Centre balnéoludique : SOHO ATLAS

Texte : Gabriel Ehret
Images : Soho Atlas

« À côté coule la Durance »

Exceptionnel, le site a plus encore que la fonction dicté la forme architecturale.
Celle-ci a été travaillée également en vue de la réussite commerciale de l’équipement public.

Perchée à 1 850 m d’altitude, la commune de Montgenèvre est traversée par la nationale 94 qui relie les Hautes-Alpes françaises à l’Italie. Station de ski depuis un siècle, elle diversifie maintenant, comme ses homologues à travers les Alpes, son offre de sports et de loisirs ainsi que son éventail d’hôtellerie et d’hébergement afin d’attirer des visiteurs plus nombreux, en saison ou hors saison de neige. C’est ainsi qu’elle a lancé en 2010 le concours de maîtrise d’œuvre pour un centre de balnéoludisme et de remise en forme, destiné à remplacer une piscine obsolète, de surcroît soumise aux aléas de la météo. L’équipement allait prendre place au sein de la zone de loisirs regroupant déjà tennis, terrain de golf, arrivée des pistes de ski et départ des remontées mécaniques. Une telle implantation était particulièrement logique, mais imposait un respect tout aussi poussé du site, véritablement exceptionnel : la Durance coule à quelques pas, sur l’autre rive s’étend le bois de Sestrière, mont Janus et vallée de Briançon poursuivent la perspective.

Atlas, lauréat du concours, ne pouvait donc qu’exposer face à ce panorama les bassins intérieurs comme les bassins extérieurs, d’autant plus qu’ils se trouveraient ainsi face au soleil du sud-ouest. Le bassin d’été est parallèle à la Durance et au même niveau qu’elle, comme si c’était là des eaux de la rivière surgies par infiltration, entre deux étendues d’alpage. Autant les façades s’ouvrent de ce côté sud-ouest, autant elles se ferment au nord et à l’est, opposant aux vents glaciaux et au bruit de la nationale trois sections de cylindres aveugles, telles les tourelles du fort de Chaberton, qui domine Montgenèvre depuis sa position de fortification la plus haut placée d’Europe. Tout juste s’offrent de ce côté nord les entrées de l’équipement, logiquement placées face aux parkings de la zone de loisirs, et très visibles depuis la route.

Cette forte différenciation des façades donne sa lisibilité au bâtiment. Elle lui donne aussi son identité visuelle. Identité qui s’affirme du fait que plus de la moitié des espaces intérieurs ont été enfouis dans la pente ou glissés sous une couverture végétalisée venant épouser celle-ci : fusion avec l’environnement. De plus, le nouvel arrivant profite de l’inertie thermique du sous-sol pour gagner en chaleur l’hiver, en fraîcheur l’été. La couverture végétalisée recouvre l’espace intérieur principal : grand bassin, permettant aussi la natation en activité scolaire, sauna, hammam, bassin de balnéo-massage, rivière à courant, ces quatre dernières installations s’arrondissant telles de grosses bulles d’eau. (…)

Atlas a pris soin que les activités annexes ne regardent pas les bassins, mais le paysage. Dans son entier, l’architecture de l’édifice n’est pas focalisée sur les bassins et les baigneurs, elle délaisse le narcissisme des corps au profit de ce grand corps sublime qu’est le site naturel, vers lequel elle s’ouvre et se tourne. Et c’est dans le site qu’elle puise ses matériaux d’habillage (par-dessus les doubles murs en béton isolés intérieurement et extérieurement) : pierre, pour le socle, et mélèze – l’essence reine à Montgenèvre – pour les élévations, où les clins verticaux sont par endroits traités en ressaut, comme si on avait là de jeunes troncs se détachant sur un fond de forêt. Sur la double toiture (pour isolation renforcée), l’acier coiffe les trois coques de ses teintes de nuages, et se retourne avec rondeur sur l’acrotère.

Au-dedans, la qualité des matériaux traduit la volonté municipale d’un équipement monté en gamme par rapport à l’ancienne piscine.

 

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d’ouvrage :
Ville de Montgenèvre

Architecte :
Soho Atlas
Atlas (mandataire)

BET :
Artelia bâtiment et industrie
(fluides, traitement de l’eau)
BE Pierre Martin (structure)
Korell (économie)
EODD (HQE)
Setec-Gli (OPC)
Atelier Espinosa (architecture d’intérieur)

Surface SHON : 3 600 m2

Coût : 8,5 M€ HT

Entreprises principales :
GCC, SN Cuynat construction, et Ragoucy
(gros œuvre)
SDCC (charpente/couverture)
Alpes Isère étanchéité (étanchéité)
SEE Gandelli charpente (bardage/isolation extérieure)
SARL Michel (menuiseries aluminium/serrurerie)
Ateliers d’Entraigues (menuiseries intérieures bois)
Navic (mobilier de vestiaire)
AIC BAT (revêtements muraux/sols)
Zeller (bassin inox)

Dates : Études 2010-2012 / Travaux 2013-2015

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