœur de la métropole. Le projet urbain est confié aux célèbres architectes suisses Herzog et de Meuron et au paysagiste Michel Desvigne. Le choix des lauréats s’était avéré difficile, de l’aveu même de Gérard Collomb : « Les paysages de Saône, presque féminins, plus souples, plus élégants, autorisaient une certaine fantaisie. Le Rhône, rigide et puissant, ainsi que le contexte très contrasté exigeaient un urbanisme très structuré qui fasse avancer la trame historique de la ville au-delà du quartier Sainte-Blandine dans ce territoire hostile qu’était le marché gare (24 ha). »

Porosité et ouverture

À l’interface des deux phases, une grande place (François Mitterrand) jouxte l’Hôtel de Région et met en perspective la Place Nautique. Là commence le « Quartier », qui reprend la trame rectangulaire du marché de gros, dont la mémoire identitaire est préservée grâce à la conservation d’éléments de qualité (halle aux fleurs, porche, entrepôts…). Sur cette grande étendue très minérale, le schéma directeur prévoit des espaces publics, à charge pour la maîtrise d’œuvre de définir une stratégie d’investissement des lieux qui, primo, intègre la biodiversité, et secundo qui favorise l’appropriation du site. Le schéma directeur préconise en outre des îlots ouverts pour créer un quartier perméable. Au lieu de faire un parc, coûteux en termes de maintenance, les concepteurs imaginent un système de cheminement public et de cours jardinées.

« Nous avons fait le choix d’avoir les plus grands cœurs d’îlot possible et d’assurer une grande unité de traitement entre les cours privées et les espaces publics. Nous comptons sur une forte présence végétale pour compenser la densité du bâti et la rigidité du tracé viaire. » Michel Desvigne.

Au sud, les anciens méandres de la Saône et du Rhône formaient autrefois un chapelet d’îles dont on devine les enchevêtrements à la complexité du parcellaire, le plus souvent privé, qui compose un paysage naturel. Michel Desvigne réunifie l’ensemble dans le « Champ », grand parc dont les cheminements épousent les réseaux hydrauliques et les limites de terrain.

Innover, un quartier à la pointe

Qu’il s’agisse de problématiques environnementales, de questions sociétales, d’économie mondialisée ou de révolution digitale, le XXIe siècle marque un tournant dans l’histoire de l’humanité en termes d’évolution des usages. Pensée dès l’origine comme le laboratoire urbain d’une ville « durable », La Confluence expérimente des solutions innovantes sur le très long terme à des fins de duplication à l’échelle métropolitaine. S’inscrire dans le temps et l’espace suppose une vision, politique et pragmatique, mais aussi un processus de fabrication qui permette de partager, de se remettre en question et d’avancer en s’adaptant aux évolutions. C’est bien l’ADN de l’expérimentation. Le fait d’avoir organisé une urbanisation progressive, sans rien figer prématurément, a permis de repousser les frontières de l’innovation et d’investir de nouveaux champs. La méthode itérative et ouverte, qui a été toujours été celle de Lyon Confluence, évolue vers la co-construction. La question de la biodiversité, qui était « exotique » en 2005, est aujourd’hui la règle. Elle a évolué vers la qualité de l’alimentation via la création de jardins partagés et investit aujourd’hui le domaine de la santé publique. Idem pour les nouveaux modes de travail et l’industrie numérique. À La Confluence, les expérimentations vont bon train.

Les espaces verts de La Confluence © Laurence Danière

CONCLUSION

Lyon Confluence est l’un des plus vastes projets urbains d’extension de centre-ville en Europe.

Étendue sur 150 hectares, La Confluence aura doublé la superficie de l’hypercentre d’ici 2025-2030 avec la construction d’un million de mètres carrés, tout usages confondu Conçue comme une nouvelle façon de vivre la ville, La Confluence est également un quartier « marchable » où l’ensemble des équipements et des commerces est accessible à pied. La population de La Confluence devrait passer de 7 000 à 16 000 habitants et le nombre d’emplois s’élever à 25 000. L’innervation par les transports en commun connecte ce quartier à la pointe à l’ensemble de l’agglomération.

Texte : Delphine Desveaux
Image à la une : Hotel de Regions © Laurence Danière

Retrouvez l’article au sein du TAP Centralité du Grand Paris inclus dans Archistorm  #93