« Home, poor Home »

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LE BILLET D’HUMEUR DE PAUL ARDENNE

LOW COST BUILDING – Vers une culture anti-somptuaire ?

L’ONU, début 2017, comptabilisait à l’échelle mondiale 65 millions de nos frères et sœurs humains jetés sur les routes incertaines de la migration, un record historique. Un milliard de personnes, au même moment, occupaient les bidonvilles, slums et autres favelas gangrénant les périphéries des métropoles globales de notre planète. Sans oublier, mal comptabilisables mais en rangs serrés, les clochards de toute nature, qu’on les nomme « SDF », « sans domicile fixe », ou autrement. Trois Terriens sur dix, au total, sont donc des précaires mal logés. Le signe qu’il est temps de bâtir pauvre, et confortable si possible.

Maison super Adobe, architecture : Nader Khalili © Fondation Cal Earth
Cabane de Montagne © CB

 

De tous temps, l’homme du commun a cherché à bâtir pour moins cher. Simple question de bon sens : pourquoi se ruiner pour habiter si l’on peut habiter à moindres frais ? Le champion toutes catégories de l’habitat low cost, « bas coût », est notre ancêtre du paléolithique. Un abri-sous-roche et voilà qui fera l’affaire pour abriter une famille, le clan ou même la tribu tout entière. Surtout s’il se trouve à proximité une résurgence d’eau, une source ou une rivière. La nature, dans ce cas, pourvoie avec générosité, elle fournit le toit, la protection contre les trop rudes aléas climatiques, elle dispense du geste auguste du constructeur. Une époque bénie, parce que l’élémentaire y réduit à peu de chose le complexe socio-existentiel – l’époque d’avant l’architecture.

Mais les temps ont changé. La terre, il y a cinquante mille ans, comptait quelques millions d’humains tout au plus contre aujourd’hui, bientôt, une dizaine de milliards. Des humains, qui plus est, alors soudés entre eux par de denses réseaux de solidarité familiale, ethnique, religieuse et sociale. Les premiers habitats ne sont pas par hasard des habitats collectifs où nos ancêtres vivaient comme les bêtes à l’étable, en un même ensemble unifié.Quand le pacte collectif ne souffre ni n’envisage la division, l’habitat n’a pas à être divisé. La suite ? Il revient au néolithique, qui invente tout à la fois l’agriculture, la propriété privée, la hiérarchie politique étatique et la division des fonctions, de briser pour toujours cet agrégat premier. On entre dans l’ère de la segmentation tous azimuts et, de concert, dans celle de l’inégalité matérielle. La richesse, à compter du néolithique puis de la protohistoire, consacre la position d’éminence de ceux qui occupent dans la pyramide sociale les fonctions les plus marquées par la segmentation, au premier rang desquelles sacerdotales (rois-chamanes, prêtres) et relevant de la protection ou de la capacité d’agression extérieure (guerriers, militaires). La pauvreté est le lot des autres. Les premiers, clergé, comme les seconds, forces de l’ordre et de l’armée, en toute logique hiérarchique, ne sauraient demeurer et vivre aux mêmes endroits ni dans le même type de bâtiments que leurs inférieurs. Le low cost, d’office, se destine aux plus mal lotis, un schéma distributif que l’on retrouve à l’égal aujourd’hui, la distinction d’essence matérielle (détention de la propriété et des biens de production, salariat) aurait-elle, à la fin, remplacé pour l’essentiel les anciennes distinctions. Aux riches l’habitat high cost dans des quartiers de haute qualité de vie, aux moins riches le reste, qui s’en rapproche ou s’en éloigne au contraire en tout, diversement.

Pauvres mais autonomes

Le premier low cost auquel l’on songe en toute légitimité est celui qui se destine aux pauvres : l’offre, sur le marché, de produits pas chers, accessibles au plus grand nombre, même aux moins privilégiés, de surcroît si cette offre s’accompagne de possibilités d’emprunts d’argent eux aussi low cost (le microcrédit par exemple, tout en bout de la chaîne des produits financiers d’accessibilité sans conditions de ressources). Il convient de rappeler, toutefois, cette donnée de base. Le vrai, le pur low cost, tant qu’à faire, gagne tout à se passer du marché. (…)

Texte : Paul Ardenne
Visuel à la une : CCité Troglodytique, La Roque Saint-Christophe à Peyzac-le-Moustier © CB.

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