Le château furtif, centre hospitalier – La Rochefoucauld

RÉALISATION

COCO ARCHITECTURE

Qui croise au bord de la Tardoire et s’aventure dans les ruelles de la petite ville de La Rochefoucauld doit le savoir : jamais il n’échappera à son château. De sa silhouette de tyran, il domine le paysage, hissé sur son promontoire. On voudrait l’ignorer mais de même que la bâtisse du roman de Franz Kafka Le Château saisit dans son ombre l’arpenteur K, celle de La Rochefoucauld domine et tient ceux qui la contemplent.

Aussi, pour les architectes chargés d’édifier à ses pieds un hôpital, il n’était d’autre solution sans doute que d’en admettre l’incoercible puissance et c’est devant celle-ci qu’ils ont plié. Désormais, au Château, les visiteurs par milliers peuvent admirer la ville basse et rater le plus souvent l’édifice de récente facture qui vient d’y prendre pied. Car magie de son volume, de ses teintes, de ses cassures et facéties, l’établissement s’intègre si bien au paysage qu’il s’y dissout. En se glissant dans l’entrelacs urbain sans la moindre violence, l’hôpital démontre que l’architecture la plus contemporaine peut se mêler au patrimoine. Loin de lui nuire elle peut l’alimenter d’un sang neuf.

En ce sens déjà l’hôpital de La Rochefoucauld avec ses différents services de médecine, d’EVC et de soins de suite et de réadaptation est une réussite.

Une esthétique de la disparition

D’ordinaire, les établissements hospitaliers ont des allures de grands malades. De leur couverture émergent des tuyaux et des champignons à facettes, des blocs de métal, des grilles de ventilation et des cheminées. Vues d’avion, ces cinquièmes façades ont des allures de circuit imprimé.

De cela justement les architectes ne voulaient pas. Ils se refusaient à voir surgir au pied du monumental vestige Renaissance un porc-épic contemporain. En conséquence ils ont opté pour le camouflage. Ils ont dessiné un bâtiment monolithique, topographique, ancré dans le sol.

Ils ont choisi d’emmailloter l’ensemble de leur construction dans une peau qui serait tout à la fois façades et toitures. Une carapace inspirée des coques d’automobile et de ce choix conceptuel découle l’aspect global de l’hôpital.

Des circulations intérieures repensées

L’hôpital regroupe différents départements médicaux : un secteur EVC (état Végétatif Chronique), un secteur médecine, un secteur SSR (Soins de Suite et de Réadaptation), 64 lits. Des bâtiments anciens conservés sur l’avant, vers le champ de Foire, accueillent toujours les publics.

Plus que pour les façades de l’hôpital, c’est sans doute pour son schéma d’organisation interne que CoCo architecture a remporté le concours. Le plan d’étage proposé vient bousculer des décennies de pratiques hospitalières. D’ordinaire, les plans hospitaliers sont simples : une circulation centrale et de chaque côté des alignements de chambres dont la fenêtre donne sur l’extérieur. Ces couloirs axiaux dépourvus de lumière naturelle s’achèvent en cul-de-sac. Personnels et patients en arpentent la rigide orthogonalité dans un va-et-vient perpétuel.

À La Rochefoucauld rien de tel. Désireux d’apporter partout de la lumière naturelle, les architectes ont creusé la masse de leur bâtiment de quatre patios. Si les chambres demeurent placées en périphérie, les circulations ont été doublées. Non plus un couloir central mais deux répartis autour des vides centraux (patios) et des espaces utiles (buanderie, stockage, salles de soins…). De part et d’autre, les chambres. Chacun peut ainsi échapper au déplacement pendulaire, éviter de revenir sur ses pas. On peut tourner à l’infini. Mieux, des connections transversales permettent de passer d’une circulation à l’autre ce qui présente un double intérêt : une économie de pas pour les personnels, une variété de circuits pour les patients.

Texte : Philippe Trétiack
Photos : Edouard Decam

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