MUSÉE DE LA PHOTOGRAPHIE

RÉALISATION

O-OFFICE ARCHITECTS

 

Au croisement du contextuel et de l’iconique

De la très cosmopolite Guangzhou à Lianzhou, il n’y a que 250 km d’autoroute. Et pourtant s’y rendre induit un vrai voyage dans le temps tellement cette petite ville semble appartenir à une Chine du passé. Pas tellement celle des cartes postales et des quartiers historiques reconstitués mais plutôt celle d’avant le saut en avant des trente dernières années. Lianzhou est une ville provinciale qui se cherche encore un avenir.

C’est dans cette perspective qu’y a été créé il y a dix ans un festival de la photographie, et c’est toujours dans cette perspective qu’un musée de la photographie vient d’y voir le jour. Quand O-office est contacté pour préfigurer la réalisation du musée, ils ont déjà à leur actif un certain nombre de reconversion de friches industrielles en lieux créatifs. Forts de leur expérience européenne, ils ont su transposer dans le contexte frénétique chinois le principe qui consiste à réutiliser une structure désaffectée pour en faire le vecteur d’un renouveau. Comme partout ailleurs, les friches reconverties sont synonymes de nouveaux usages, de nouveaux habitants, et de cette progressive altération socio-économique communément appelée la gentrification.

Seule différence, la gentrification à la chinoise s’adapte au rythme effréné de ce pays qui court plus qu’il ne marche. La durée de vie des projets est courte, souvent connue d’avance, ce qui conditionne fortement le type d’usages ainsi que le budget des reconversions.

© Chaos Z et Xia Zhi

À Lianzhou, c’est la ville qui va construire le musée, pour un budget global qui ne dépassera pas deux millions d’euros. Situé dans une ancienne usine de sucreries, dans une rue qui garde encore de nombreuses anciennes maisons, le projet affiche, dès le départ des objectifs divergents. Il se veut tout à la fois contextuel, intégré et emblématique, iconique. La synthèse de ses qualités contradictoires constitue l’essence du projet. La proposition consiste à ajouter des espaces nouveaux autour d’une structure ancienne, et de recouvrir l’ensemble par un toit unitaire praticable. Les façades et le toit semblent ainsi constituer une seule enveloppe.

Le bâtiment, conçu autour d’une cour intérieure traversante et ouverte sur la ville, adopte l’échelle et les tonalités du quartier. Les formidables tuiles grises qui recouvrent les toits des anciennes maisons de Lianzhou ont été utilisées pour constituer les façades du musée. À l’intérieur, une succession de salles de taille moyenne s’articulent autour d’un cheminement unique qui mène de la cour au toit. Passant indistinctement de l’intérieur à l’extérieur, le parcours comporte plusieurs passerelles qui relient les salles distinctes du musée.

De la place basse à la place haute

Tout en haut, un auditorium à ciel ouvert signale la fin du parcours ascendant et son apothéose. Une véritable piazza sur le toit attend le visiteur qui découvre ainsi la valeur sociale des toits d’immeubles dans le contexte d’extrême densité chinoise. Le musée est conçu pour fonctionner comme un espace public permanent. Sa cour et traversante, son accès est libre et gratuit et son toit permet de sublimer la petite ville dont la taille modeste et la proximité des champs pourrait constituer l’atout principale.

© Chaos Z et Xia Zhi

 

Texte : Christophe Catsaros
Visuel à la une : Chaos Z et Xia Zhi

 

Découvrez l’intégralité de l’article sur la réalisation du musée de la photographie au sein du numéro 97 d’Archistorm, daté juillet-août 2019 !