Situé à Montrouge, l’immeuble incarne un modèle de grande flexibilité dans l’immobilier tertiaire. Conçu par l’agence d’architecture Bechu & Associés en association avec Volume ABC pour l’architecture d’intérieur, ce bâtiment de 10 000 m2 de bureaux se distingue par son adaptabilité au regard d’enjeux contemporains, tels que le télétravail ou la reconquête de la nature en ville. Fruit d’une collaboration entre promoteurs (Kaufman & Broad, Idevi, Palladio), investisseurs (GCI, Crédit Suisse) et constructeurs (Bateg, VINCI), The Place illustre la puissance de l’intelligence collective dans la réalisation de projets complexes en milieu urbain dense. Avec ses façades en pierre, ses espaces verts généreux et ses plateaux modulables, ce projet s’inscrit harmonieusement dans le quartier attractif de la Vache Noire à Montrouge.
En périphérie parisienne sud, le projet The Place s’intègre le long de l’avenue Aristide Briand à Montrouge, à seulement quelques centaines de mètres de la place de la Vache Noire à Arcueil et son hub de transports. Profitant de cette position stratégique de « porte de la ville » à proximité de Paris et des transports, le projet s’implante sur trois parcelles dont deux abritaient autrefois un garage BMW. Un premier enjeu a consisté en des négociations foncières délicates avec les propriétaires historiques pour rassembler les terrains et proposer un programme adapté, mais l’engagement de la municipalité dans le développement de tertiaire attractif a joué en faveur du projet. Le deuxième enjeu était la pollution présente sur le site. « Étant donné la construction de 10 000 m² de bureaux sur huit niveaux de plancher, la construction exigeait des fondations profondes en sous-sol. Nous avons dû mettre en place un système d’aération des terres pour enlever les fractions solubles et pour faire diminuer la quantité de polluants », explique Benjamin Cazalet, directeur opérationnel chez Bateg (filiale de VINCI Construction). En effet, l’agence Bechu & Associés a conçu un immeuble à la volumétrie imposante, adaptée au contexte dense de Montrouge. « Cette très haute structure côté avenue forme un « mur anti-bruit », et s’abaisse à cinq niveaux à l’arrière pour préserver l’intimité des logements voisins », explique Mounir Soubaï, architecte associé et Directeur du projet. Cette dualité crée une transition harmonieuse entre l’artère principale résolument bruyante et le tissu résidentiel à taille humaine.

Comme une évocation à l’architecture haussmannienne, The Place est paré de pierre claire portugaise, dont le calepinage précis et les joints fins créent un effet monolithique tout en assurant une bonne isolation thermique. Les architectes ont ainsi évité les ruptures visuelles en harmonisant le bâtiment avec son environnement urbain. Ils ont également fait place à une grande transparence, avec de grandes baies vitrées et des bow-windows qui apportent lumière et relief. Disposés de manière rythmée, ces éléments saillants brisent la planéité de la façade. « Ces boîtes métalliques, complexes à réaliser, étaient un terrain de jeu pour nos savoir-faire », souligne Benjamin Cazalet au sujet de leur réalisation sur le chantier. Leur disposition apporte une touche de fantaisie tout en répondant à des besoins fonctionnels.
« Malgré les défis, The Place est un beau succès. […] Nous avons su anticiper les évolutions du marché, maintenir des standards de qualité élevés, et nous adapter aux exigences des investisseurs les plus pointus. » Xavier Barbe, Directeur Promotion Immobilier d’Entreprise, Kaufman & Broad
Et pour le bien-être des usagers, le projet intègre plus de 1 025 m² de terrasses et jardins, inspirés par la Promenade des aqueducs du Sud parisien, située à proximité. Ces espaces offrent des lieux de détente et de travail informels en extérieur. Ils jouent aussi un rôle écologique en régulant la température du bâtiment et en gérant les eaux pluviales. Le jardin mélange espaces plantés en pleine terre et caillebotis métalliques, permettant aux plantes de grimper et de s’étendre, y compris sur le mur mitoyen. Une considération écologique notable en milieu urbain dense, au sein d’un projet privé à l’équilibre budgétaire prépondérant. Car, le projet ayant été pensé dès 2016 et livré en 2023, les défis environnementaux et de bien-être au travail ont résolument évolué ; pourtant la conception de The Place a su anticiper ces changements fondamentaux. Il en est de même avec la pandémie qui a redistribué les cartes du présentiel et du télétravail : aujourd’hui, les bureaux se doivent d’être des lieux agréables et attractifs, bien desservis et proposant des services. The Place se démarque par une offre de services diversifiée et des espaces complémentaires de plus de 1 200 m², incluant une conciergerie, une salle de fitness, des zones de restauration et un bike club. De plus, sa localisation offre un excellent accès aux transports (métro ligne 4, RER B, future ligne 15), ainsi que des parkings souterrains (119 places) et des locaux à vélos pour faciliter les déplacements. Des atouts indéniables aujourd’hui.
Conçus par l’agence Volume ABC dirigée par Aliénor Bechu, les aménagements intérieurs de The Place s’inspirent de l’art abstrait, avec des lignes géométriques structurant les espaces. « L’idée était de créer un lien entre architectures extérieure et intérieure, en reprenant notamment la verticalité des arbres présents en cœur d’îlot », décrit Aliénor Bechu. Dès le hall d’accueil, une œuvre de l’artiste Pierre-Élie de Pibrac, une impression sur verre qui crée un effet de mouvement avec la lumière évoquant des sous-bois mouvants, anime l’espace d’attente. Un escalier en terrazzo et ses garde-corps en verre, amenant vers les espaces de réunion en rez-de-jardin, crée une transition fluide vers l’extérieur, cœur verdoyant du projet. Les plateaux modulables de 870 à 1 400 m², pour 900 postes de travail au total, offrent une flexibilité adaptée aux nouveaux modes de travail. La lumière naturelle, omniprésente, est accentuée par des tons neutres (blanc, beige, gris), des matériaux nobles (bois, verre, métal), et dynamisée par des touches de noir ainsi que des finitions brillantes, pour une ambiance élégante. « La lumière douce, presque nordique, rend les espaces de travail très agréables », note Donald Bovy, architecte d’intérieur en charge du projet.
« Même imaginé avant le Covid, le projet était adapté à l’après-Covid, c’est ce qui fait son succès aujourd’hui. » David Laurent, Directeur Général Immobilier d’Entreprise, Logistique, Grands Projets et Aménagement, Kaufman & Broad
Le projet est le fruit d’une intelligence collective : Kaufman & Broad a piloté les études, en collaboration avec Idevi et Palladio, Bateg a géré les contraintes techniques, et GCI (Générale Continentale Investissements) a sécurisé l’investissement. L’opération a su résister aux défis du Covid et de la guerre en Ukraine, grâce à la collaboration étroite entre tous les acteurs. Alexander Raingold, l’un des dirigeants de GCI, salue « un pari audacieux » couronné par la location intégrale du bâtiment avant sa livraison. En effet, STMicroelectronics (multinationale qui fabrique et commercialise des puces électroniques), locataire unique, a validé la pertinence du concept en signant un bail de neuf ans avant même d’intégrer l’immeuble. Pour Xavier Barbe, Directeur de Département Bureaux chez Kaufman & Broad, en charge du projet, il est important de noter que The Place a marqué un tournant dans sa pratique de promoteur. « Aujourd’hui, nous intégrons systématiquement dans nos nouveaux projets des éléments testés avec succès sur The Place : davantage d’espaces extérieurs et de services partagés, une attention accrue aux certifications bien-être (WELL, OsmoZ), et une flexibilité accrue des espaces pour s’adapter à l’évolution des modes de travail » souligne-t-il.
The Place représente une opération de bureaux à la fois flexibles, durables et ancrés dans le territoire. En conciliant performance environnementale, bien-être des usagers et intégration urbaine, l’agence Bechu & Associés a créé un repère architectural dans la ville de Montrouge. Comme le résume David Laurent, Directeur Général Île-de-France Tertiaire et Aménagement chez Kaufman & Broad, « The Place prouve qu’un immeuble conçu avant le Covid peut illustrer parfaitement l’immobilier d’aujourd’hui ».

Entretiens
Mounir Soubaï, architecte associé et Directeur du projet, Aliénor Bechu et Donald Bovy, architectes d’intérieur, Volume ABC
Comment avez-vous travaillé sur la volumétrie et la façade ?
Mounir Soubaï : La forme du bâtiment répond à la forme trapézoïdale du site, avec une façade haute côté rue pour servir de mur anti-bruit, et des volumes plus bas côté jardin. Avec une façade qui évoque la rythmique des façades haussmanniennes, The Place est paré de pierre claire portugaise, dont le calepinage précis et les joints fins créent un effet monolithique tout en assurant une bonne isolation thermique.
Qu’en est-il des espaces extérieurs et des jardins ?
MS : En cœur d’îlot, protégé de la circulation des grands axes, le jardin est conçu comme un relief, avec des niveaux décalés pour créer des perspectives. Il descend jusqu’au sous-sol (ou rez-de-jardin, un niveau plus bas que la rue), éclairant les salles de réunion. La paysagiste a imaginé une grille métallique à travers laquelle les plantes poussent, donnant l’impression d’un sol vivant. Presque comme si la nature traversait l’architecture.
À l’intérieur, comment avez-vous choisi les matériaux et imaginé l’ambiance pour un résultat chic malgré un budget serré ?
Donald Bovy : Nous avons joué sur des contrastes simples mais efficaces : noir et blanc, mat et brillant. Par exemple, les sanitaires utilisent un carrelage blanc avec des joints noirs pour un effet élégant à moindre coût. Les paliers reprennent les trames noires des façades, et les ascenseurs en verre éclairé ajoutent de la légèreté. Le choix d’un terrazzo avec des pépites de marbre pour le sol du hall, apporte aussi du luxe sans excès.
Comment la collaboration entre architectes et architectes d’intérieur s’est-elle déroulée ?
DB : Travailler ensemble a permis une cohérence totale. Par exemple, le mur Mondrian dans l’escalier masque des portes de secours tout en s’harmonisant avec les lignes de la façade. Chaque détail, comme les luminaires ou les signalétiques, a été pensé pour renforcer l’identité du projet.
MS : C’est cette synergie qui a permis de tenir le cap malgré les défis, comme les retards ou les ajustements techniques. The Place est un exemple où l’architecture et le design intérieur se répondent pour créer une expérience unique et fonctionnelle.
Vous souvenez-vous des principaux défis techniques ?
DB : Le faux plafond était un casse-tête ! Avec des angles variés à cause de la forme trapézoïdale du bâtiment, nous avons opté pour des modules flexibles afin d’éviter les découpes coûteuses.
En conclusion, quel est l’élément qui résume le mieux ce projet ?
MS : L’équilibre entre rigueur architecturale et esthétisme. Chaque détail, de la pierre à la lumière, sert une vision globale : créer un lieu où travail et bien-être coexistent.
Aliénor Bechu : Et la fluidité. Tout est connecté, du jardin aux bureaux, pour une expérience harmonieuse.
DB : Oui, et c’est la preuve qu’avec des idées claires, on peut faire chic sans dépenser des fortunes !

Xavier Barbe, Directeur Promotion Immobilier d’Entreprise, Kaufman & Broad
Quel était votre objectif chez Kaufman & Broad lorsque vous avez décidé de travailler sur le projet The Place proposé par Idevi et Palladio ?
Dès le départ, notre objectif était double : soit vendre directement à un investisseur-utilisateur, soit trouver un locataire pour ensuite revendre le bâtiment. Nous avons créé une société commune avec une répartition capitalistique très précise : 50,1 % pour Kaufman & Broad, 24,95 % pour Idevi et 24,95 % pour Palladio.
Mais sur le plan opérationnel, nous avons pris la direction du projet en main. Comment avez-vous sécurisé l’investissement ?
Lors des Pierres d’Or 2018, notre directeur des relations investisseurs a présenté le projet à GCI (Générale Continentale Investissements), qui a immédiatement manifesté son intérêt, entraînant un partenariat avec Crédit Suisse. Les négociations ont été complexes : GCI est un investisseur exigeant. Nous avons signé une promesse de VEFA avec deux options : un prix pour le projet tel qu’autorisé par le permis initial, et un autre prix pour une version modifiée avec un niveau de sous-sol en moins, permettant des prestations supérieures. Cette seconde option nécessitait un permis modificatif que nous avons obtenu, in extremis au regard des dates contractuelles.
Comment avez-vous géré la crise du Covid ?
Le confinement est intervenu entre la promesse et la signature définitive. Toutes les négociations se sont faites en visio, dans un climat d’incertitude. Nos équipes, notamment Claire Santos et Justine Bontems, ont fait preuve d’une rigueur exceptionnelle pour adapter les plans et finaliser le permis modificatif malgré les exigences élevées de GCI.
Comment la livraison en 2023 s’est-elle déroulée ?
Après deux refus successifs (portes coupe-feu, accès), la troisième livraison a été validée. STMicroelectronics avait déjà signé un bail de neuf ans pour les 10 000 m², malgré le contexte post-Covid et la hausse des taux.
Ce mode de copromotion est-il courant pour Kaufman & Broad ?
Non, nous travaillons généralement seuls. Cette collaboration, bien que complexe, a été très enrichissante. Nous avons appris à travailler avec des investisseurs exigeants, ce qui a renforcé nos processus et notre rigueur. Nous intégrons désormais des éléments testés sur The Place : espaces extérieurs, services partagés, certifications bien-être (WELL ou OsmoZ), flexibilité
accrue des espaces de travail.
Comment jugez-vous cette aventure aujourd’hui ?
Un beau succès. Dans un marché difficile (5 millions de mètres carrés vacants en Île-de France), louer intégralement le bâtiment avant livraison à STMicroelectronics prouve la pertinence de notre approche : qualité, anticipation et adaptation aux exigences des investisseurs.

Fiche technique :
Maîtrise d’ouvrage : Kaufman & Broad, Idevi et Palladio Promotion
Architectes : Bechu & Associés (architecte mandataire) et Volume ABC (architecture d’intérieur)
Entreprise générale : Bateg (filiale de VINCI Construction)
Surface : 10 149 m2
Budget : 23 M€
Programme : Bureaux
Par Laurie Picout
Toutes les visuels sont de © Fernando Javier Urquijo
— Retrouvez l’article dans archistorm 134 daté septembre – octobre 2025

