Rendre plus qu’on ne prend est un pré­cepte au cœur de la démarche de loci anima. Réticente à fouiller le sol ou à trou­bler les éco­sys­tèmes en place, l’agence consi­dère l’acte de construire comme une res­pon­sa­bi­lité .

L’humain porte en lui la mémoire de l’univers : chaque atome, chaque cellule partage la même genèse que la matière stellaire. Pourtant, la civilisation occidentale s’est enfermée dans une amnésie métaphysique, et se perçoit à tort comme un observateur extérieur et un maître souverain. Les sciences physiques nous enseignent que la matière est de l’énergie condensée, une vérité qui abolit la frontière entre l’inerte et le vivant. Apprenons à voir dans la pierre, le béton, ou l’acier non pas des matériaux passifs, mais des états provisoires de la puissance cosmique, des condensations habitées par une tension qui lie le minéral à l’organique sans distinction de hiérarchie. Pour le monde moderne, l’énergie n’est qu’une ressource. C’est un flux comptable ou une donnée technique. Éveillons notre conscience, l’énergie est le nom que nous donnons au sacré immanent et au souffle vital (Anima). L’édifice doit devenir un organisme métabolique, un nœud d’intensités qui capte, transforme et restitue le flux universel.

Extrait du manifeste de l’agence « Animisme Post-industriel et symbiotique » par Françoise Raynaud, la fondatrice

« Dans l’univers, à des distances vertigineuses, donc, dans le passé cosmique ou dans le présent sur terre, dans un caillou ou dans chaque portion de notre corps, on retrouve les mêmes particules, rien d’autre. » Hubert Reeves

Loci Anima : New York, New York

Construire une tour n’est jamais un acte anodin ; c’est au sens le plus littéral un « tour de force ». Dans le flux incessant de la production urbaine, la tour apparaît comme une anomalie temporelle, une fenêtre d’opportunité qui s’ouvre à un « instant T » pour se refermer presque aussitôt. Elle est le fruit d’une convergence rare entre volonté politique, puissance économique et audace technique. Je conçois volontiers la tour comme une boule d’énergie en métamorphose. Le projet architectural est ce passage périlleux, cette transmutation de la matière grise, le concept, le calcul, le rêve en la matière minérale, visible et inerte. Ce passage est d’une volatilité extrême. Entre les dessins et la matière, l’idée risque à chaque instant de s’évaporer sous la pression des enjeux financiers et du contexte économique mondial. Construire une tour, c’est donc figer l’invisible en un signal permanent dans la pesanteur du monde.

Incontestablement, cette volatilité fascine et contribue à attribuer à la tour l’image de ce qui est fort et puissant. La tour est une guerrière par nature. Elle est le reflet, le symbole de la santé économique, d’une ville, d’un pays. Elle est le « pur-sang » de la course effrénée pour la domination du skyline où les hommes et les villes s’affrontent à coup de records d’altitude. New York est l’épicentre phénoménologique de cette fascination. Hérissée de tours stalagmites urbaines, elle est dans un mouvement brownien perpétuel. L’émergence récente des skinny towers redéfinit notre rapport à l’horizon et transforme la ville en une forêt de lances de verre qui défient notre perception du possible. Le passage de la tour-stalagmite à la tour-aiguille modifie radicalement notre ressenti émotionnel. Là où les colosses d’acier du XXe siècle évoquaient la puissance brute et l’invulnérabilité, les skinny towers introduisent une dimension de sublime précarité. Leur rapport d’élancement, parfois de 1/24, interpelle sur leur résistance à la gravité, aux vents, à la matière. Elles représentent l’aboutissement ultime de la conquête spatiale urbaine, occuper le moins de sol possible pour conquérir toujours plus de ciel.

Construire dans cette ville « hérissée », c’est produire une note aiguë dans une partition déjà saturée. Devant ces aiguilles de verre, nous retrouvons ce sentiment de vulnérabilité face à un objet qui semble s’affranchir des lois de la physique. Elle nous rappelle que notre fascination pour le gigantisme n’est pas une soif de puissance, mais une soif de dépassement. (…)

Métaphorique – Zehrfuss au fil des saisons, Coeur Pleyel de Saint-Denis

A l’instar des stores qui protègent en été, peut-on inventer un bardage saisonnier dans un contexte patrimonial ? Édifiée en 1971 par Bernard Zehrfuss, la tour construite pour Siemens à Saint-Denis, à proximité de la nouvelle station de métro Pleyel, repose sur un système constructif inédit : autour d’un noyau central en béton, des étages suspendus sont soutenus par une structure métallique recouverte d’une façade préfabriquée en aluminium. L’influence métaboliste du projet est évidente, même si Zehrfuss, brutaliste de la première heure, n’a nul besoin de cette filiation pour justifier son penchant pour une architecture modulaire et démontable, marquée par une forte lisibilité structurelle. (…)

Loci Anima

Programme : Réhabilitation d’un bâtiment construit par Bernard Zehrfuss
Site : Saint-Denis ,France
Surface : 5 170 m2
Coûts des travaux : 8 800 000 €
Calendrier : 2009 (non-réalisé)

Tectonique – La rue verticale, berges de Seine d’Issy-le-Moulineaux

Forte de sa capacité à bâtir en hauteur, l’agence Loci Anima Architectures, fondée par Françoise Raynaud cherche depuis un certain temps à infuser dans l’écosystème des tours des qualités que l’on retrouve habituellement dans des environnements de bureaux moins déployés en hauteur. La lumière, la sociabilité, l’animation et l’abondance spatiale en sont quelques-unes. Le concept le plus remarquable visant à combiner ces qualités est celui de la rue verticale.

La recherche autour des rues verticales chez Loci Anima remonte au projet lauréat du concours international dupont d’Issy-les-Moulineaux remporté en 2008, à l’emplacement où vient d’être inaugurée la tour Keïko. Ce premier projet, bien plus élevé, proposait une superposition de bâtiments séparés de jardins à différents niveaux, reliés par une rue piétonne en plus des circulations transversales et d’une mixité programmatique tout à fait inédite. (…)

Loci Anima

Programme : Tour mixte de bureaux, logements, commerces, espaces publics.
Surface de plancher : 200 000 m²
Emplacement : Issy-les-Moulineaux (92) France
EQUIPE Moe : Architecte: loci anima – Architecte Associe: Itsuko Hasegawa- Ingénieur Structure: Joseph Attias — Sidf -Ingenierie: Egis- Ingénierie Facades : Elioth -Securite Incendie :Casso- Économiste: Tohier
Coût des travaux (HT) : 550 000 000€

Symbiotique – Pegasus horsepark, Yeongheon region, Corée du Sud

La construction du quatrième hippodrome de Corée du Sud est un chantier de longue haleine, qui a connu de nombreux revers depuis l’annonce d’intention. Complexe en raison de son emplacement, il prévoyait l’installation d’un équipement d’envergure sur un terrain montagneux au nord de la ville de Yeongcheon. L’agence Loci Anima a pris part au concours international, organisé en 2015 par la Korea Racing Authority, qui a recueilli vingt-trois propositions.

Si la proposition de Loci Anima n’était pas la seule à détacher le parcours de course du sol, force est de constater qu’elle était la seule à ériger ce détachement en concept structurant. Et pour cause : le terrain de course imaginé par Loci Anima est pensé comme un dispositif qui se détache du sol de manière manifeste. La structure est épurée, le système porteur fin comme un instrument chirurgical mis au point avec le bureau d’études international Ove Arup. La solution constructive propose des piliers d’acier injectés de béton supportant une plateforme ouverte au centre, permettant à l’air et à la lumière de passer en dessous.

Loci Anima

Programme : Horse park
Site : Yeongcheon region, Korea
Surface : 43 430m2
Coûts des travaux : 198 M €
Calendrier : International competition 2015
Maîtrise d’ouvrage : Korea Racing Authority (KRA)

Endémique – Greenwich West, Hudson square, New York

En lieu et place du condominium en verre avec jardins privatifs, un autre projet verra le jour : une tour recouverte de brique, matériau endémique par excellence. Cette nouvelle conception se traduit par une baisse notable du coût de construction, réduisant par conséquent le risque de voir le projet basculer dans une catégorie spéculative, souvent synonyme de condominiums vacants. Si la façade de briques, en argile blanche et découpées sur mesure pour obtenir une stratification plus dense évoquant cet éclat particulier des sols de l’Hudson, répète la trame new-yorkaise, ses angles sont arrondis comme s’ils avaient été érodés par le vent pour ensuite réfléchir la lumière extérieure d’une manière toute particulière. Ils ajoutent à l’abondance spatiale new-yorkaise des réflexes d’aménagement et d’optimisation très parisiens. La French Touch n’est plus une affaire seulement de bon goût, mais aussi de bon sens. Le foncier new-yorkais, comme la voiture américaine, est généreux en espace. New York et ses tours à perte de vue n’est-elle pas l’archétype du modèle états-unien, fondé sur l’accumulation quasi inépuisable d’espaces identiques les uns sur les autres ? Au lieu d’un aménagement standard qui perpétue ce principe d’abondance, les architectes se sont efforcés d’optimiser par l’agencement. (…)

Loci Anima

Programme : Tour de condominiums, 170 appartements, bureaux, commerces et parking automatisé
Surface de plancher : 21 800 m2 / 233 000 sqft
Maitre d’ouvrage : Cape Advisors, Strategic Capital, Forum Absolute Capital Partners
Emplacement : 110 Charlton Street, New York, USA
Botaniste : Patrick Blanc
Coût des travaux (HT) : 114 000 000€ / 127 300 000$
Dates : Livraison 2020

Auteur : Christophe Catsaros
Couverture : La Première Tour Multimodale, Strasbourg

Retrouvez l’intégralité du Hors Série sur AEA encarté dans le numéro d’Archistorm 137 daté avril – mai 2026 et séparément en kiosques.

Remerciements au partenaire de ce hors-série : 

Wienerberger
Wienerberger France conjugue la force d’un groupe industriel mondial avec la proximité d’un acteur solidement ancré dans les territoires. Avec ses 25 sites de production situés partout en France, l’entreprise propose une offre complète pour l’ensemble de l’enveloppe du bâtiment : toiture, structure, façade et solaire.
Wienerberger s’engage aux côtés des professionnels grâce à un service de proximité et une démarche responsable qui place l’innovation, la durabilité et la décarbonation au cœur de sa stratégie, avec une ambition claire : valoriser notre patrimoine et contribuer à un habitat plus sain, respectueux de l’homme et de son environnement.