Réalisation : Stade Jean-Bouin à Paris par Rudy Ricciotti

Les nouveaux bâtiments de Rudy Ricciotti sont souvent des événements bien relayés par les médias. Le stade Jean-Bouin est pourtant passé quasi inaperçu, éclipsé par le MuCEM, son cousin marseillais inauguré deux mois seulement avant lui. Rétrospective sur une œuvre peu publiée, « passée entre les mailles du filet », où la résille de BFUP se mue (presque) imperceptiblement en couverture imperméable.

Texte : Tristan Cuisinier
Photos : Emilie Arfeuil

« Jean-Bouin reste le stage du rugby. »
Anne Hidalgo, Maire de Paris

La construction » de l’Arena 92 à Nanterre (pour le Racing 92) et le projet du Grand Stade de rugby de 82 000 places de la FFR à Ris-Orangis (groupement de conception-promotion-construction-maintenance désigné en juin 2016) en témoignent : tout le monde, club ou fédération, veut son stade dédié. Rares sont les exemples d’équipements partagés dans le sport de haut niveau, au nom d’une meilleure maîtrise de ses intérêts, du risque de télescopage des calendriers et de la bonne tenue de la pelouse. Petite exception qui confirme la règle : cette année, le Stade Français doit cohabiter avec le Red Star, le club francilien de ligue 2, orphelin de son enceinte historique de Saint-Ouen dont les travaux de remise aux normes demeurent hypothétiques.

Cette mutualisation temporaire, annoncée comme reconductible par Anne Hidalgo, a été rendue possible par la double homologation du stade Jean-Bouin, à la fois pour le rugby et le football. Mais elle ne saurait faire oublier que c’est avant tout pour l’ovalie que la Mairie de Paris a fait reconstruire l’arène sportive de 1970 sans en changer l’adresse, portant sa capacité d’accueil de 9 000 à 20 000 places. « Il n’y a pas de piste d’athlétisme et les spectateurs sont au plus près de l’action. Chacun est libre de faire le tour du bâtiment en empruntant la galerie périphérique qui distribue les tribunes », souligne Gérard Le Goff, architecte en charge du chantier pour l’agence de Rudy Ricciotti, en précisant que cette continuité spatiale est modifiable « en mode football », pour lequel le compartimentage des accès réduit les probabilités d’affrontement entre supporters.

[…] la volumétrie générale est réglée avec les courtoisies d’usage – et réglementaires – d’une construction en ville. Culminant à 31 m lorsqu’aucune habitation ne lui fait face, le bâtiment perd par exemple la moitié de sa hauteur sur la rue Nungesser-et-Coli, afin de ne pas altérer la vue de l’appartement-atelier de Le Corbusier (classé MH en 1972) où il vécut jusqu’à la fin de ses jours. Il en résulte de multiples inflexions altimétriques, des contours ondulés et des surfaces à double courbure, décomposées géométriquement en 3 450 triangles plans de BFUP de 10 m2 environ. En façade, ces modules préfabriqués prennent la forme d’entrelacs ajourés à plus de 50 %, le minimum requis pour le désenfumage de la galerie périphérique. En couverture imperméable, ils se présentent comme des panneaux pleins dans lesquels des alvéoles de verre sont incorporées, assurant la continuité visuelle et la cohérence globale de l’enveloppe : une fine dentelle de béton – « féminine », voire « érotique », selon Rudy Ricciotti – qui contraste avec l’architecture brutaliste du Parc des Princes dont le stade Jean-Bouin n’est distant que d’une vingtaine de mètres.

« Le parti architectural préfère la poésie et le corps au dictat du fonctionnalisme et de l’effort. L’asymétrie, l’ondulation et le fruit des façades sont synonymes de mouvement, d’effort qui ne sauraient prendre corps au sein d’une enveloppe figée»
selon Rudy Ricciotti

 

Fiche technique :
Maîtrise d’ouvrage : Ville de Paris – Direction de la jeunesse et des sports
Maîtrise d’œuvre : Rudy Ricciotti, architecte mandataire (Christophe Kayser, chef de projet)
BET : BERIM (TCE) / THERMIBEL (acoustique) / LAMOUREUX & RICCIOTTI (structure BFUP) / ALTO (charpente métallique) / VAN SANTEN (conseil façades) / TECHNICITÉ (sols sportifs) / ACF (conseil stade) / ARVHA (conseil accessibilité PMR) / Joran Briand et Étienne Vallet, agence Trust in design (graphisme résille BFUP) / Béatrice Fichet (signalétique)
Bureau de contrôle : QUALICONSULT
Surface terrain / surface d’intervention : 55 815 m2 / 39 280 m2
SHOB / SHON / SU : 44 362 m2 / 23 930 m2 / 22 240 m2
Calendrier : septembre 2007 (concours), juillet 2013 (livraison), août 2013 (inauguration)
Coût des travaux : 93 M€ HT

 

Retrouvez l’intégralité de l’article sur le Stade Jean-Bouin dans le numéro ArchiSTORM #82 !