Inauguré en 1989, le siège du journal l’Humanité construit à Saint-Denis a été conçu par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer tandis que le chantier a été suivi par Jean-Maur Lyonnet en tant qu’architecte d’opération.

Acquis par l’État en 2010, l’édifice a fait l’objet, entre 2020 et 2025, d’une importante réhabilitation. Le projet a été conduit par la préfecture de la région d’Île de France, et l’Oppic, respectivement en tant que maître d’ouvrage et maître d’ouvrage délégué, par le groupement de maîtrise d’œuvre réunissant l’agence SavoirFair architecture, le bureau d’études techniques Bérim, le bureau d’études façades Arcora et l’entreprise générale Eiffage Construction. Les façades ont fait l’objet d’une réfection totale afin d’améliorer les performances énergétiques et environnementales. Les travaux ont également permis la rénovation complète des espaces intérieurs dans le respect des principes architecturaux d’Oscar Niemeyer.
À l’issue du chantier en 2025, la Direction régionale interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) Île de France a emménagé au sein de l’édifice.

Contexte du projet

Inauguré en 1989, le siège du journal l’Humanité construit à Saint Denis, aux abords de la basilique, a été conçu par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, tandis que le chantier a été suivi par JeanMaur Lyonnet en tant qu’architecte d’exécution. L’inauguration s’est déroulée le 27 avril 1989.

Confronté à des difficultés financières, le journal a mis en vente son siège puis a quitté les lieux en 2008, l’immeuble a ensuite été acquis par l’État en 2010. Resté inoccupé entre 2008 et 2020, l’édifice s’est dégradé et nécessitait une réhabilitation lourde. Ce projet a été retenu en décembre 2020 dans le cadre du Plan France Relance au titre de l’appel à projets pour la rénovation énergétique des bâtiments publics de l’État. L’immeuble de Niemeyer rejoint la liste des édifices étatiques à bénéficier d’une transformation, la Direction de l’immobilier de l’État (DIE) ayant engagé une stratégie articulée autour de la rationalisation des surfaces, de l’amélioration des performances énergétiques et de l’évolution des usages des bureaux. Cette politique cible notamment la rénovation des bâtiments selon trois priorités liées à la transition environnementale, à l’adaptation des modes de travail et à l’efficacité économique de la gestion.

La réhabilitation lourde de l’ancien siège du journal l’Humanité a été engagée dans le cadre d’un marché global de performance énergétique pour le compte de l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture (Oppic). L’équipe lauréate est constituée de Eiffage Construction en tant que mandataire, de l’agence SavoirFair architecture, des bureaux d’études Bérim (structure et fluides), Agi2d (environnement) et Arcora (façades), et du paysagiste Land’Act.

Les façades ont fait l’objet d’une réfection totale afin d’améliorer les performances énergétiques et environnementales. Les travaux ont également permis la rénovation complète des espaces intérieurs dans le respect des principes architecturaux appliqués par Oscar Niemeyer. À l’issue du chantier en 2025, la Direction régionale interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) Île de France, soit environ 400 agents auparavant installés à Aubervilliers, a emménagé au sein de l’édifice réhabilité.

« La métamorphose est patrimoniale, fonctionnelle, technique et symbolique : elle prolonge l’histoire d’un bâtiment emblématique du XXe siècle en l’inscrivant dans les enjeux écologiques, architecturaux, fonctionnels et urbains du XXIe siècle. » Christian Mourougane, Président de l’Oppic

Une commande à Oscar Niemeyer

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Humanité a d’abord occupé les anciens locaux du quotidien Le Matin boulevard Poissonnière à Paris. En 1985, Roland Leroy, alors directeur du journal, a décidé d’étudier un déménagement vers un site plus adapté. La modernisation des outils, en premier lieu l’informatisation, et la réorganisation générale du journal pour réaliser des économies ont motivé cette démarche. Il a alors sollicité Jacques Tricot, directeur du Bureau d’études et de recherches pour l’Industrie moderne, qui avait déjà collaboré avec Oscar Niemeyer pour le siège du Parti communiste français place du ColonelFabien à Paris (avec Jean Prouvé, Jean Deroche et Paul Chemetov, 19651980) ainsi que pour la Bourse départementale du Travail de Bobigny (19761978).

Pour sa construction, plusieurs sites ont été envisagés, mais l’emplacement de Saint Denis a très vite été privilégié. Proche de Paris, desservie par le métro, la ville offrait des terrains disponibles en plein centre et à proximité immédiate de la basilique. Depuis 1972, le quartier relevait par ailleurs d’une zone d’aménagement concerté doublée d’une opération de résorption d’habitat insalubre. En parallèle au prolongement du métro, la municipalité portait un projet de centre ville attractif par le développement de commerces, d’équipements culturels et de logement social. C’est donc dans ce quartier que le siège du journal a été installé alors qu’Oscar Niemeyer répondait favorablement à la sollicitation de Leroy et de Tricot en 1987 avec une première esquisse. La parcelle de 2 400 m² située au croisement des rues de Strasbourg et Jean Jaurès s’inscrivait dans le périmètre de protection de la basilique, classée au titre des Monuments historiques depuis 1862.

Le permis de construire a été déposé en avril 1987 et une maquette présentée aux commanditaires dès le mois suivant. Cependant, la parenté perçue avec le collège préfabriqué conçu par Niemeyer et construit à grande échelle au Brésil a suscité un débat. Roland Leroy, Jacques Tricot et le maire de Saint Denis Marcellin Berthelot se sont rendus au Brésil en décembre 1987, à l’occasion des 80 ans de l’architecte, afin de solliciter des ajustements. Niemeyer a ainsi accepté de modifier le traitement de l’enveloppe. La façade initiale en panneaux de béton préfabriqués a, en grande partie, cédé la place à un murrideau en verre extérieur collé (VEC) semi réfléchissant. Le chantier s’est donc poursuivi durant deux années et l’inauguration a eu lieu le 27 avril 1989.

« En tant qu’entreprise spécialisée dans la restauration du patrimoine, nous sommes intervenus pour la réhabilitation des bétons de l’édifice. Ce travail s’est appuyé sur un diagnostic préalable réalisé par Lagneau Architectes, qui comprenait une étude historique, des analyses de bétons et des essais structurels. » Jérôme Berberian, Responsable d’exploitation, Pradeau Morin

Le programme et les contraintes patrimoniales imposaient une architecture avec un gabarit aligné sur l’ordonnancement des façades du secteur et des percements visuels vers la basilique depuis la rue Jean Jaurès. Pour répondre à ces exigences sans perdre de surface utile, Oscar Niemeyer a imaginé un volume en Y tout en courbes. L’élévation présente un socle sur pilotis au dessus duquel trois niveaux de mur rideau se déploient, l’ensemble est couronné par un dernier niveau en béton porteur ponctué d’oculus. L’entrée est signalée par une rupture lisible entre la façade rue de Strasbourg et le volume cylindrique sur la rue Jean Jaurès. L’accès principal conduit au rez-de-chaussée vers un hall d’accueil. À l’arrière, les escaliers et ascenseurs distribuent quatre étages de bureaux. Le dernier ouvre sur une vaste toiture-terrasse qui offre une vue directe sur la basilique.

La distribution initiale comprenait également une salle de conférence, une bibliothèque, une section d’archives photographiques, ainsi qu’une salle de sport, une cuisine et un salon de réception en terrasse. Au niveau du sous-sol étaient installés des locaux de photocomposition et des archives ainsi qu’un parking souterrain.

Le siège de l’Humanité présente une grande qualité architecturale. Comme pour la Bourse départementale du Travail, Oscar Niemeyer s’est attaché à répondre à des exigences programmatiques précises et à de fortes contraintes urbaines, et ce avec des moyens modestes. L’édifice constitue une synthèse du vocabulaire moderniste avec structure en béton armé, plan libre, pilotis, toiture-terrasse et mur-rideau, et au sein de laquelle la main de l’architecte se distingue par un dessin aux formes courbes et arrondies, l’emploi de couleurs primaires et une grande attention portée au cadre urbain et paysager. Compte tenu de ces éléments et de son intégration réussie, non seulement aux abords immédiats de la basilique Saint Denis, mais aussi au sein du plan de la ZAC, le bâtiment a été partiellement inscrit au titre des Monuments historiques en 2007 (façades et toitures).

« Afin de s’assurer de la conformité patrimoniale des travaux engagés, l’Oppic a constitué un comité de suivi scientifique et technique auprès de la DRAC Île-de-France. L’expertise de Jean-Maur Lyonnet a été essentielle, sa connaissance précise du projet initial et des archives a permis de rectifier plusieurs erreurs d’exécution en cours de chantier. » Marie Monfort, Conservatrice des monuments historiques CRMH, DRAC Île-de-France

Réhabilitation, des études aux chantiers

Le projet de réhabilitation engagé en 2020 a consisté en une remise à niveau complète du bâtiment, comprenant la rénovation intégrale des espaces intérieurs et des équipements techniques, la réfection de l’ensemble des façades et de la toiture, ou encore la remise en état et la végétalisation des espaces extérieurs. L’ensemble de l’opération a été mené dans le respect de la valeur patrimoniale de l’édifice tout en permettant d’améliorer ses performances sur le plan énergétique et son niveau de confort pour les usagers.

La maîtrise d’œuvre a été assurée par l’agence d’architecture SavoirFair et sa fondatrice Vera Matovic, en association avec les bureaux d’études de maîtrise d’œuvre Bérim pour l’ingénierie technique et Arcora pour les façades avec l’entreprise générale Eiffage Construction. La réfection des façades a été réalisée avec France 2000, tandis que la restauration des bétons a été gérée par Pradeau Morin, en partenariat avec le Laboratoire d’Études et de Recherches sur les Matériaux (LERM). Les travaux ont débuté à l’été 2023 et se sont déroulés sur 20 mois de chantier, précédés de cinq mois de préparation et de curage menés en parallèle aux études. L’édifice étant partiellement inscrit au titre des Monuments historiques, chaque phase a été validée par un comité scientifique et technique piloté par la DRAC.

Remise aux normes et confort d’usage

L’intérieur a fait l’objet d’une réhabilitation intégrale accompagnée de la remise aux normes des équipements techniques, comme les dispositifs de sûreté et la mise en accessibilité en accord avec les exigences du Code du travail. Les installations des bureaux ont été dimensionnées pour accueillir quelque 500 postes de travail avec une capacité d’évolutivité. De plus, deux locaux publics en rez-de-chaussée sont destinés à des activités de la ville de Saint Denis.

La conception se concentre sur la conservation des principes qui font la qualité architecturale de l’édifice. La hiérarchisation lisible des espaces a été maintenue, avec des couloirs, des espaces de convivialité et deux espaces communs à l’extrémité de chaque aile. Dans la longueur des ailes, les circulations horizontales desservent des bureaux installés de part et d’autre. Les circulations verticales ont été implantées au noyau et en bout d’aile. Toujours dans un esprit de lisibilité, le code couleur a été conservé afin de différencier chaque niveau de bureaux.

Une lecture fidèle a permis de respecter le rythme de la trame porteuse dont découle une grande modularité autorisant le cloisonnement à la demande et sans perte spatiale. Des éléments ponctuels constitutifs de l’identité et de la destination initiales des lieux ont été conservés, tels que les armoires intégrées aux cloisons des bureaux ou la banque d’accueil en béton coulé en place du hall. Les sols en pierre ont été nettoyés et repolis, les jardinières intérieures réhabilitées.

La Linotype de 1917, imposante machine d’imprimerie composeuse de lignes-blocs en plomb présente sur le site avant les travaux et inscrite au titre des Monuments historiques, a été nettoyée et réinstallée dans le hall où elle trône en témoin matériel de l’histoire du lieu.

« La réhabilitation énergétique et patrimoniale posait plusieurs défis d’ingénierie : optimiser l’enveloppe sans altérer l’aspect extérieur, intégrer des systèmes modernes de chauffage et de ventilation dans une géométrie contrainte, garantir la maintenabilité des installations et respecter les objectifs énergétiques et de confort élevés attendus par l’Oppic. » Yasmine Djender, Cheffe de projet – Directrice de l’Habitat, Bérim

Restauration des matériaux

La restauration des bétons a porté sur une surface de près de 2 000 m². Cette étape s’est appuyée sur le travail de la maîtrise d’œuvre, les archives du Bérim, déjà concepteur technique de l’édifice d’origine, et un constat visuel approfondi. Des micro-bétons formulés sur mesure ont été mis au point, leur teinte et leur résistance ont été ajustées selon la nature des éléments tels que les poteaux et les poutres-voiles. Les parements ont retrouvé leur lecture d’origine sans perdre la texture du matriçage issu des coffrages en bois.

En ce qui concerne la réfection des façades, le choix effectué a consisté à remplacer intégralement les murs-rideaux en VEC afin d’améliorer les performances, et avec des éléments refaits à l’identique pour ne pas altérer le dessin d’origine. Les murs-rideaux, dont la teinte bleuvert fait écho au cuivre oxydé de la toiture de la basilique, ont effectivement été déposés puis remplacés à l’identique dans leurs proportions, leurs positions et leur rendu.

Les systèmes constructifs ont été comparés, et des prototypes in situ ont été testés afin d’ajuster les profils et la teinte. La couleur a été restituée par un double vitrage avec couche de contrôle solaire, observée en conditions réelles à différentes heures du jour pour valider la nuance. Une structure aluminium à rupture de pont thermique renforcée a été posée.

Dans le hall en rez-de-chaussée, de simples vitrages feuilletés à faible teneur en oxyde de fer ont préservé la clarté d’origine. Au quatrième étage, les 63 oculus intégrés dans la structure en béton ont été équipés de fenêtres basculantes adaptées à l’isolation thermique par l’intérieur, et le système de pivot a été revu pour gagner en fiabilité et en étanchéité.

Les vitrages des édicules en attique ont également été repris. L’opération vise ainsi à réduire la consommation énergétique annuelle de 44 % et les émissions de gaz à effet de serre de 39 %. La réfection du mur-rideau a permis de doubler la résistance thermique des façades tout en atteignant une transmission lumineuse de 47 % sans surchauffe.

Entretiens

Mathieu Roche Chef de projets, Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture (Oppic)

Dans quel contexte ce projet de réhabilitation a-t-il été engagé ?

L’Oppic a initialement été sollicité en 2020 par la préfecture de la région d’Île de France, afin de mener des études préalables en vue de proposer des scénarios de réhabilitation du bâtiment. Le projet a été lauréat du Plan France Relance en fin d’année 2020 et nous avons été mandatés pour piloter l’opération dans le respect des objectifs du plan de relance. Il fallait notamment notifier un marché de travaux avant la fin de l’année 2021 et tenir compte d’objectifs environnementaux ambitieux. Afin de respecter ce calendrier, le recours au marché global de performance a été retenu. Ce type de marché de travaux qui associe entreprise de construction, concepteur et exploitant, repose sur des engagements de performance mesurables et démarre dès le lancement des études.

L’opération présentait de nombreux points de vigilance en raison de l’inscription des façades et de la toiture de l’édifice au titre des Monuments historiques. Plusieurs programmes ont été produits en amont de la consultation par l’Oppic : fonctionnel et technique, environnemental et performanciel, exploitation maintenance et également patrimonial. Ce dernier a été confié à un architecte en chef des monuments historiques, qui a identifié des espaces intérieurs à restituer à l’identique afin de respecter l’œuvre d’Oscar Niemeyer à l’instar des éléments extérieurs protégés. Un dialogue compétitif mené avec plusieurs groupements a permis d’affiner les ambitions de la réhabilitation et de garantir qu’elles ne porteraient pas atteinte aux éléments patrimoniaux tout en répondant aux objectifs environnementaux du projet.

En quoi le projet lauréat s’est-il démarqué ?

Le règlement de consultation intégrait un critère financier évalué au regard du coût global de l’opération jusqu’à la fin d’exploitation, et des critères techniques, notamment sur l’aspect architectural, avec une attention particulière portée au respect des éléments protégés. Le dialogue compétitif a démontré que les objectifs de performance énergétique n’étaient pas atteignables en conservant la façade existante, il fallait donc obtenir des garanties
solides sur la capacité des candidats à réaliser une restitution fidèle de la façade d’origine. Le projet présenté par le groupement candidat, dont Eiffage Construction était mandataire, s’est distingué par plusieurs propositions particulièrement pertinentes pour restituer le dessin et les dimensions de la façade. Le groupement a également fait preuve d’une bonne compréhension des objectifs patrimoniaux des intérieurs, mais aussi des impératifs de flexibilité et de modularité ainsi que des contraintes techniques pour permettre l’intégration des équipements sans altérer les volumes du bâtiment. Dès le dialogue compétitif, ce groupement a ainsi énoncé des solutions pertinentes pour traiter l’ensemble des spécificités du projet.

Comment avoir réussi à concilier les impératifs de performances énergétiques avec les exigences patrimoniales ?

Pour concilier ces exigences, des choix ont été nécessaires. En particulier, l’intervention sur les façades qui a impliqué la réalisation de nombreux prototypes de vitrage en verre extérieur collé afin de tester les différentes solutions conciliant patrimoine et performance. Un arbitrage s’est imposé concernant la façade du hall dont il a fallu adapter les performances afin de conserver la grande transparence du rez-de-chaussée. Il a donc été nécessaire d’accepter une légère dégradation du confort thermique prévu dans l’exigeant programme de performance tout en restant conforme aux recommandations de la DIE.

Enfin, parmi les compromis, nous avons acté que les équipements techniques puissent être apparents dans les espaces non considérés comme patrimoniaux. Ce choix, défendu dès la programmation, s’est révélé pertinent pour offrir une lecture plus contemporaine des espaces tertiaires tout en préservant ailleurs l’aspect des salles et des circulations dont nous demandions une restitution à l’identique.

Vera Matovic Architecte DPLG et Présidente, Savoir-Fair architecture

Pourquoi votre agence a-t-elle choisi de se spécialiser dans la réhabilitation, et quel est plus particulièrement votre regard sur l’architecture du XXe siècle ?

Dès la création de l’agence, nous avons inscrit cette approche au cœur de notre pratique, puis nous nous sommes spécialisés dans la réhabilitation des édifices de toutes typologies. La réhabilitation s’est imposée comme une conviction et non pas par stratégie ou par contrainte économique. Nous l’avons envisagée comme un engagement intellectuel et professionnel fondé sur la nécessité d’intervenir sur l’existant plutôt que démolir. Réhabiliter aujourd’hui ne signifie pas seulement réparer, mais comprendre, transformer et révéler le patrimoine.

Concernant l’architecture du XXe siècle, nous avons constaté qu’elle avait longtemps souffert d’un certain désintérêt. Pourtant, nombre de ces bâtiments, parfois considérés comme ordinaires, ont été conçus avec une réelle intelligence constructive : des plans rationnels, une générosité des espaces, une attention particulière à la lumière et aux matériaux. Notre regard d’architecte s’attache donc à mettre au premier plan ces qualités souvent négligées.

Quel est le principe qui a prévalu dans le projet de réhabilitation ?

Le principe de fidélité à l’œuvre originelle a constitué le fil conducteur du projet. Chaque fois que l’état de conservation le permettait, les éléments d’origine ont été sauvegardés, et lorsqu’ils étaient trop altérés, ils ont été restitués au plus proche de l’identique, dans le respect des matériaux et des détails d’exécution initiaux. Notre démarche a privilégié la pertinence d’usage à la transformation. Nous avons fait le choix de ne pas intervenir sur certains volumes fonctionnels en les conservant au même endroit, notamment le hall et la cafétéria, car ils remplissaient encore parfaitement leur rôle.

L’essentiel de notre travail s’est concentré sur l’intégration des dispositifs techniques que ce soit en façades ou à l’intérieur du bâti, rendus invisibles pour préserver la lecture de l’architecture. Nous avons cherché à révéler les qualités intrinsèques du bâtiment, à savoir les matériaux, la logique structurelle ou encore le travail de la lumière. L’objectif a aussi été de renforcer la lisibilité de l’édifice en clarifiant les relations entre les parties d’origine et celles qui ont été réinterprétées.

Quelles ont été les principales difficultés techniques rencontrées lors de la restauration de la façade ?

Réalisée en 1989, la façade mettait en œuvre un système de verre extérieur collé, une technique alors récente en France, expérimentée uniquement à la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette sous l’impulsion de l’ingénieur Peter Rice.

Cette façade s’est révélée altérée et peu performante sur le plan thermique. Dans une optique de réhabilitation, plusieurs prototypes ont été réalisés et présentés à l’Oppic, sous le couvert de la DRAC car les toitures et les façades sont inscrites à l’Inventaire des Monuments historiques depuis 2008. Après plusieurs échanges, la décision a été prise d’opter pour une façade neuve, conçue au plus près de celle d’origine. Avec notre bureau d’études Arcora, nous avons produit des superpositions en plan et en coupe entre l’existant et projet, permettant d’ajuster le prototype jusqu’à retrouver l’épaisseur et la lecture exactes des menuiseries initiales. Chaque élément a ainsi été redessiné afin de respecter les dimensions, le calepinage et le rythme d’origine. Nous avons également conservé le principe de vitrage sans aucun traitement différenciant comme voulu par Niemeyer dans le but de préserver l’effet de continuité de la façade en verre.

Si la lecture de l’ensemble a ainsi été respectée, l’amélioration de ses performances techniques la nécessité quelques compromis. Le hall, par exemple, a été maintenu avec un simple vitrage afin de préserver la composition, les proportions d’origine et la transparence recherchée. La mise en sécurité du site a également constitué un enjeu à ce titre. Pour répondre aux exigences incendie sans modifier la façade ni ajouter d’ouvrants pompiers, qui auraient rompu le dessin du mur-rideau, la solution retenue a consisté à intégrer au centre du bâtiment une tour exclusivement accessible aux pompiers et dédiée aux secours en cas d’intervention.

François Potvin Directeur de projet et de travaux, Eiffage Construction

Quel a été le rôle d’Eiffage Construction dans le cadre de ce projet ?

Le maître d’ouvrage a fait le choix de recourir à un contrat unique de conception construction afin de tenir les délais et les budgets impartis. Eiffage Construction a donc agi à la fois en tant qu’entreprise générale et en tant que mandataire de ce groupement. À ce titre, nous avons supervisé le développement du projet en veillant à concilier l’ensemble des exigences du programme définies par le client, tout en respectant l’enveloppe budgétaire globale sur laquelle nous nous étions engagés dès le stade avant-projet.

Nous avons démarré la phase de travaux en janvier 2023 par un curage global de l’immeuble, étape nécessaire pour préparer la rénovation en profondeur. Ensuite, de mai à juillet 2023, nous avons procédé à la dépose complète des anciens panneaux vitrés de façade ; les vitrages et la structure aluminium ont été retirés un à un, du haut vers le bas, grâce à une grue mobile extérieure. L’ossature secondaire métallique a ensuite été déposée pour libérer entièrement la structure en béton constitutive du bâtiment d’origine. À la fin de l’année 2023, nous avons débuté la pose de la nouvelle enveloppe, composée d’une structure en aluminium à rupture de pont thermique renforcée, fixée sur la structure béton existante. La nouvelle façade garantit ainsi de hautes performances thermiques, tout en respectant le dessin d’origine et en s’adaptant aux contraintes de la structure béton existante conservée. Parallèlement, Eiffage Construction a coordonné la rénovation complète des espaces intérieurs, la mise à niveau des équipements techniques et la remise aux normes générale, en maintenant à la fois la qualité du bâti, la fonctionnalité des locaux et le respect de l’œuvre originelle. Le groupement a fait également intervenir deux autres métiers du groupe Eiffage, à savoir Pradeau Morin, filiale spécialisée en monument historique et reconnue pour son savoir-faire en rénovation patrimoniale, dont les réparations de béton de façade, ainsi qu’Eiffage Services pour ses compétences en maintenance, exploitation et entretien des bâtiments, puisque la maintenabilité technique opérationnelle de l’édifice faisait partie des enjeux de l’opération.

Fiche technique :
Maîtrise d’ouvrage : Préfecture de la région d’Île-de-France, préfecture de Paris
Maîtrise d’ouvrage déléguée : Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture (Oppic)
Utilisateurs : Direction régionale interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS)
Contrôle scientifique et technique : La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) – Île-de-France, et le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH)
Maîtrise d’œuvre : Savoir-Fair (architecte), Arcora (bureau d’études façades), Bérim (bureau d’études structure et fluides), Agi2d (bureau
d’études environnement)
Groupement d’entreprises : Eiffage Construction (mandataire), France 2000 (sous-traitant façades vitrées), Pradeau Morin (sous-traitant façades béton), Eiffage Services (exploitation)
Surface : 7 700 m2 SP

Par Par Cléa Calderoni
Tous les visuels sont de © Vladimir Partalo

— Retrouvez l’article dans archistorm 137 daté avril – mai 2026