La rénovation de l’ING Marnix illustre une architecture robuste et régénérative, alliant patrimoine des années 1960 et solutions contemporaines et résilientes. En atteignant le niveau BREEAM Outstanding et WELL Platinum, elle est également un message : si un patrimoine classé peut répondre aux défis de demain, un futur décarboné est possible.

L’histoire du siège social de la banque situé avenue Marnix est marquée par des événements majeurs, chacun reflétant son époque. Ces événements sont invariablement liés à des crises locales ou mondiales. À chaque fois, le bâtiment a été rénové, agrandi pour devenir progressivement un symbole de la société, reflet de l’histoire contemporaine.

La commande passée à Gordon Bunshaft pour le siège de la banque Lambert, situé sur le prestigieux boulevard Marnix, visait à transposer dans le contexte bruxellois l’exploit qu’il avait accompli une décennie plus tôt à New York. Réinventeur de l’architecture institutionnelle américaine, Bunshaft y avait balayé, grâce à quelques réalisations en acier et verre, plusieurs siècles de monumentalité minérale. Grâce à lui, une banque pouvait changer de registre. Elle n’avait plus besoin d’évoquer la solidité, l’immuabilité ou la capitalisation par de la pierre de taille apparente et des joints horizontaux en relief. Il opposa à ce langage convenu une légèreté et une transparence modernes, qui devinrent les nouveaux gages de confiance.

À Bruxelles, Bunshaft refusa de reproduire la formule générique new-yorkaise. Il jugeait la transposition artificielle et le contexte inadapté. Au lieu d’une tour de verre, il suggère un déploiement horizontal aux proportions classicisantes d’un palazzo. Sa proposition consiste à inventer un langage hybride alliant l’esprit corporate moderniste (fonctionnel, ouvert, lumineux) et la nouvelle monumentalité en béton préfabriqué qu’il expérimentait avec Weidlinger – comme à la bibliothèque Beinecke pour les livres rares de Yale, ou encore l’immeuble John Hancock à Kansas City.

L’enjeu était de taille : il fallait incarner la solidité d’une institution bancaire sans recourir aux codes traditionnels. À Yale, Bunshaft avait opté pour un parallélépipède en lévitation contenant un second volume, lui-même abritant les précieux manuscrits. À Bruxelles, il reprit le même système tectonique : un exosquelette en béton préfabriqué à l’expressivité puissante, capable de libérer les plateaux intérieurs et de mettre en scène son propre comportement structurel. Ici, la façade ne se contente pas de révéler l’ingénierie du bâtiment – elle la dramatise.

La rénovation

La rénovation de l’immeuble a consisté à adapter ses espaces aux nouvelles méthodes de travail d’ING – pionnier du « New Way of Working » dans le secteur financier – tout en préservant les caractéristiques architecturales de ce bâtiment à la valeur patrimoniale reconnue. Chez ING, les équipes se recomposent en permanence selon les objectifs du moment, ce qui exige une flexibilité accrue, tant dans l’organisation du travail que dans les espaces qui la rendent possible. Un autre défi a été d’intégrer les impacts de la généralisation du télétravail : réduction d’un tiers des postes fixes, au profit d’espaces modulables (salles de réunion, zones de coworking et lieux de convivialité).

Pour les architectes, cette demande de reconfiguration vers plus de flexibilité s’articule avec deux impératifs majeurs : concevoir un bâtiment passif et régénérateur tout en respectant son intérêt patrimonial établi – c’est-à-dire sous le contrôle attentif des services du patrimoine qui veillent à préserver, voire restaurer, les caractéristiques architecturales de Bunshaft. L’équation du bilan carbone est particulièrement éloquente : de 3 000 tonnes de CO2 par an, le même bâtiment avec une capacité accrue n’en génère plus que 600 tonnes. Cette capacité permet de qualifier le bâtiment de passif. Une performance à laquelle s’ajoutent les deux certifications obtenues : WELL Platinum et BREEAM Outstanding.

L’équation combinant ces quatre exigences – rééquilibrage des espaces privatifs et partagés, conception d’une nouvelle entrée principale, efficience énergétique et conservation patrimoniale – pourrait sembler insoluble. Elle résume pourtant l’essence même de l’apport d’A2M et Moreno Architecture & Associés dans ce projet de reconversion.

Chaque plateau s’organise autour d’espaces de socialité et d’un patio à l’échelle du bâtiment, prenant la forme d’un empilement vertical de petits amphithéâtres. Situés dans l’extension de 1989, ces espaces créent une porosité verticale qui bouleverse l’organisation horizontale traditionnelle des plateaux et leur « étanchéité » fonctionnelle. Cette configuration innovante encourage des circulations entre niveaux. Leur proximité avec les zones sociales (espaces de convivialité, cafétéria, aires de détente) suggère une volonté de rompre avec le cloisonnement traditionnel, autant pour le bien-être des employés que pour favoriser des collaborations transversales.

Cette ouverture architecturale traduit la volonté d’ING d’abandonner le cloisonnement rigide des services pour adopter une organisation flexible, orientée vers des projets en constante évolution. Tous les employés n’ont plus de poste fixe et doivent pouvoir trouver les espaces adaptés à leurs missions ponctuelles. Cette approche évoque le fonctionnement d’un atelier, où l’espace se reconfigure en fonction des objectifs du moment.

Dans cette quête de flexibilité, l’immeuble s’inspire de la modularité des espaces d’art, bien que de manière moins visible que dans un musée où la scénographie change régulièrement. Le choix d’intégrer des oeuvres d’art renforce cette analogie : l’espace de travail est conçu comme une galerie, articulant expérience artistique et interaction sociale. Si quelque chose comme une fonction de l’art existe, pourquoi ne pourrait-elle pas opérer dans le cadre d’un lieu de travail où il a été explicitement décidé de déployer une collection digne d’un petit musée ?

Le lien entre activité bancaire et exposition artistique trouve ici sa justification : l’art n’est plus seulement un gage de valeur dans un monde dématérialisé, mais devient un dispositif transactionnel stimulant l’échange, la discussion et la créativité. ING a fait le choix explicite d’hybrider deux univers – finance et création artistique – pour dynamiser son environnement de travail.

Le concours a été remporté par deux bureaux, l’un basé à Bruxelles et l’autre au Luxembourg, fondés respectivement par les frères Sebastian et Stefano Moreno. A2M et Moreno Architecture & Associés combinent ainsi une approche académique, axée sur la recherche en construction régénératrice, à une pratique plus corporate, portée par un bureau spécialisé dans le tertiaire haut de gamme. Réunis, ils allient crédibilité académique et force de frappe, les deux ingrédients indispensables pour s’attaquer au siège d’une banque.

«Aujourd’hui, après plusieurs années de rénovation en profondeur, le bâtiment Marnix s’ouvre sur une nouvelle ère — celle d’un modernisme réinventé. Cette transformation ambitieuse a su préserver le caractère iconique de l’édifice tout en le propulsant dans le XXIe siècle. Le projet a métamorphosé les espaces intérieurs pour les adapter aux nouvelles réalités du travail, avec une attention particulière portée à la lumière, au confort et à la durabilité. » Peter Adams, PDG, ING.

L’une des interventions les plus remarquables du binôme d’architectes consiste en la reconversion de la cour intérieure, entre l’immeuble originel et son extension de 1989, en une entrée principale située au niveau R-1.

Si le principe d’une extension ou d’une réactivation des niveaux inférieurs n’a rien d’exceptionnel, la particularité réside ici dans la manière dont la proposition puise dans d’autres réalisations de Bunshaft les éléments clés de sa transformation. Cette approche témoigne d’une connaissance fine à la fois du bâtiment, de ses usagers et de son architecte. Elle aboutit à une intervention exemplaire, tant sur le plan patrimonial que dans sa réponse aux nouveaux usages appelés à animer l’édifice.

D’un point de vue fonctionnel, le projet repose sur un décaissement créant une entrée en pente reliant le niveau -1 de la cour à la rue. Cette solution, dont la Piazza inclinée du Centre Pompidou (Renzo Piano et Richard Rogers) a démontré le potentiel, s’impose comme une évidence. Mais l’intelligence de la proposition va plus loin : les architectes ont su intégrer la dimension patrimoniale du bâtiment sans trahir l’esprit initial. Pour y parvenir, l’agence a étudié méticuleusement d’autres projets de Bunshaft où celui-ci avait lui-même résolu des problématiques similaires – dalles surélevées, rez-de-jardin encaissés, extensions greffées. Ces références ont nourri et affiné la solution appliquée.

Une méthode exemplaire ?

Si le résultat est remarquable, la méthode employée pour y parvenir l’est tout autant. Le chantier, mené en Lean management – reflétant ainsi les méthodes de travail des futurs occupants –, s’inscrit dans une démarche plus large : depuis quinze ans, A2M s’impose comme pionnière de la construction passive et régénérative. Bien avant que cette approche ne se généralise, l’agence l’appliquait systématiquement, parfois même sans en informer les maîtres d’ouvrage pour éviter toute réticence. Le siège d’ING n’échappe pas à cette règle : l’utilisation des allèges initiales de 40 cm pour dissimuler technique et isolation dans un faux plancher témoigne de cette ingéniosité constructive.

Vers de nouveaux paradigmes patrimoniaux

Dans un contexte où les reconversions prennent le pas sur les constructions neuves, il devient crucial d’élaborer des approches transformationnelles complexes et multifactorielles. Savoir préserver en transformant, privilégier l’esprit d’un lieu plutôt que la conservation formelle pure sont des outils indispensables pour enrichir le champ d’actions des architectes amenés de plus en plus à intervenir dans le bâti.

La véritable intelligence du projet réside dans ce double mouvement : une fidélité rigoureuse à l’architecture initiale couplée à des interventions résolument contemporaines. L’approche du binôme d’architectes (A2M et Moreno Architecture & Associés) pourrait servir de référence pour concilier audace et respect, constituant ainsi un cas d’école en matière de transformation patrimoniale.

Ce projet illustre parfaitement cette situation où l’intervention devient un authentique acte de création architecturale, tout en s’inscrivant dans un contexte patrimonial traditionnellement peu enclin à accueillir de nouvelles strates de conception. La démonstration est faite qu’on peut à la fois honorer et réinventer un chef-d’oeuvre moderne.

«Que ces murs, repensés et régénérés, témoignent à jamais de notre détermination collective : faire vivre un patrimoine, le transformer sans l’altérer, mais aussi offrir un cadre de travail pour les employés d’ING où innovation, durabilité et bien-être se conjuguent pour le futur. » Daniel Heuzel, Responsable du département immobilier, ING Belgique.

Prise de parole, Sebastian Moreno-Vacca, architecte, fondateur A2M et Aline Branders, architecte, associée A2M 

Le système structurel du projet original, mis en oeuvre avec un noyau central et un exosquelette soutenant le bâtiment en façade, permet de libérer les étages de bureaux où seules huit colonnes porteuses intérieures ponctuent chaque niveau. Transformer la structure porteuse en élément architectural de la composition de la façade a nécessité de travailler sur l’expressivité de l’ensemble. La conception des éléments préfabriqués de l’exosquelette met en valeur leurs formes et l’utilisation de charnières en acier inoxydable recouvertes de nickel-chrome, soulignant les forces structurelles exercées sur ces composants. La forme effilée des meneaux verticaux reproduit le diagramme des tensions internes : plus étroits au niveau des charnières à mi-hauteur des étages, où les moments de flexion sont les plus faibles, et plus larges à la jonction entre les bras horizontaux et la dalle.

Le monde de 2025 n’est plus le même que celui de 1964. Entre-temps, nous avons connu plus de dix situations de guerre, trois crises énergétiques mondiales, une crise sanitaire et un épuisement de plus en plus rapide des ressources. Depuis sa définition en 1992, le développement durable n’est plus suffisant ; il est presque devenu un oxymore. En 2024, nous avons dépassé pour la première fois la limite symbolique de 1,5 °C de réchauffement climatique par rapport aux niveaux préindustriels. Face à cette situation, il ne suffit plus de réduire notre impact sur l’environnement. Nous devons aller bien au-delà, en visant à le régénérer activement.

Aujourd’hui, il est essentiel de passer d’une approche « simplement » durable à une approche régénératrice, qui consiste à créer des bâtiments qui restaurent les écosystèmes et améliorent le bien-être général. L’approche de la conception régénérative d’A2M repose sur trois piliers : concevoir avec le climat, concevoir avec la nature, concevoir avec les personnes. Une rénovation de cette ampleur n’a lieu qu’une ou deux fois par siècle. Le timing et les enjeux sont donc fondamentaux.

Prise de parole, Équipe Moreno Architecture & Associés

Le point de départ a été une étude approfondie menée par SDS, qui a permis d’analyser globalement les sensations et les comportements liés à l’espace, et ainsi de développer des « macroconcepts » traduisant les usages et les comportements. En collaboration avec les équipes d’ING, SDS a examiné l’ensemble des fondements du projet New Way of Working (NWOW), ce qui a abouti à plusieurs scénarios d’utilisation de l’espace. Ces résultats ont été consolidés dans une feuille de route issue d’une vaste enquête.

Les architectes et architectes d’intérieur de Moreno Architecture & Associés ont réfléchi à la manière d’intégrer ces principes dans une architecture intérieure cohérente. Une visite du nouveau siège social d’ING à Amsterdam, le « Cedar Building », leur a permis d’expérimenter une requalification préliminaire en vue de sa mise en oeuvre dans le bâtiment ING Marnix. Ils se sont basés sur l’analyse de SDS, résumée dans le dossier de présentation destiné à l’ExCo d’ING. Ces principes s’appuient sur une séquence « de marche en avant » : espaces interactifs, zones tampons, salles de réunion, zones de travail et zones calmes, le tout suivant une harmonie semblable à une partition musicale.

Une fois la disposition spatiale, la « macro », livrée par SDS et acceptée par ING, le travail sur la « micro », les matériaux, l’acoustique et la scénographie ont pu prendre place. Jordan Berg, architecte d’intérieur, a souligné l’omniprésence d’un mot clé tout au long du projet : « connexion ». Un autre défi majeur concernait la matérialité : la faire évoluer tout en préservant le patrimoine architectural du bâtiment.

Dans ce contexte, l’aménagement intérieur de l’ING Marnix a été entièrement repensé afin de prolonger la beauté de son héritage moderniste emblématique, tout en répondant aux profonds changements du monde du travail actuel.

Prise de parole, Peter Adams, PDG, ING Belgium

Tant les Bruxellois que les innombrables navetteurs qui rejoignent chaque semaine la capitale connaissent bien ce bâtiment emblématique : niché au coeur de Bruxelles, face au Palais royal et bordant la Petite Ceinture, le siège historique d’ING Belgique (anciennement Banque Lambert, puis Banque Bruxelles Lambert) s’y dresse avec élégance depuis le début des années 1960.

Œuvre du célèbre architecte Gordon Bunshaft du cabinet américain Skidmore, Owings & Merrill (SOM), cet édifice moderniste, évoquant par certains aspects le Palazzo Farnese de Rome, semble littéralement flotter dans l’espace. Il incarne, depuis sa création, une vision architecturale avant-gardiste fondée sur la transparence, la légèreté et la modernité. Par son esthétique et son audace, il occupe une place singulière dans le paysage urbain de la capitale, reflet d’une architecture aux accents internationaux, qui transcende les frontières de style et de géographie. Classée en 2021 par la Région Bruxelloise, sa façade n’est pas qu’un simple assemblage de béton et de verre : elle est le symbole d’un progrès assumé, le témoin tangible d’une époque où Bruxelles affirmait pleinement son statut de carrefour économique et culturel européen.

Aujourd’hui, après plusieurs années de rénovation en profondeur, le bâtiment Marnix s’ouvre sur une nouvelle ère – celle d’un modernisme réinventé. Cette transformation ambitieuse a su préserver le caractère iconique de l’édifice tout en le propulsant dans le XXIe siècle. Le projet a métamorphosé les espaces intérieurs pour les adapter aux nouvelles réalités du travail, avec une attention particulière portée à la lumière, au confort et à la durabilité. Parmi les interventions les plus significatives, l’introduction de puits de lumière à divers niveaux du bâtiment constitue une véritable révolution. Au sous-sol, près de 6 000 m² autrefois privés de lumière naturelle bénéficient désormais d’un éclairage généreux. De même, la liaison entre Marnix I et Marnix II est aujourd’hui baignée de clarté, offrant des espaces de travail plus lumineux, inspirants et fonctionnels. Coiffé d’un rooftop partiellement végétalisé, le bâtiment gagne également un espace extérieur apaisant, véritable îlot de verdure au coeur de la ville.

Mais au-delà de la prouesse technique, cette rénovation illustre un engagement fort : celui d’ING Belgique en faveur de la durabilité, du bien-être et de l’innovation. Le projet s’est distingué par son ambition environnementale, couronnée par l’obtention des certifications BREEAM Outstanding et WELL Platinum – les plus exigeantes en matière de performance durable et de qualité de vie. Les résultats parlent d’eux-mêmes : les émissions de CO₂ ont été réduites de 80 %, passant de 3 000 à 600 tonnes par an.

Reflet des valeurs fondamentales de la banque – transparence, responsabilité et engagement envers la société – le bâtiment Marnix rénové prolonge avec brio la vision de son architecte d’origine. Ici, l’histoire dialogue avec l’avenir, inscrivant ce chef-d’oeuvre architectural dans une trajectoire résolument tournée vers l’innovation, tout en conservant son rôle emblématique au coeur de Bruxelles.

Prise de parole, Alexandre Smeets, Administrateur délégué, fondateur, Immo-Pro

La rénovation du site Marnix d’ING à Bruxelles n’a rien d’un chantier ordinaire. C’est une partition complexe, où chaque intervenant – architectes, ingénieurs, entreprises, certificateurs, autorités – joue un rôle précis. Sans un chef d’orchestre pour coordonner l’ensemble, la musique risquerait de se transformer en cacophonie. Dans ce projet, Immo-Pro a assumé ce rôle central : donner la vision, impulser le rythme et maintenir l’équilibre entre toutes les parties prenantes.

Dès le départ, ING a pris une décision stratégique forte : désigner un Assistant à Maîtrise d’Ouvrage (AMO) avant même de sélectionner les autres intervenants. Ce choix a permis à Immo-Pro d’entrer très tôt dans le processus, de comprendre en profondeur les besoins et de bâtir une stratégie cohérente dès la phase initiale. Notre première mission fut claire : définir une vision et une stratégie. Cela passa par la rédaction d’un cahier des charges de performance exigeant, reprenant les objectifs qualitatifs, financiers et temporels. Sur cette base, un concours d’architectes fut lancé – en plein coeur de la pandémie de COVID-19. Ce sont le bureau A2M et Moreno Architecture & Associés qui l’ont remporté, grâce à une proposition équilibrée : préserver l’identité patrimoniale emblématique du bâtiment tout en optimisant le confort des utilisateurs et la performance environnementale.

Chez Immo-Pro, nous savons qu’un projet de cette ampleur exige une équipe pluridisciplinaire de haut niveau, mêlant ingénieurs civils et industriels, experts techniques, gestionnaires financiers et spécialistes administratifs. Sous ma supervision et avec Geoffroy Bekkers en direction de projet, épaulés par Joëlle Stevens et Charles Scholasse, nous avons assuré une présence constante à chaque « étage » du projet : lors des réunions de conception, dans les workshops techniques avec les entreprises, lors des arbitrages stratégiques avec la direction d’ING et dans les échanges avec les autorités administratives.

La principale difficulté résidait dans le fait de rénover un immeuble occupé. Chaque porte ouverte révélait des réseaux techniques insoupçonnés, témoins des évolutions successives du bâtiment, rendant la conception et l’exécution hautement évolutives. Nos équipes ont joué un rôle crucial de challenger permanent auprès des bureaux d’études et des entreprises, en ajustant les solutions en temps réel et en maintenant un dialogue continu avec ING.

Parallèlement, la pandémie de COVID-19 bouleversait les besoins immobiliers : le modèle des postes fixes laissait place à celui de la flexibilité et de la collaboration. Immo-Pro a accompagné ING dans cette transformation, traduisant les nouvelles attentes en solutions architecturales et fonctionnelles concrètes.

Un défi supplémentaire est apparu avec le classement en liste de sauvegarde du bâtiment de Gordon Bunshaft. Cela impliquait de préserver certains éléments patrimoniaux tout en modernisant en profondeur les espaces intérieurs. Dans ce contexte, le rôle d’Immo-Pro a été celui d’un médiateur exigeant, conciliant respect du patrimoine, confort, budget et délais.

Aujourd’hui, ING a rejoint le site Marnix rénové. Les collaborateurs se sont rapidement approprié ces nouveaux espaces, où les lieux de vie et de collaboration connaissent un vif succès. Plus qu’une rénovation, Marnix est devenu un symbole : celui d’une entreprise capable de concilier patrimoine et modernité et de mettre ses espaces en phase avec les usages de demain.

Prise de parole, Daniel Heuzel, Directeur, Real Estate and Facility Services, Responsable du projet de rénovation du bâtiment Marnix

Cet édifice qui a été le coeur effectif de la banque BBL supporte maintenant l’activité d’ING. La charge symbolique, d’évoluer dans un bâtiment qui fait partie de l’histoire bancaire du pays, demeure très forte, encore aujourd’hui. Le choix de renforcer le site Marnix va dans le sens d’une reconnaissance de cette dimension historique, tant pour notre institution que pour la ville où nous nous trouvons. Au-delà de cette dimension patrimoniale, il y a une réalité économique qui fait que le choix de rénover le bâtiment Marnix et de s’y regrouper est le plus avantageux. Au-delà de ces considérations patrimoniales, la rénovation du bâtiment Marnix répond à une stratégie de réunion des effectifs situés à Bruxelles dans un lieu unique, renforçant ainsi la cohérence économique du projet.

Prise de parole, Stéphane Dieleman, Directeur général, Louis De Waele

La circularité et surtout le degré auquel nous avons pu la mettre en oeuvre ont été un aspect innovant pour nous. Le fait d’avoir pu envoyer en Ukraine deux chaudières remplacées est révélateur de l’esprit qui a présidé à l’avancement du chantier. Réutiliser des matériaux en cours de route, évaluer la possibilité de réemployer certains éléments en cours de chantier représentent un savoir-faire qui nous est précieux. Entre la volonté initiale de réemploi et le niveau auquel nous avons poussé cette démarche, il y a pour nous un sujet de grande satisfaction.

Prise de parole, Damien Thirifay, Operations Manager, VMA

Dans le bâtiment Marnix, nous avons mis en place des solutions techniques qui combinent efficacité énergétique et flexibilité, avec un pilotage centralisé qui permet de contrôler et d’optimiser les conditions de travail en temps réel. L’objectif est de créer un environnement de travail à la fois confortable, sain et réactif aux besoins des utilisateurs.

Prise de parole, Gautier Baudru, Chef de projet senior, Tractebel

Pour surmonter les obstacles, des méthodes avant-gardistes ont été déployées, comme celle du scan 3D par drone : une cartographie précise du bâtiment qui a permis d’établir un modèle fiable avant intervention, limitant les erreurs. Les maquettes 3D ont aussi été utilisées pour appliquer sur le projet la technologie de réalité augmentée (avec les casques Microsoft Holo- Lens). En collaboration avec Engie, l’utilisation de casques à réalité augmentée a notamment permis de facilement valider la position des installations techniques en temps réel. Cette approche est étroitement liée aux efforts de rationalisation des équipements. La mutualisation intelligente des systèmes a réduit de 50 % les besoins en ventilation, optimisant coûts et espace.

Prise de parole, Peter Jans, CEO, Dols

Avant tout, nous nous rappelons qu’une communication ouverte et une confiance mutuelle sont des éléments clés dans la réalisation de projets aussi complexes dans lesquels les facteurs susmentionnés jouent un rôle majeur en plus de la mission finale de fournir et d’installer tout le mobilier pour les postes de travail, les salles de réunion et les lieux de rencontre.

Prise de parole, Alain Rondonck, Responsable grands comptes, Workplace de Tarkett

Tarkett a participé activement à la régénération du bâtiment Marnix en recyclant les anciennes dalles de moquette via son programme ReStart®. Ce service permet la collecte et le recyclage des revêtements de sol en fin de vie ou des chutes de pose.

Fiche technique :

Maîtrise d’ouvrage : ING Belgique
Assistant maîtrise d’ouvrage : Immo-Pro
Architectes : A2M et Moreno Architecture & Associés
Architectes paysagistes : Studio Mathieu Lucas et Suède 36
Constructeurs : De Waele, VMA et Close
Surface : 54 058 m2
Entreprises (liste non exhaustive) : Tractebel Engineering et MK Engineering (ingénieurs service), Lemaire Ingénieurs et Util (ingénieurs structure), A2M (conception climatique, conception durable), Claire Bonnaventure SDS (stratégie d’aménagement, planification et conception spatiale), D2S (acoustique), CreaTec (conception confort et énergie), DUSS CO2 (évaluation BREEAM et WELL), FAAST (pré-évaluation), Rotor (réutilisation), Securitas (sécurité), BuildTIS (consultant en contrôle qualité), Whiteforge (sûreté et sécurité), Dols (bureau déposé et mobilier déposé), Tarkett (fournisseur).

Par Christophe Catsaros
Toutes les photographies sont de © Ulrich Schwarz

— Retrouvez l’article dans Archistorm 136 daté février – mars 2026