LE FUTURISME NUMÉRIQUE

ARCHITECTURE 3.0

DIGITAL, MULTIMÉDIA, VIRTUEL AU SERVICE DE L’ARCHITECTURE ET DE L’URBANISME

 

Les montages visuels Utopies des Villes Futuristes des architectes Sériès et Sériès traduisent l’évidence du lien entre les rendus 3D des architectures virtuelles et les outils numériques permettant leur réalisation. Une posture qui, outre l’étendue des possibilités permises par les logiciels 3D, démontre aussi le rapprochement potentiel entre architectes ouverts aux nouvelles technologies et artistes numériques.

 

La dimension utopique des villes de demain et de leur représentation n’est pas une nouveauté en soi. Dans les années 1960, la revue d’architecture avant-gardiste britannique Archigram a ouvert les portes à une approche urbanistique futuriste mêlant tours sans fin et jardins flottants. Autrefois jugé irréaliste, ce prolongement de l’architecture déconstructiviste trouve aujourd’hui une nouvelle résonance par le biais des outils informatiques actuels, comme le montrent les impressions numériques des architectes Sériès et Sériès présentés à la Fondation EDF de Paris dans le cadre de l’exposition « La Belle Vie Numérique ! ». 

À travers une série de photomontages digitaux, des tours virtuelles sont projetées avec une force intrusive dans un Paris subitement perçu de manière plus déstabilisante : un Paris virtuel correspondant en fait à la vision très spécifique développée par les frères Thomas et Benjamin Sériès. « L’intention à la base de toutes nos propositions est de créer de l’enthousiasme dans la ville », expliquent-ils en affirmant leur intérêt pour une idée du design de la ville. C’est une démarche qui veut regarder plus loin que l’édification de bâtiments. »

De fait, et comme d’autres séries de tests réalisés à partir d’intégrations virtuelles en 3D (pour le Helsinki Guggenheim par exemple), leur projet Utopies des Villes Futuristes s’inscrit dans une démarche transdisciplinaire où l’art viendrait bousculer la masse des bâtiments, mais aussi titiller l’intérêt du plus grand nombre. « Pour nous, présenter à un public plus large des propositions architecturales hors du commun, est une véritable chance », précise Thomas Sériès. « Nous répondons toute l’année à un grand nombre de concours d’architecture, qui sont majoritairement jugés par des architectes professionnels et des promoteurs. Par le biais de ce genre d’exposition, nous nous adressons à un panel de gens bien plus large et bien moins directement impliqué, ce qui ne peut s’avérer que bénéfique au final. Je ne peux m’empêcher de penser à la Tour Montparnasse, où peut-être que la voix des propriétaires et de quelques voisins a été plus forte que celle de millions de parisiens qui auraient peut-être préféré une architecture moins conservative et plus stimulante. »

 

Utopies des Villes Futuristes, Paris. Travail produit dans le cadre de l’exposition LA BELLE VIE NUMÉRIQUE ! à l’Espace Fondation RDF. © Sériès et Sériès Architectes

 

Le futur de la ville… par l’art

Car, même si les termes utopies et futuristes figurent en tête de ces séries architecturales visionnaires, les préoccupations des frères Sériès restent très concrètes. La majorité des projets qu’ils montrent dans ce type de réalisation sont des formes sur lesquelles ils ont déjà travaillé dans le cadre de concours. « Par leur biais, nous pensons plus au futur de la ville qu’à une architecture qui serait simplement futuriste. Pour nous, l’architecture dans la ville doit être plus inspirante que simplement hyper technique, fonctionnelle ou élégante. Chacun des projets que nous dessinons n’a donc rien d’utopique dans sa structure constructive. Ce qui reste utopique c’est la validation du projet par un plus grand nombre, ce qui amènerait des promoteurs à investir dans des concepts plus créatifs », résume Thomas Sériès.

L’approche technologique suggérée n’est pas non plus un blanc-seing donné aux nouveaux outils numériques, même si l’on retrouve dans l’exposition une installation vidéo réalisée par Jean-Baptiste Lepeltier – (R)évolutions(s) –, venant traduire leurs projections urbaines sous forme de modélisations 3D. Thomas Sériès ne croit pas par exemple que l’intégration d’écrans ou de différents systèmes domotiques soit une question fondamentale d’architecture : « l’ajout de tous ces systèmes ne suffit plus à rendre un projet moderne aujourd’hui. Nous comptons plus sur l’art et plus particulièrement sur l’art contemporain pour suggérer ce changement. Nous nous inspirons ainsi en général plus de sculpteurs que d’architectes dans nos projets, avec des formes ou des effets inspirés par des créateurs comme Louise Bourgeois, Lynn Chadwick, Tony Smith, Louise Nevelson, Robert Smithson, ou Agam. »

De là à franchir le pas et à se considérer désormais autant comme des artistes, que comme des architectes ? « Nous nous considérons tous les deux comme des architectes, clarifie Thomas Sériès. Mais notre formation est définitivement plus artistique que technique. Nous sentons cette différence d’éducation quand nous arrivons à Los Angeles (ndr : ils travaillent entre Paris, Marseille et L.A.), où souvent les développeurs se fichent des questions de style. Ceci nous réduit souvent à intervenir sur des projets plus petits dans la ville. Mais c’est aussi pour cela que nous ne ratons jamais une occasion de montrer des versions plus stimulantes d’architecture. »

Texte : Laurent Catala

Visuel à la une : Utopies des Villes Futuristes, Paris. Travail produit dans le cadre de l’exposition LA BELLE VIE NUMÉRIQUE ! à l’Espace Fondation EDF ©Sériès et Sériès Architectes

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