« Home, poor Home »

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Aux démunis, offrir la fierté
LE BILLET D’HUMEUR DE PAUL ARDENNE

Les architectes font peu de cas de l’habitat des exclus, pourtant en nombre croissant. L’ONU, début 2017, comptabilisait à l’échelle mondiale 65 millions de nos frères et sœurs humains jetés sur les routes incertaines de la migration, un record historique. Un milliard de personnes, au même moment, occupaient les bidonvilles, slums et autres favelas gangrénant les périphéries des métropoles globales de notre planète. Sans oublier, mal comptabilisables mais en rangs serrés, les clochards de toute nature, qu’on les nomme « SDF », « sans domicile fixe », ou autrement. Trois Terriens sur dix, au total, sont donc des précaires mal-logés. Le signe qu’il est temps de bâtir pauvre, et confortable si possible.

 

 

Aux démunis, offrir la fierté

Des mal-logés, sur notre planète, par centaines de millions. Un lourd déficit de logements imposé aux plus mal pourvus d’entre nous, Terriens. Non que les architectes n’aient pas perçu la situation : elle indiffère surtout à la plupart.

Construire pour les pauvres ? Il est vain d’escompter, ce faisant, un haut rendement symbolique, à plus forte raison en notre époque, tant y plastronne la futilité. La culture dominante est à la  hype, à l’aspiration à la mondanité universelle. Parallèlement, sur le plan matériel, le tournant du xxie siècle enregistre la continuelle montée en puissance des toujours-plus-riches, nantis que sert en priorité, sébile en avant, le corps vénal des architectes, les plus réputés de ceux-ci en tout cas. Qui en doute compulsera, à l’entrée « Habitat du pauvre », les réalisations des lauréats du Pritzker Prize, récompense de prestige international distribuée depuis 1979. Que trouve-t-on à cette entrée ? Rien ou presque. Ne comparons pas, versant cette fois « Habitat du riche », avec la débauche des logements d’exception et autres demeures de luxe fignolés par ces mêmes lauréats du Pritzker au seul bénéfice de l’« hyperbourgeoisie ». Comment expliquer cet écart ? L’effet de l’habitus qui est celui des architectes, diront nos implacables sociologues bourdieusiens. Le pedigree de l’architecte ? Sauf très rares exceptions, il est du côté des bien-nés. Le définissent en un tout compact l’origine bourgeoise, la culture d’élite, le conformisme de classe et l’esprit de caste. Pauvres, n’espérez rien des architectes faute qu’ils soient, comme vous, nés sur la paille. Ces enfants de la chance vous ont, d’une formule heideggérienne, « toujours-déjà » oubliés.

Logique de l’architecture substitutive

Le désintérêt quasi unanime du corps architectural pour l’habitat des pauvres est-il signe de mépris ? C’est indéniable. Qu’un sixième de la population mondiale, précarisé, subisse au chapitre du logement l’égal d’une humiliation et qu’aucun architecte ou quasi ne se sente concerné, voilà qui indique un dysfonctionnement éthique. Ce qui dysfonctionne est aisé à identifier : l’empathie, que vient vivifier en règle générale la solidarité, son corollaire pour la circonstance négligé. (…)

Texte : Paul Ardenne
Visuel à la une : Camp à Maiduguri, Nigéria © Unicef – Esiebo

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