35 LOGEMENTS, PARIS 11e PAR MAO (MOBILE ARCHITECTURAL OFFICE)

RÉALISATION

35 LOGEMENTS, PARIS, 11e
MAO (MOBILE ARCHITECTURAL OFFICE)

Structure, matière, lumière et rapport au ciel : dans le 11e arrondissement de Paris, l’agence MAO (Mobile Architectural Office) livre un bâtiment de 35 logements, dont la façade principale ne procède que de l’essentiel. Du mobilier à l’immobilier, sur les ruines d’un atelier, le projet de la rue Charrière prétend également puiser sa légitimité dans le passé du quartier.

 

Quartier de prédilection des ébénistes du XVIIIe siècle au milieu du XXe siècle, le faubourg Saint-Antoine s’est progressivement vidé de ses activités industrielles et artisanales. « Il devait y avoir 5 000 artisans dans le faubourg avant la Première Guerre mondiale, estime, au doigt mouillé, Laurent Bottali. Mais ça, c’était il y a plus d’un siècle. » Comme d’autres avant lui, le gérant de la société Bottali & ses Fils a fini par céder sous la pression foncière et le poids de la crise économique. Il a vendu le terrain de la rue Charrière, où fut fondée en 1913 la menuiserie familiale, et envisage désormais son avenir loin de l’embarras de Paris : « Je suis en train de remonter un atelier dans le 77. Le site est parfait, bien à plat. On peut facilement faire circuler les Fenwick. »

Détail façade ouest, rue Charrière

Affable et volubile, le chef d’entreprise quinquagénaire explique que quatre promoteurs lui ont soumis des études de faisabilité. Avec méthode, il a d’abord éliminé celui qui n’avait pas les reins assez solides, puis a choisi en fonction de la qualité du projet : « Je n’ai pas retenu celui qui m’offrait le plus d’argent », annonce-t-il avec la satisfaction du devoir accompli. Le prix de vente de la parcelle rectangulaire de 700 m2 ? « Sept millions d’euros environ. Tout dépend si l’on compte l’appartement du dernier étage », un cinq-pièces en dation, que sa mère prévoit d’habiter. « Elle a toujours vécu ici, justifie Laurent Bottali. Elle souhaitait que son logement soit situé sur la partie nord de la parcelle, face à l’église, comme au temps de l’atelier ! »

De leur côté, Ogic et Emerige – promoteurs associés de cette opération – peuvent se féliciter du concept élaboré par l’agence MAO, à la fois capable de séduire les amoureux du faubourg Saint-Antoine et de convaincre l’entrepreneur-menuisier : « L’idée est de s’inscrire dans la continuité de l’histoire du site. Le bâtiment est pensé comme un meuble composé d’un assemblage de pièces préfabriquées en atelier. Sa structure est réduite au minimum, à l’image de l’architecture artisanale parisienne », énonce l’architecte Fabien Brissaud, fondateur de MAO. Et Guillaume Peillon, responsable de programmes chez Ogic, d’acquiescer : « On a l’impression que l’immeuble a toujours existé. »

Séjour et cuisine au dernier étage

Toute la superstructure est ainsi réalisée en béton préfabriqué (prémurs, poteaux, etc.), à l’exception des planchers et de certains ouvrages sur cour. La façade sur rue est simplement constituée d’une grille de poteaux-poutres, à l’intérieur de laquelle les concepteurs ont déployé de longs linéaires de vitrages montés dans des menuiseries en bois de mélèze. « Hormis les baies fixes, placées au nu extérieur, la façade est entièrement équipée d’ouvrants à la française », explique le chef de projet Aurélien Ferry, qui, interrogé sur la générosité inhabituelle des surfaces vitrées, estime que « l’agence a toujours réussi à dessiner autant d’ouvertures qu’elle le jugeait nécessaire. » Une affirmation nuancée par Fabien Brissaud, qui indique que la liberté de composition sur la rue est aussi « compensée par des fenêtres de tailles bien plus modestes en façade arrière. »

L’implantation en T du bâtiment découle logiquement de l’optimisation du foncier rapporté aux contraintes du PLU. Il en résulte deux cours étroites coincées en fond de parcelle, dont la moins ensoleillée est caractérisée par un vis-à-vis oppressant avec un immeuble de logements mitoyen. Les copropriétaires de ce dernier ne se sont pas privés de contester le permis de construire du projet d’Ogic et Emerige, qui, composé de cinq étages (contre un seul pour l’ancien atelier de menuiserie Bottali), les dépossédait de leur panorama sur l’église Sainte-Marguerite. Un recours qui leur a permis d’empocher plus d’un million d’euros au total, selon un barème dégressif que détaille Fabien Brisseau, mi-amusé, mi-navré : « 300 000 € pour les copropriétaires du premier niveau, 250 000 € pour ceux du deuxième, et ainsi de suite… » (…)

Fiche technique :

Maîtrise d’ouvrage : Ogic et Emerige
Maîtrise d’œuvre : MAO (Mobile Architectural Office)
Surface de plancher : 2 419 m2
Budget : 4,8 M€ HTCalendrier : mai 2017 (PC) à août 2020 (livraison)

Texte Tristan Cuisinier
Visuel à la une Du mobilier à l’immobilier, sur les ruines d’un atelier, le projet de la rue Charrière prétend puiser sa légitimité dans le passé du quartier.
Photos Nicolas Grosmond

Retrouvez l’intégralité de la réalisation sur les 35 logements par MAO (Mobile Architectural Office) dans le daté novembre – décembre 2020 d’Archistorm.