Les objets connectés : le show de Las Vegas

CHRONIQUE

RUBRIQUE SUR UN SUJET D’ACTUALITÉ PAR BERTRAND LEMOINE,

architecte, ingénieur et historien spécialiste de l’histoire et de l’actualité de l’architecture, de la construction, de la ville et du patrimoine au XIXe et XXe siècles.

Les objets connectés sont en passe de s’imposer dans tous les secteurs de la vie quotidienne, voire de nous envahir. Dès aujourd’hui, ils sont pilotables par la voix, demain peut-être par la pensée. Le salon mondial que représente le Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas montre chaque année au mois de janvier les dernières innovations en la matière, que l’on verra en magasin à la fin de l’année et préfigure en partie ce que sera le monde de demain.

 

Sans être le seul salon professionnel de ce genre, le CES est sans doute l’un des plus importants en termes de visiteurs (185 000 cette année) et proportion d’étrangers présents (30%). Quelques 4 000 entreprises, dont 412 françaises, exposaient à Las Vegas sur trois sites regroupant chacun plusieurs vastes halls affectés à des domaines extrêmement divers : santé, sport, wearables, valises, automobiles électriques plus ou moins connectées et autonomes, jeux, drones aériens et sous-marins, restitution d’image et de son, réalité augmentée et virtuelle, téléphone et communication, impression 3D, robots, intelligence artificielle, smart city, accessoires informatique, composants, start-ups en tout genre mais aussi un grand espace dédié à l’univers de la « Smart Home », avec de l’électroménager, du chauffage, de l’éclairage, des salles de bains, des purificateurs d’air… On finit par se demander qu’est-ce qui ne sera pas connecté à l’avenir, y compris nous-mêmes.

 

Parcours tapissé d’écrans cintrés présenté par l’entreprise coréenne LG. ©Bertrand Lemoine

 

La French Tech

Outre la masse et la variété des exposants, le deuxième phénomène notable est la diversité des entreprises présentes. Aux côtés de très grands groupes de l’électronique grand public ou de constructeurs automobiles (avec l’absence notable de Renault et de Peugeot), un grand nombre de marques obscures fournissent des gadgets et des produits à bon marché pour le grand public (souvent copiés). On a vu aussi au CES 2018 une floraison de start ups, avec parfois de très petits stands, qui présentaient des innovations parfois dignes du concours Lépine. En tout quelques 800 start-ups, dont 289 américaines, 275 françaises, et, très loin derrière donc, 60 néerlandaises, 47 chinoises et italiennes, 46 coréennes, 33 britanniques, 17 allemandes, etc. La participation des start-ups françaises était donc presque au niveau des américaines et représentait davantage que toutes les start-ups européennes réunies. C’est un gage de la vitalité de la recherche et de l’innovation française, alliant inventivité à compétence technique. Mais la difficulté des start-up françaises est de passer à l’échelle supérieure, c’est-à-dire de développer industriellement une invention. La vocation d’une start-up ne doit pas être seulement de se faire racheter par un grand groupe mais aussi de pouvoir construire une véritable activité économique, au-delà des levées de fonds de ses investisseurs initiaux. Mais il leur manque sans doute un accès plus facile à des capitaux, peut-être aussi le goût d’entreprendre et pas seulement d’inventer. C’est un autre métier que celui de manager, de vendre et de gérer hommes et capitaux.

 

La Smart Home

La maison connectée ressort assurément comme l’un des points forts de ce salon. Côté français, peu de groupes industriels, mis à part Legrand, Somfy, La Poste, Muller avec Netatmo, mais des solutions efficaces. La querelle des protocoles et des standards de communication semble aujourd’hui dépassée, et les tentatives hexagonales de normalisation arriveront à la fois trop tard et hors de propos. L’heure est à l’interopérabilité des objets et systèmes via des API dans le cloud, c’est-à-dire au-delà des protocoles particuliers propres à chaque système ou marque. Les trois champions que sont Google, Apple et Amazon, qui proposent déjà des systèmes de reconnaissance vocale opérationnels, développent des plates-formes où viendront se connecter en toute transparence pour l’utilisateur les différents appareils, écosystèmes ou fonctionnalités développés par tout un ensemble de marques. Google était d’ailleurs omniprésent à Las Vegas avec sa solution de reconnaissance vocale Hey Google, concurrente d’Alexa d’Amazon déjà très fortement implanté aux États-Unis et qui ne sera déployée en France qu’à la fin de l’année, tandis qu’Apple brillait par son absence. Notons aussi que dans la Smart Home la qualité de l’air semble devenir une priorité mondiale.

Malgré la présence d’une section dédié au thème de la Smart City, le CES est plus tourné vers le grand public et les solutions trop professionnelles n’y apparaissent pas vraiment, hormis les thèmes que sont la mobilité, les transports électriques et les services de livraison associés, les réseaux télécom, la vidéo surveillance et la gestion de l’énergie.

 

Texte : Bertrand Lemoine

Visuel à la une : Vue du hall central de Tech East à Las Vegas ©Bertrand Lemoine

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