Fondé au début des années 1990, le studio Hérault Arnod Architectures se distingue dès le départ par son caractère disruptif et son amour pour l’expérimentation. Deux caractéristiques que le duo fondateur continue aujourd’hui de cultiver. Portrait.
C’est d’une rencontre que naît le studio d’architecture. Celle d’Isabel Hérault et d’Yves Arnod dont les chemins se croisent à l’école d’architecture de Grenoble. Rapidement, ils réalisent qu’ils partagent la même vision de la discipline, en avance sur son temps, et résolument ancrée dans l’expérimentation. Au bout d’une année, avec peu d’expérience professionnelle, ils décident de se lancer et de créer leur propre studio, à Grenoble. « Nous avions tous les deux envie d’être indépendants, acteurs de notre propre vision. Alors nous nous sommes lancés, nous avons participé à des concours internationaux, et Hérault Arnod Architectures est né, en 1991 » se souvient Isabel Hérault. Un projet vient donner un coup de projecteur à leur jeune pratique. Un point d’information en montagne, dans les Alpes au-dessus du barrage du Chambon, que le duo imagine comme une œuvre sculpturale. Si elle fait débat localement, elle séduit la presse internationale et offre une première réputation au studio. Mais c’est avec la construction de la patinoire de Grenoble que Hérault Arnod se fait réellement remarquer. « Nous avions à disposition un budget très serré, mais malgré cela nous sommes parvenus à proposer un projet rationnel et dense qui a séduit le jury, nous confiant le chantier face à de grands cabinets » raconte Isabel Hérault. Le début d’une série de programmes de renom.

Une durabilité à 360°
Durant les années qui suivent, l’agence multiplie les projets, et imprime peu à peu sa marque de fabrique. Au cœur de sa vision se trouve dès le départ la durabilité. Une notion encore naissante au début du XXIe siècle, s’articulant entre autres autour des questions énergétiques, mais laissant de côté ses nombreux autres paradigmes. « Pour nous la durabilité a toujours été cruciale, mais dans son ensemble. C’est une notion aux différentes facettes, avec notamment la question de la relation de l’architecture avec les milieux et les éléments naturels. Nous nous sommes intéressés à ce sujet dès le début de notre carrière, et avons poussé notre réflexion avec des projets à l’image du Musée Archéologique du Lac de Paladru. S’il a dû être abandonné, notre vision a été saluée. Nous avions imaginé un bâtiment impactant le moins possible le site naturel qui devait l’accueillir, proposant une structure en bois sur pilotis. Depuis toujours nous envisageons la question de la durabilité dans sa globalité, de l’implantation sur le territoire au matériau, en passant par la consommation énergétique et les usages, la mobilité douce notamment » détaille Isabel Hérault.
Une vision à 360° qui transparaît également dans un autre projet datant des débuts du studio, l’Immeuble à Vélos, à Grenoble. Un immeuble d’habitation pensé pour que les Grenoblois puissent rejoindre la porte de leur appartement à vélo, et le stocker à leur porte en toute sécurité, dans une boîte de rangement sur la coursive. Bâti en 2004, le projet démontre le regard novateur du cabinet d’architecture, abordant des questions encore laissées de côté à l’époque. Cette valeur est alors devenue partie intégrante de l’ADN du studio, favorisant les constructions en matériaux naturels, mais réalisant également des réhabilitations de bâtis délaissés, à l’image des bureaux de Hérault Arnod Architectures, installés dans un ancien bâtiment industriel de Pantin. « La réhabilitation génère des projets très différents. Nous cherchons toujours à conserver les traces, les structures, l’esprit des lieux, tout en amenant de nouvelles fonctions. Une intervention respectueuse, qui distingue clairement ce qui préexiste de ce qui est ajouté, nécessite d’être inventif. Nous trouvons cela magnifique de redonner vie à des bâtiments oubliés, de valoriser notre patrimoine moderne » confient les associés.

Repousser ses limites
Cette approche durable totale, le cabinet d’architecture, aujourd’hui composé d’une vingtaine d’architectes et comptant un collaborateur de longue date nouvellement associé, Mickaël Dusson, la doit avant tout à son constant désir de réinvention. « Nous cherchons à questionner les modèles pour imaginer de nouvelles figures » expliquent les associés. Une passion pour la recherche et l’innovation qui transparaît dans la diversité de leurs projets, tant par leur design, leur matériauthèque, leur technologie, que par leur fonction. En effet, Hérault Arnod Architectures a dès le départ refusé de se spécialiser, favorisant une approche globale et intervenant sur la création aussi bien de logements que de musées, mais aussi de lieux consacrés au spectacle, domaine dans lequel ils sont désormais porteurs d’une riche expertise. « Depuis la fondation du studio, nous savions que nous voulions créer des salles de spectacle. Elles nécessitent une approche différente, une technique très poussée, mais notre passion pour les arts vivants a toujours nourri cette envie. Une première opportunité s’est présentée lors de la réhabilitation de l’ancien site minier 9-9bis à Oignies. Nous avons créé, à côté des bâtiments historiques réhabilités, une salle de concert baptisée le Métaphone. Toute sa particularité réside dans sa façade qui produit de la musique. Ce premier projet nous a ouvert les portes de cet univers, ainsi qu’une reconnaissance. S’en sont suivis La Belle Électrique à Grenoble et le Kubb à Evreux, et aujourd’hui Le Boréal à Dunkerque, ou encore l’Espace Ozon à Carpentras, en cours de construction » détaille Isabel Hérault.
Cette expertise, ce savoir faire, et ce regard toujours nouveau ancré dans l’expérience, les associés du studio Hérault Arnod Architectures les partagent au quotidien avec leur équipe, s’unissant pour repousser les limites de l’architecture telle que nous la connaissons.
« Depuis toujours nous envisageons la question de la durabilité dans sa globalité, de l’implantation sur le territoire au matériau, en passant par la consommation énergétique et les usages, la mobilité douce notamment. » Isabel Hérault, Architecte DPLG, associée et co-fondatrice de Hérault Arnod Architectures

Par Aurore De Granier
Toutes les visuels sont de © Studio Cui Cui
— Retrouvez l’article dans Archistorm 137 daté avril – mai 2026

