RÉALISATION I TOUR IBOX, POÉSIE RADICALE, PARIS 12E PAR DTACC ARCHITECTES + DATA

RÉALISATION

TOUR IBOX, POÉSIE RADICALE, PARIS 12E
DTACC ARCHITECTES + DATA

Le bâtiment de Michel Herbert et Michel Proux, construit en 1974, longtemps occupé par les assurances Mornay (devenues Klésia), a été mis en vente en 2015. Olivier Haye, à l’époque directeur immobilier de Gecina, contacte l’agence DTACC Architectes pour rapidement remporter l’offre grâce à quelques croquis d’organisation en plan, des surfaces et un budget travaux. Associés ensuite à l’agence DATA, DTACC démarre les études pendant que le bâti­ment subit une cure drastique de désamiantage. Extraits du récit de cette réhabilitation menée sur le parvis de la Gare de Lyon publié aux éditions Archibooks.

 

Philippe Trétiack : Quels furent les principes directeurs de cette réhabilitation ?

Christian Sbeih : Nous voulions proposer une nouvelle lecture cohérente des grandes composantes de ce patrimoine (infrastructure, socle, barre, toiture) et permettre l’installation de nouvelles fonctionnalités ouvertes sur la ville. Le bâtiment de Michel Herbert s’inscrit dans un ensemble bâti conçu selon un schéma directeur d’urbanisme et d’aménagement établi en 1968 par l’archi­tecte Jean Dubuisson, et caractérisé par des formes architecturales issues de l’urbanisme de dalle selon la pensée moderne et fonctionnaliste de l’époque. Le site présente une topographie discontinue, l’objectif originel d’organisation étant basé sur la séparation « altimétrique » des flux piétons et véhiculaires. L’urbanisme de cette époque consistait en une série de grands gestes régulateurs et le plan de Dubuisson pour ce secteur de Paris en a fait partie. Cela laisse, 50 ans plus tard, un bâtiment totalement décon­necté de son environnement.

Le plancher haut du socle, nettoyé de sa technique, a pu être « colonisé » en y recevant une extension.

Nous avons pris le parti de reconnecter la tour à la ville. Nous savions que l’APUR avait étudié un projet qui reliait le parvis de la Gare de Lyon au quai de Seine par une série de gradins. Pour mieux dialoguer avec l’espace urbain et tout simplement rendre l’entrée visible, nous avons transformé le socle hermétique en un socle actif ouvert à la rue et repositionné l’entrée de la tour à l’angle des deux voies, créant un porche qui permet aux passants de glisser de la rue Van Gogh à la rue de Bercy. La nuit, des grilles sont fermées et ce passage est interdit, mais de jour il demeure public. Nous avons d’ailleurs prolongé cet espace public dans la tour en traitant le sol intérieur comme une extension du trottoir. Les piétons qui longent le bâtiment, rue Van Gogh, en voient l’intérieur. L’effet vitrine laisse entrevoir le « ruban », un dispositif architectural déployé en fond de scène qui intègre l’espace d’accueil, le hall des bureaux, les accès aux ascenseurs, une cafétéria, des salles de réunion en alcôves, le vestiaire et l’accueil du centre d’affaires recevant du public. Tout cela démontre que l’architecture ne peut être séparée de la ville dont elle contribue à définir l’espace public.

En réalité, le rapport à la rue est une obsession. Elle nous poursuit à chacun de nos projets et d’autant plus s’agissant d’un bâtiment de grande hauteur. D’autre part, nous ne voulions pas réaliser d’opération purement esthétique, le nouveau projet de la Tour Montparnasse en est un exemple. C’est d’ailleurs la question posée au concours qui ne nous semble pas être la bonne, plus que la réponse donnée par les lauréats… Le rapport à la rue est essentiel lorsque nous évoluons dans une ville européenne.

Le rapport au ciel est une autre problématique à traiter quand on doit réinventer une tour. Nous avons transformé le 17e étage technique en bureaux et skybar accessible au public. De plus, supprimer tous les éléments techniques en toiture nous a permis de la valoriser en la végétalisant, en y installant de l’agriculture urbaine et une terrasse accessible au public extérieur. Entre le sol et le ciel, un bâtiment de bureaux optimisé et flexible s’organise autour d’un noyau vertical conservé. L’enrichissement programmatique et la mixité permettent une activité plus étendue dans la durée (bureaux + plusieurs établissements recevant du public). Le plancher haut du socle est nettoyé de sa technique. Cela nous permet de « coloniser » la dalle en y construisant une extension.

C’est notre volonté architecturale mais aussi une question de bon sens structurel. Ainsi, la structure existante conservée est sollicitée au minimum. Nous avons pensé Ibox comme un projet mani­feste, une action en faveur d’un urbanisme de sol en opposition à l’urbanisme de dalle. Il représente une reconquête par la ville actuelle d’un bâtiment d’une autre époque, déconnecté de son environ­nement. Nous voulions réinventer l’échelle, l’inté­gration urbaine, l’architecture, le programme et le fonctionnement d’un immeuble de grande hauteur afin qu’il retrouve sa place dans le tissu parisien.

La toiture a été végétalisée en y installant de l’agriculture urbaine et une terrasse accessible au public extérieur

La façade est minérale, d’une géométrie affirmée. Je me suis demandé si votre ob­jectif était d’atteindre une forme d’austérité ou de retenue. Pourquoi ce choix ?

La retenue est un exercice délicat en archi­tecture, parfois même contre-nature. Mais nous n’avons pas de dogme, pas de posture prédéfinie. Seule la pertinence de la réponse au contexte nous intéresse. Le bâtiment exis­tant ne montrait aucune relation ou association entre l’écriture de sa façade et sa typologie constructive. Michel Herbert avait utilisé un procédé technique de ventilation pour créer un barcode, un graphisme vertical posé sur un socle horizontal. La notion d’échelle était volontairement gommée. La façade de notre projet est radicalement différente du fait qu’elle est l’expression directe de la réalité struc­turelle de la tour. La structure est en grande partie conservée et guide le dessin. Le rap­port squelette/enveloppe est souvent oublié en réhabilitation. Avec DATA, exprimer ce rapport nous a semblé évident. En trouver le langage l’a été beaucoup moins.

Contrairement à la composition d’origine, nous avons voulu « réconcilier » la tour et son socle. Ils partagent dans notre proposition un langage commun composé d’un parement en béton clair et caractérisé par la profondeur des embrasures et la matérialité des menuiseries en aluminium thermolaqué gris. Cette cohérence participe à la volonté d’asseoir la tour au sol et de retrou­ver comme niveau de référence celui de la rue plutôt que celui de la dalle. L’écriture nouvelle, rythmée et profonde, contraste avec les tours voisines majoritairement lisses et constituées de murs-rideaux sombres. La trame développée sur deux niveaux permet, quant à elle, de tromper le regard et de réduire la hauteur de l’édifice. La perception est celle d’un bâtiment de huit niveaux qui en compte en réalité dix-huit. Dans un second temps, il s’agissait de faire dialoguer ce patri­moine réhabilité avec sa future extension.

Ce volume à bâtir ne pouvant se contenter de changer de registre structurel, sa façade s’orga­nise dans un principe de superposition de strates de doubles peaux différenciées plutôt que dans un principe de répétition matricielle. L’extension est de couleur blanche : l’ensemble de la struc­ture, de la résille et des menuiseries respecte cette volonté. Ce qui renforce l’objectif visant à identifier clairement les deux registres.

Texte Philippe Trétiack
Photos Javier Callejas

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : GECINA (GEC 21)
Maîtrise d’œuvre : architecte mandataire : DTACC / architecte associé : DATA
Architecte d’intérieur : DTACC / DATA
Paysagiste : Christian Fournet
BET : structure : TERRELL / façades : ARCORA / fluides : LAFI Engineering
Économiste descripteur : DAL
Acousticien : META Atelier acoustique
Conseil en sécurité incendie : JCD
Conseil ESSP : AFL
AMO Développement durable : TERAO
AMO Restauration : Interface restauration
BET Restauration : OXALYS
Bureau de contrôle : SOCOTEC
Coordinateur SPS : BTP Consultants
Surface : 20 600 m2 SDP
Coût de l’opération : 43 M€
Livraison : avril 2019
Développement durable : certifications HQE Rénovation niveau exceptionnel / BBC Rénovation / HQE Neuf niveau exceptionnel / LEED niveau Gold / WELL niveau Gold
Entreprises : GCC, Lefort Francheteau / SDEL, 3C Compétence, Schindler, Gamma Industries, Protherm, Brard, Rigolot, France-Sols, ERI, Quinette

Retrouvez la réalisation sur la Tour Ibox par DTACC ARCHITECTES + DATA dans Archistorm daté mai-juin 2021