La maison sur la colline à Tournai, Belgique

RÉALISATION

Atelier Meunier-Westrade SCPRL 

 

Texte : Hugues Wilquin

Photos : Atelier d’architecture Meunier-Westrade scprl

 

« Au soleil, elle se donne sans pudeur ni vergogne.
Se délace, s’évase, s’ébrase, se fend. (…)
Sa couleur l’unira au sable, au rocher, au pain brûlé, mica. Grain de la terre. »

 Singulières et plurielles, p.23.
Colette Nys-Mazure, La Bartavelle Éd., coll. Parler bas, 1992.

 

Comparer la maison sur la colline à cette femme alanguie au soleil décrite par l’auteure tournaisienne Colette Nys-Mazure, peut paraître quelque peu hardi. Néanmoins, la maison à la peau de bois doré se dépose sur son « rocher » d’acier Corten, elle s’ouvre largement au sud et se protège du nord, se dévoilant en ce bas de pente d’un mont qui domine Tournai. Ce paysage est vallonné, ancien lieu de terres de culture et de prairies avec ses fermes aux murs puissants et aux volumes simples dictés par un fonctionnalisme et une économie de moyens justes et adaptés aux petits domaines paysans d’alors.  Si les formes des bâtiments vernaculaires sont généralement déterminées à l’origine par des fonctionnements et des techniques, la morphologique subsiste aussi souvent dans le temps malgré le changement ou les adaptations des modes de construction. Ainsi, dans la région de Tournai, du XVIe au XIXe siècles, l’ossature de ces fermes évolua-t-elle sans modifier ni dimensions, ni proportions, de murs en colombages de bois vers des murs en briques ou en pierres calcaires (relativement peu fréquentes vu leur coût parfois prohibitif).

 

 

« Il s’avère certain que la typologie ancienne a bien été déterminée par l’ossature en bois. Or, celle-ci ne permet pas, sous peine d’effondrement ou de flambage périlleux, d’excéder la portée d’une poutre de moyen équarrissage, accessible aux bourses du plus grand nombre, soit 5 à 6 mètres.  (…) Pour des raisons de stabilité toujours, il valait mieux que la hauteur des murs à colombage ne montât point trop haut. (…) Enfin, le paysage ouvert du Tournaisis, fortement battu par les vents issus de la mer commandait de ne pas hausser trop fort cette structure souvent édifiée à moindre frais. (…) Plan et gabarit sont demeurés sans changement véritable. Le modèle « archaïque » s’est transmis de génération en génération sans que l’on ne songe ou ne sente le besoin de le réviser. » Réflexions sur l’ancienne maison rurale du Tournaisis, Luc-Francis Génicot in Revue du Nord, Tome LXVIII, octobre-décembre 1986, pp. 859 à 865. Les architectes reprennent ici de façon actuelle la forme et la proportion de ces bâtiments simples et élégants et, ce dans une démarche résolument authentique dans une approche qui intègre les contraintes actuelles et la mémoire du lieu.  La maison va alors placer sa simplicité en résonnance en ce lieu aujourd’hui à double vocation dialectique, entre subsistances paysannes et résidences de la bourgeoisie.

 

Le volume de la maison : un socle, un parallélépipède et une toiture à deux versants, s’inscrit naturellement ainsi dans la pente du terrain qui longe la rue et dans celle qui monte vers l’arrière de la parcelle. Le faîte de toiture, perpendiculaire à la voierie, reprend une direction (plus ou moins ouest-est) très présente dans les bâtiments agricoles anciens voisins (corps de fermes en « U », granges isolées, …).
Cette disposition oriente et ouvre largement les lieux de vie vers le soleil (le living, la cuisine, à l’est et au sud ; la chambre des parents et une chambre pour enfant au sud et la dernière chambre à l’ouest) et se protège largement du nord avec de toutes petites ouvertures.

Le volume du soubassement, revêtu d’acier Corten, est partiellement enterré côté arrière. Il abrite les garages et une cave.
Depuis la rue, l‘entrée basse (qui est aussi espace de stationnement pour les voitures) se fait discrète sous les dalles engazonnées. Le visiteur rejoint l’entrée haute, qui donne accès aux zones de vie en rez-de-jardin, par des plateaux qui forment escalier. Ceux-ci suivent la pente naturelle du terrain pour accéder au sas latéral d’entrée. Les parties plates supérieures du soubassement deviennent alors terrasses pour les chambres, et toiture végétale vers la rue. Le camaïeu des teintes des matériaux (acier Corten pour le socle et le sas d’entrée, bardage ajouré de peuplier de Picardie rétifié pour les façades et le toit) résonne en parfaite harmonie avec les teintes de briques, de pierres et de murs chaulés des bâtiments traditionnels voisins.

 

 

Dans une démarche de développement durable, non seulement les volumes et les fonctions de la maison se positionnent dans une organisation énergétique pertinente (partie du soubassement enterré protégé du gel ; pièces de vie reprenant les critères de l’habitat passif : apports solaires, isolation en ouate de cellulose, pompe à chaleur,…) mais encore la position centrale de l’espace technique au-dessus de la buanderie améliore-t-elle la performance énergétique du bâtiment par une distribution optimale de l’eau chaude sanitaire et des gaines de ventilation (VMC double flux).

 

LES MOTS DE L’ARCHITECTE :

Jean-François Westrade

 

H.W. : Pour cette maison, vous avez utilisé une forme simple presque archétypale. Quelle a été votre démarche ?

J-F. W. : Nous avons repris le volume d’une grange traditionnelle telle que celles qui se présentent à proximité du terrain. Au départ, notre client, petit-fils d’architecte, voulait une forme plus audacieuse mais les contextes paysagers et le règlement sur les bâtisses en zones rurales nous ont amenés à cette réponse que nous considérons aujourd’hui comme très juste. Pour nous (nous concevons en équipe, ce qui est primordial pour l’atelier), l’insertion dans le site est l’élément générateur de la composition architecturale. Le terrain et ses caractéristiques, les orientations, l’adéquation au programme, l’histoire du lieu sont autant de données fédératrices dans notre conception participative (de toute l’équipe et du maître d’ouvrage). Ainsi la reprise de la typologie simple des bâtiments ruraux voisins, l’implantation historique perpendiculaire à la rue et les teintes existantes dans le paysage bâti nous ont « soufflé » la composition de la maison sur la colline.

 

H.W. : Comment vos choix de matériaux sont-ils alors déterminés ?

J-F. W. : Plutôt que de suivre servilement un règlement qui n’est pas toujours précisément adapté et qui, bien souvent, se veut (mauvaise) copie de bâtiments anciens construits suivant les données obsolètes d’une époque révolue, notre réflexion coordonne une perception actuelle de données historiques et contemporaines. La maison reprend, entre autres, la typologie, l’implantation déjà présentes dans le paysage local et, aussi, catalyse celles-ci par les orientations, les démarches de développement durable qui s’articulent dès lors parfaitement pour déterminer une architecture actuelle en ce lieu (« Ici et maintenant »). C’est également la première fois que des toitures en partie plate, côté rue, étaient autorisées dans un environnement rural à Tournai. L’emploi de matériaux contemporains comme la structure en bois, sapin rouge du nord et lamellé-collé, l’étanchéité en bacs en acier, l’acier Corten et le peuplier de Picardie (filière régionale) rétifié, matériaux recyclables participe aussi de cette « fusion » pour une conception transhistorique.

 

Maîtrise d’œuvre: Atelier d’architecture Meunier-Westrade scprl

Maître d’ouvrage : privé

Entreprise de gros-œuvre : Batischoor sprl, Antoing

Entreprise ossature bois et bardage de toiture : La Compagnie du Bois, Mouscron

Entreprise ossature de charpente et bardage : Menuiserie Van Den Berghe, Mouscron

Entreprise de couverture : Francis Ollevier, Comines

Entreprise de Menuiserie Extérieure : Vandemaele Aluminium, Moorsele

Coordinateur de sécurité : In-Plano sprl, Mons

 

Découvrez l’intégralité de l’article sur la réalisation de la Maison sur la Colline au sein du numéro 96 d’Archistorm, daté mai – juin 2019 !