Réalisation : LASCAUX par Snøhetta

Si l’ouvrage des Norvégiens Snøhetta est la troisième variante de la série de reconstitutions qui ont décliné le site original, il semble pourtant capable d’inscrire Lascaux dans une réalité tout autre que celle offerte par la vaine quête d’authenticité. Snøhetta touche le vrai en livrant un ensemble dialectique tiraillé entre les deux contradictions fondamentales qui en constituent l’identité : celle du rapport à l’œuvre initiale et celle du rapport au paysage.

Texte : Christophe Catsaros
Photos : D Nidos-Département 24

« Le Centre de l’Art pariétal vise une expérience critique et sensorielle totale, qui se situe au-delà d’une quelconque rivalité entre vrai et faux. »

Une expérience plus vraie qu’authentique

Questionné sur la problématique de l’authenticité et du caractère reconstitué de la nouvelle grotte, Kjetil Trædal Thorsen, membre fondateur de Snøhetta, livre une réponse sans ambiguïté. Le Centre de l’Art pariétal vise une expérience critique et sensorielle totale, qui se situe au-delà d’une quelconque rivalité entre vrai et faux.
Certes, le fac-similé n’est pas la chose en soi. Il se pourrait même que l’aura de cet ensemble de peintures, que Georges Bataille décrivait peu après sa découverte comme « l’aube de l’humanité », décline au fil des reconstitutions successives.

La grotte peinte, reconstruite et déconstruite par Snøhetta, accède au statut générique de document, ignorant ainsi sa condition de copie pour être éprouvée en tant qu’expérience documentaire d’une œuvre reconstituée en trois dimensions.
Le fac-similé serait donc à la grotte originelle ce qu’un document analysé et reproduit est à l’œuvre : un stade supérieur de lecture et de compréhension.
Cette interprétation est au cœur de l’aménagement de Snøhetta : dans le parcours de l’exposition, le fac-similé est suivi d’un espace ouvert dans lequel des pans entiers de la grotte reconstituée sont suspendus au plafond comme autant de fragments d’un volume explosé à des fins analytiques. Appelée l’atelier, cette salle est la clé de voûte de ce travail autour des peintures de Lascaux. D’une grande théâtralité, elle se vit comme la déconstruction architecturale tant de la grotte originale que de son fac-similé. Elle rétablit le centre de gravité de la visite, loin d’un quelconque objectif illusionniste, au plus près de sa véritable mission pédagogique.

Questions à Kjetil Trædal Thorsen :

Christophe Catsaros : Quels sont les principaux concepts qui entrent en jeu dans la définition de la forme du bâtiment ?

Kjetil Trædal Thorsen : Tout d’abord le contexte : l’emplacement de l’édifice entre les champs et la colline boisée. Le bâtiment fait la transition entre l’horizontalité des champs et la verticalité de la colline boisée. Sur cette ligne de démarcation, nous avons effectué une incision précise, nous avons soulevé le paysage de telle sorte à créer un espace dans cette faille. Le concept de cette réalisation tient en cela : donner l’impression de soulever le paysage pour y entrer. Nous avons recherché cette impression qui consiste à percevoir la grotte comme ce qui se trouve sous le paysage.

CC : Peut-on dire que le concept de l’oblique est déterminant dans ce projet ?

KKT : Certes, mais une fois que la chose a été construite, elle cesse d’être un concept. Vous avez là une véritable approche philosophique de notre perception de l’acte créatif : ine fois construits, les projets deviennent des nouvelles réalités. On peut utiliser des concepts pour élaborer quelque chose, mais dès que cela se traduit à l’échelle un, il ne s’agit plus d’une abstraction.

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Fiche technique :
Maître d’ouvrage : Conseil départemental de la Dordogne
Maître d’œuvre : Snøhetta (Oslo, Norvège), architecte mandataire ; Duncan Lewis (Bordeaux), SRA architectes, architectes associés
Scénographe : Casson Mann (Londres)
Parcours virtuel : Jangled Nerves
Économiste : VPEAS
Bureaux d’études structure : Khephren Ingénierie
Bureaux d’études fluides et VRD : Alto Ingénierie
Bureaux d’études façades et verrières : RFR
Bureaux d’études acoustique : comminsdBlab
Concepteur lumière : 8’18’’
Surface SHON : 8 605 m2
Coût : 50 M€

Découvrez l’intégralité de l’article dans le numéro ArchiSTORM #83 !