CENTRE CULTUREL ALB’ORU À BASTIA

RÉALISATION

DEVAUX & DEVAUX ET ATEL’ERARCHITECTURE

 

Devaux & Devaux aiment les formes simples et les prises de position catégoriques. À Paris, sur une parcelle exiguë de Belleville, les architectes ont notamment réalisé une crèche où les façades en béton brut des salles de sommeil introverties sont constellées de pavés de verre ronds qui font office de veilleuses diurnes. Plus au sud, à Vic-le-Comte, ils n’ont pas hésité à dessiner une maison longue de 35 mètres afin de définir un cadre de vue panoramique sur un paysage remarquable du Puy-de-Dôme. À Bastia, pour leur dernière réalisation en date, c’est sous la forme d’un impressionnant bloc de 52 x 38 mètres qu’ils ont imaginé le nouveau centre culturel de la ville en association avec l’agence Atel’erarchitecture. Un monolithe en béton lasuré de couleur terre qui, coiffé d’un parallélépipède rectangle doré, tente de réconcilier architecture et nature dans le territoire escarpé de Lupino que les années soixante ont gâté par un réseau distendu de barres et de tours de logements.

« L’idée était de créer un parc sans clôture pour fabriquer une continuité urbaine, un lieu apaisé dédié à la culture, noyé dans la verdure. Presque tous les arbres existants ont été préservés. D’autres ont été plantés », affirme, contextuel, David Devaux qui, soucieux de l’impact de son intervention sur le milieu naturel, précise que « le bâtiment s’inscrit dans l’ancienne emprise d’un groupe scolaire ». Aussi bien pour des raisons économiques, énergétiques que paysagères, l’édifice culturel bastiais est pensé comme une pièce d’architecture extrêmement compacte dont le centre est occupé par le volume de la salle de spectacle. Ce lieu de représentation de type « boîte à chaussures », principalement destiné aux musiques vivantes, et plus particulièrement aux chants polyphoniques, se développe sur toute la hauteur du bâtiment. Il en constitue la colonne vertébrale autour de laquelle s’enroulent les autres éléments du programme.

Un moucharabieh étincelant

Profitant de la forte déclivité du terrain, les architectes ont pu multiplier les accès différenciés à l’édifice qui compte trois niveaux. Avec justesse, ils ont défini un niveau de référence dans la continuité de la rue, au milieu de la masse bâtie, en misant sur « la faible distance à parcourir pour gagner et vivre les espaces intérieurs » et sur « le décloisonnement des escaliers autorisé par la réglementation sur la sécurité incendie ». Au niveau le plus bas, dans la continuité d’un parking à l’air libre, ils ont aménagé un accès partagé par les livraisons et les 1 170 spectateurs lorsque, gradins repliés, le spectacle se joue en configuration debout. Au niveau intermédiaire de référence – où l’on trouve les studios de répétition à l’usage des associations de quartier –, ils ont tout naturellement déployé l’accueil mutualisé de la médiathèque et de la salle de spectacle en configuration assise (300 places). Un lieu largement ouvert sur un parvis ombragé qui, corrélé aux horaires tardifs des concerts, offre une ambiance nocturne avec ses murs noirs, son bar en Corian anthracite et ses sols en béton additionné de sables de quartz.

Mais c’est surtout la médiathèque, située au dernier niveau, que l’on retiendra de ces intérieurs marqués par d’importants contrastes de luminosité. Blanche et aérienne, elle propose des vues panoramiques sur le nord de Bastia et la mer Méditerranée. Elle est cernée par une large galerie extérieure qui sert d’issue de secours, de passerelle de maintenance du mur-rideau, d’espace de promenade et même de salle de lecture lorsque les usagers, en quête d’un vent rafraîchissant, utilisent les poufs prévus à cet effet. Sorte d’espace subsidiaire mi-dedans mi-dehors, cette galerie en U présente une enveloppe finement perforée en alliage de cuivre et d’aluminium dont Pierre-Jean Monti, cofondateur d’Atel’erarchitecture, souligne le caractère « opaque depuis l’extérieur mais transparent depuis l’intérieur ». Étincelante sous la lumière corse et le feuillage sombre des pins et des eucalyptus, cette enveloppe dorée s’apparente en effet à un vaste moucharabieh abstrait que les architectes ont pris soin de retourner devant les locaux techniques, en façade sud.

 

Fiche technique :
Maîtrise d’ouvrage : Ville de Bastia, Sem Bastia Aménagement mandataire
Architecte mandataire : Devaux & Devaux Architectes (Jacques Ameil, chef de projet)
Architecte associé : Atel’erarchitecture
Scénographe : Ducks scéno
Acousticien : Studio DAP
BET fluides, HQE, SSI : Choulet + SMI
BET structure : ISB
BET VRD : Blasini
Économiste : Bureau Michel Forgue
Paysagiste : Hervé de Chastenet
Calendrier : 2011 (concours), mars 2013 (démarrage des travaux), juin 2015 (fin des travaux)
Coût des travaux : 10,5 M€ HT

 

Texte : Tristan Cuisinier
Visuels : © J. Cailly, J. Bracco & C. Septet