En levant le nez pour observer la skyline, on en oublie presque que toute construction trouve ses origines dans le sol. Un sol parfois négligé, que l’Agence TER décide de placer au centre de sa vision et de sa pratique de l’urbanisme par le paysage.
Fondée en 1986 par Henri Bava, Michel Hössler, Olivier Philippe, l’Agence TER réunit un trio passionné par la nature et par la ville. Si tous les trois sont diplômés de l’École de Paysage de Versailles, mais issus de parcours différents, ils ont ressenti le besoin de poursuivre leur apprentissage. Non pas à travers une institution, mais en fondant leur propre agence basée sur l’intelligence collective pour penser les paysages de demain.
Continuer d’apprendre en faisant. Apprendre à connaître un paysage nécessite de maîtriser de nombreuses notions, propres à l’écologie, à l’agriculture ou au développement durable, et dont le point de départ est toujours le sol. « Quand on dit paysage, on pense souvent aux arbres, à la végétation, mais la première étape est d’apprendre à maîtriser le sol, la terre. Puis à partir de cet humus, développer des paysages, dans lesquels viennent s’inscrire l’urbanisme et l’architecture » explique le trio. Un sol pensé comme une matrice, qui se place au centre de leur pratique et de leurs recherches. Car bien plus que de constituer un terreau fertile sur lequel imaginer une écologie, et implanter une urbanisation, le sol est appréhendé par l’Agence TER dans son entièreté, bien au-delà de sa surface. Celle d’un « sol mémoire » qui enregistre les traces du passé, et qui vient déterminer son exploitation présente. Cette notion historique, on la retrouve par exemple dans le projet Masterplan Métropole Verte, transfrontalier entre l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas, territoires unis par l’énorme emprise d’un filon souterrain de charbon reconnu comme base commune, et ayant adopté des projets adaptés aux pays et aux cultures.

« Nous révélons un paysage invisible. Inscrit dans le sol, et porteur d’une histoire, d’une identité déterminant un lieu. Le projet visible doit refléter ce qui ne l’est pas » ajoute le trio. Une démarche qui passe par de nombreuses recherches, effectuées par l’équipe pluridisciplinaire de l’agence qui compte notamment, parmi ses experts, des géologues et des géographes. « En réalité, nous intégrons dès le démarrage de la réflexion toutes les compétences nécessaires, autour de la table du projet. Par exemple, sur un nouveau quartier que nous menons à Bordeaux, nous avons restitué d’anciens marais et rétabli les continuités hydriques avant de définir les zones constructibles. Il ne s’agit pas d’aller contre la construction, mais simplement de bâtir au bon endroit, et tout cela en nous entourant d’experts, dès le départ, qui nous permettent d’anticiper ».
Au centre de leur vision se trouve la notion de durabilité, que les fondateurs de l’Agence TER ont traduite par « la coexistence du vivant humain et non-humain ». Soit rendre possible la cohabitation des plantes, des animaux, et des Hommes en prenant en compte les besoins de chacun. Une approche de l’urbanisme par le paysage, le rendant non plus prédateur mais pourvoyeur de biodiversité. Cette volonté se traduit dans leur pratique par des valeurs, notamment liées aux notions de durabilité, mais aussi à ce que l’agence nomme le « code source ». Soit une interprétation de la problématique du site, permettant de trouver un fil conducteur, de définir une partition, étant propre à chacun des projets, et aboutissant à la création d’une identité unique. Un cadre et un langage communs qui se veulent explorés et enrichis par les différentes compétences de l’agence, des paysagistes aux urbanistes et architectes, en passant par les designers et ingénieurs horticoles.
Aujourd’hui, l’Agence TER est présente à travers le monde, avec des projets réalisés en Europe, mais aussi en Chine et aux États-Unis. Des diversités géographiques, mais aussi culturelles, qui nécessitent une implication locale tout en conservant une conscience globale des problématiques actuelles. « L’ADN de l’Agence TER transparaît avec des applications culturelles différentes, mais des valeurs toujours identiques. Et cela est rendu possible par la recherche systématique d’une appropriation par la population. Pour nous, un projet réussi, c’est un projet dont la population s’est emparée, dans lequel le vivant est amplifié par notre intervention, et sa résilience climatique confortée. » En 2026, l’Agence TER fêtera son 40e anniversaire. Quarante années durant lesquelles le trio fondateur a su rester à l’écoute des problématiques de notre temps, s’entourer de nombreux collaborateurs, et offrir des solutions trouvées là où nous ne regardons pas assez : sous nos pieds.
« Le projet visible doit refléter ce qui ne l’est pas : un paysage invisible, inscrit dans le sol, porteur d’une histoire et d’une identité. Le sol est une mémoire qui oriente l’urbanisation, une matrice à partir de laquelle émergent les paysages de demain. »

Par Aurore De Granier
Toutes les visuels sont de : © Juan Jerez
— Retrouvez l’article dans Archistorm 133 daté juillet – août 2025

