PALAIS DE JUSTICE DE STRASBOURG

Garcès – De Seta –

Bonet Architectes et SVC architectes

Texte : Jean-Philippe Hugron
Photos : Adria Goula

Gründerzeit. Les sonorités sont aussi rauques que gutturales. Gründerzeit. Le mot désigne littéralement « l’époque des fondateurs », celle du Deuxième Reich, emporté par Guillaume II et Otto von Bismarck. Plus largement, le terme s’applique à une période architecturale où l’Allemagne, encline à regarder son passé pour mieux le théâtraliser, cherchait dans un éclectisme extravagant l’expression la plus forte à même de symboliser son pouvoir recouvré. Gründerzeit donc, ces extensions urbaines guidées par la révolution industrielle. Gründerzeit, ces formes historicisantes.

Peu après la guerre de 1870 et l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine, Strasbourg a considérablement changé. En 1878, un plan d’aménagement conçu par l’architecte Geoffroy Conrath avait été adopté. Il prévoyait l’extension de la ville vers le nord, au-delà des fortifications du xviie siècle. La Neustadt – littéralement la « ville nouvelle » – devait s’organiser au-delà du canal de l’Ill (aujourd’hui canal des Faux-Remparts), autour de remarquables constructions. Elles partagent, dans leur style, la plus belle parenté avec le Reichstag de Berlin ou encore les plus grandes institutions gouvernementales de Leipzig et de Munich. À Strasbourg donc, le palais du Kaiser – devenu depuis le palais du Rhin –, le palais de la Diète d’Alsace-Lorraine et le palais de l’Université comptent parmi ses prestigieuses réalisations. Avec elle, un imposant palais de justice.

Les guerres ont depuis passé. Avec elles, ressentis, haine et détestation. La Neustadt pouvait toutefois incarner à elle seule quelques troubles décennies que la République française aurait aimé sans doute ne jamais subir. Le destin réservé, il y a quelques années, à la gare de Strasbourg, héritière, elle aussi, de cette occupation allemande, n’est sans doute pas étranger à un anamour architectural : ses attributs teutonisants ont disparu sous une coque de verre.

Depuis cette transformation, une prise de conscience est née. Strasbourg rêve désormais autant que Metz d’être classée au patrimoine mondial de l’humanité pour la richesse de ce patrimoine Gründerzeit. Dans ce cadre, elle n’en a été que plus vigilante quant au devenir des principaux monuments de la Neustadt. Parmi eux, la bibliothèque universitaire et le palais de justice. La première a récemment été transformée par Nicolas Michelin et le second par Garcés de Seta Bonet Arquitectes. L’enjeu de ces projets est, très clairement, de moderniser des institutions vieillissantes tout en préservant le caractère exceptionnel de ces constructions.

Pour le ministère de la Justice, avec l’aide de l’Agence publique pour l’immobilier de la Justice, il était même question de restituer l’aspect d’origine du palais de justice conçu en 1893 par Skjold Neckelmann sur la base des plans de l’architecte municipal Johann Carl Ott. Et pour cause, l’ensemble avait été surélevé dans les années 1970. Si l’extension se montrait respectueuse des matériaux utilisés, elle se révélait être la plus irrévérencieuse quant à la composition architecturale.

Lors du concours organisé pour la modernisation de l’équipement, la proposition avancée par Garcés de Seta Bonet Arquitectes proposait de redonner à l’ensemble ses proportions tout en créant une extension qui, à peine visible depuis la rue, promettait de réaliser un palais de justice résolument efficace. La tâche aurait pu être intimidante.

L’agence catalane s’est évertuée tout d’abord à penser une organisation efficace. Pour ces concepteurs, l’histoire ne devait pas pénaliser un parti pris architectural. Alors, était-ce là une opération de façadisme ? Pas vraiment. Si les architectes se sont évertués à rendre le parti d’origine visible depuis l’extérieur, s’ils ont préservé l’ensemble des éléments classés et plus encore l’organisation originelle – particulièrement fonctionnelle –, ils ont su créer dans la cour mais aussi en toiture une extension à même de satisfaire les exigences de l’APIJ. (…)

 

FICHE TECHNIQUE

Maître d’ouvrage :
Agence publique pour l’immobilier de la Justice

Maître d’ouvrage déléguée :
Direction Départementale des Travaux (67)

Maître d’œuvre :
Cabinet Garcés – de Seta – Bonet architectes

BET :
SVC architectes (architectes co-traitants)
Setec Bâtiment (BET tous corps d’état
GV ingénierie, Économie)
VP Cités & Elithis (HQE)
Acoustique Vivié et Associés (BET Acoustique)
Teschner-Sturacci (Signalétique)

Entreprises
Groupement Eiffage Construction Alsace
Spie Batignolles Est
Eiffage Enérgie
Clemessy

Gros œuvre :
Eiffage Construction
Spie Batignolles Est

Bureau de contrôle :
Veritas

Coordonnateur SPS :
BECS

Surface :
Le bâtiment neuf : 8200 m2 SHON
Le bâtiment réhabilité : 5400 m2 SHON
Soit pour l’ensemble du bâtiment 13600 m2 SHON

Coût30 M d’euros H.T.

Retrouvez l’intégralité de cet article au sein d’archiSTORM #85 !