L’extension de la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson, conçue par Projectiles, s’inscrit dans un paysage et une histoire d’une rare densité. Implanté au cœur de la ville-vallée, sur un socle granitique modelé par la Creuse et la Beauze, le musée dialogue avec un panorama ponctué de monuments, dominé par la Tour de l’Horloge. Le site, à la fois minéral et végétal, constitue le véritable point de départ du projet. Depuis le jardin nord, le regard embrasse les coteaux boisés et les horizons rocheux. L’extension fait écho à cette nature puissante, presque onirique, qui irrigue aussi l’imaginaire de la tapisserie. Plutôt que de l’accoler au bâtiment existant, les architectes choisissent d’implanter un volume autonome au milieu d’un jardin réinvesti. Cette mise à distance préserve l’équilibre de l’édifice originel et maintient de larges porosités visuelles. Compacte, l’extension libère un maximum d’espace paysager en superposant les salles deux à deux, affirmant un juste rapport entre plein et vide.

Au centre de ce jardin, un monolithe émerge. Sa surface en béton coulé en place est marquée par l’empreinte de canisses intégrées au coffrage. Les fines cannelures produisent des vibrations d’ombre et de lumière, ce qui confère au matériau une profondeur tactile qui n’est pas sans rappeler la trame textile. De rares percements cadrent le paysage et projettent l’intérieur vers l’horizon, instaurant un dialogue à distance avec la Tour de l’Horloge.

Le parcours des visiteurs est pensé comme une séquence fluide et théâtrale. Une galerie souterraine relie la grande nef existante au hall de l’extension. Les deux premières salles se déploient au niveau bas ; un escalier monumental aux volées entrelacées conduit à l’étage supérieur, multipliant les vues
plongeantes et contre-plongeantes. Là, un vaste hall s’ouvre par une grande baie sur la vallée boisée, offrant une pause face au paysage. Le circuit forme une boucle qui peut se parcourir dans les deux sens et fonctionner indépendamment des expositions permanentes.

Clair dans son organisation, le programme distingue nettement espaces publics, logistiques et réserves. Les quatre salles, distribuées sur deux niveaux, peuvent accueillir des expositions distinctes ou un événement unique. Une salle dispose d’un accès autonome depuis le sud, permettant un usage indépendant, tandis que la façade ouest concentre les flux de livraison et les espaces techniques.

Fiche technique : 

Maîtrise d’ouvrage : Syndicat Mixte de la Cité internationale de la tapisserie et de l’art tissé
Maîtrise d’œuvre : Projectiles
Surface : 1 600 m2 extension + 500 m2 restructuration
Budget : NC
Programme : Extension de la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson

Par la rédaction
Tous les visuels sont de © Sylvain Jouv

— Retrouvez l’article dans archistorm 137 daté avril – mai 2026