TANNERIE REMY CARRIAT

LES RENDEZ-VOUS DE LA MATIÈRE

4ème ÉDITION

 

 

Salle de réunion avec au sol, du Buffle Sherpa
© Hervé Ternisien

 

Depuis 1927, la tannerie Carriat perpétue le savoir-faire familial et l’amour de la belle matière. Son créateur, Rémy Carriat, se destine au tannage des peaux de veau. Contrairement au Tarn spécialisé dans la mégisserie (peaux d’ovins et de caprins) pour ganterie, les tanneries du Sud-Ouest situées près de Biarritz transforment la peau de bovins pour la confection des chaussures d’homme. C’est donc assez naturellement que la maison se développe sur le marché national, avec un constant souci d’amélioration de la qualité de son produit. Aujourd’hui, la chaussure ne représente plus que 4 % du chiffre d’affaires de l’entreprise au profit du milieu de la mode et de ses accessoires, de projets sur mesure dans des domaines aussi étendus que l’ameublement, la décoration d’intérieur, l’aviation ou la sellerie d’équitation.
Mais c’est dans un relatif anonymat que les dernières tanneries – une vingtaine en France tout au plus aujourd’hui – s’évertuent à travailler les cuirs. Dans l’ombre des grandes maisons, des décorateurs de renom, des revendeurs étrangers, la famille Carriat élabore des gammes de cuir adaptées aux différents projets. La qualité de ses finitions, ses couleurs sur mesure, son traitement minutieux des détails assurent auprès des professionnels une légitimité que Marie Hiriart-Carriat aimerait porter à la connaissance du plus grand nombre.

Taurillon NU BUCK pour sa matité, son aspect soyeux © Hervé Ternisien

 

La tannerie Carriat se distingue par sa passion pour la matière au point d’introduire de nouveaux types de peaux, comme celle du taurillon dès les années 70, qui lui ouvrent le marché de l’ameublement. Et en 1976, lors d’une mission de conseil technique au Pakistan, le fils du créateur, Jacques Carriat, découvre le buffle, qu’il introduit sur le marché français.

La peau de taurillon, un jeune bovin de 18 à 24 mois, est à la fois tendre, souple et plus résistante. Le tannage au foulon (soumis à une rotation lente, qui va permettre de donner au cuir plus de souplesse) autrefois effectué sur place est aujourd’hui réalisé sur des sites mieux adaptés, mais toujours en Europe (France ou Espagne). Il existe plusieurs façons pour transformer la peau en cuir grâce à des tanins, substances de différentes natures (végétale, minérale comme les sels de chrome III, combiné) qui permettent de passer d’une peau putrescible à une matière imputrescible. La peau d’environ 4 m2 est ensuite portée à la teinture au tonneau puis « maquillée » sur le site d’Espelette. Les procédés largement automatisés dans la tannerie Carriat laissent encore une place conséquente à la main de l’homme, notamment dans les finitions destinées à faire ressortir le grain de manière naturelle.
Concernant la peau de buffle, plus résistante et épaisse que celle du taurillon, le travail est le même. Les peaux sont très caractérisées par un grain naturel très irrégulier mais mis en valeur lors de la finition par une patine réalisée à la main. Le buffle est particulièrement intéressant pour des réalisations outdoor (terrasses ou bateaux).

Que ce soit en buffle ou en taurillon, la tannerie Carriat ne travaille que des peaux pleine fleur finies aniline ou semi-aniline.
Seul l’article Gochoki (le nubuck), très recherché pour sa douceur et son aspect si soyeux, est réalisé par un très léger ponçage de la peau côté fleur pour lui donner un aspect velouté.

Un temps tournée exclusivement vers l’ameublement, la tannerie répond aujourd’hui davantage à des demandes d’aménagements intérieurs ; des murs tendus de nubuck rose pastel, des têtes de lit. Les cuirs grainés tels que les grains fantaisie le Galuchat et le Croco se prêtent aussi à merveille au recouvrement de meubles dans un esprit plus Art déco, mais pas seulement.

Taurillon Grain Galuchat pour ton aspect satiné et son double ton © Hervé Ternisien

 

La tannerie Carriat, référence reconnue de tous, ne ménage pas ses efforts dans la préparation de sa matière. Ses rides, ombrages, plis de graisse sont les marques authentiques d’une matière vivante s’anoblissant au fil du temps. Tannage minéral et retannage végétal confèrent aux cuirs Carriat résistance et onctuosité.

Ses collections haut de gamme « Made in France » et respectueuses de la charte environnementale – toute l’eau est collectée et traitée au sein de l’usine puis dans la commune d’Espelette – séduisent une clientèle internationale qui semble bien être un débouché d’avenir pour cette matière authentique, sensuelle et noble.

L’entreprise, qui dit « avoir le client dans la peau », a à cœur de s’adapter et de répondre à de nouveaux usages (la réalisation de petites dessertes ou de terrasses aménagées en outdoor), comme elle le fait depuis maintenant trois générations.

Rendez-vous sur leur site http://remycarriat.com/

Texte : Alexia Vincent

Visuel à la Une : © Hervé Ternisien

 

A lire dans le Numéro Spécial #10 d’archiSTORM sur les Rendez-vous de la Matière