PORTRAIT : Ateliers 2/3/4

En 2016, 2/3/4/ a fêté ses dix ans et quatre architectes de l’agence ont rejoint les six associés fondateurs de la société : l’occasion de revenir sur l’histoire de cette entreprise plurielle et collective, mais dont les idées, la taille et les modes d’organisation du travail sont plutôt singuliers dans le champ architectural français.

Texte : Maxime Decommer
Photos : Sami Trabelsi et Vladimir Partalo

C’est en fond de cour de deux parcelles typiques de l’ancien faubourg artisanal Saint-Antoine que se déploient les locaux de 2/3/4/ Architecture, urbanisme et paysage. Le choix du quartier n’est pas anodin : Arene & Edeikins, Bolze & Rodriguez-Pagès, et Mas & Roux – les trois agences à l’origine d’Ateliers 2/3/4/ – y étaient déjà installées. Si en 2000, elles se réunissent pour cohabiter sur le site, elles fusionnent en 2006. […] En 2015, perpétuant le principe qu’il faut mieux s’unir qu’entrer en concurrence, Ateliers 2/3/4/ fusionne avec Faubourg 2/3/4/ – agence de maîtrise d’oeuvre urbaine – pour réunir au sein d’une même structure l’ensemble des compétences (architecture, urbain, paysage, infrastructures) […]

Outre la traditionnelle réunion hebdomadaire des associés, les architectes ont progressivement construit une méthodologie de travail fondée sur des outils et des dispositifs propres à leur entreprise et incluant, de manières variées, l’ensemble des collaborateurs. Ces outils, relève Éric Puzenat, sont « des vecteurs d’union et de partage entre tous au sein de l’agence ».

La revue de projet offre par exemple à chaque équipe en charge d’une commande l’opportunité de partager ses réflexions avec l’ensemble des associés, de se prêter à l’exercice de la communication des idées et de débattre. Dans l’idéal, trois rendez-vous rythment la conception de chaque projet : le premier expose une analyse des problématiques programmatiques, urbaines ou architecturales et les stratégies possibles ; le second argumente sur le parti-pris retenu ; le dernier initie la réflexion sur le dialogue avec l’environnement et la matérialité. Organisés une fois par mois dans le hall à l’attention de l’ensemble de l’agence, « Les cafés du jeudi » proposent à qui le souhaite, dans une ambiance plus informelle, de présenter un projet ou une thématique inhérente au travail en cours. […]

Si ces dispositifs consolident l’esprit collaboratif, l’agence assure aussi la cohérence de ses productions par les supports qui la structurent, et notamment l’atelier de conception et de fabrication des maquettes, et le pôle images. À l’heure du développement accru du numérique, les architectes défendent une utilisation mesurée des représentations 3D et leur élaboration par un collaborateur interne, oeuvrant pleinement à la co-conception du projet représenté. L’état d’esprit est identique en ce qui concerne les maquettes, conçues et réalisées par un architecte – et non un maquettiste –, maniant un répertoire de représentations très étendu. Déplorant la disparition des maquettes parmi les demandes des maîtres d’ouvrage préférant « la course à l’image », l’agence assume ses prises d’initiative et les prestations supplémentaires qu’elles peuvent engendrer. […]

Patiemment, c’est tout un répertoire de mots – l’adossement plutôt que la mitoyenneté, l’intervalle plutôt que le vide –, de notions – la mesure, la discrétion –, voire de concepts – l’intériorité ouverte, les places fortes – qu’élaborent et partagent les architectes, une sorte de langage propre à l’agence. Dans un futur proche, l’un des objectifs est de fabriquer ce projet écrit. À valeur testamentaire pour les uns – comme le relève avec malice Simon Rodriguez-Pagès – et fondatrice pour les autres, il serait le garant de la transmission réussie de cet outil de travail élaboré depuis plusieurs décennies par les architectes associés.

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