ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR I EN HÉRITAGE : NATURE ET ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR, UN PORTRAIT DE L’AGENCE D.L.2.A

ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR

EN HÉRITAGE : NATURE ET ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR
UN PORTRAIT DE L’AGENCE D.L.2.A

Dès l’âge de cinq-six ans, déterminé, Didier Lefort exprima le désir de devenir architecte. Sans aucune influence, n’étant pas fils d’architecte contrairement à de nombreux confrères, fidèle à son désir d’enfant, il s’engagea, jeune adulte, dans cette voie, d’abord aux Beaux-Arts de Paris dont il sortit diplômé en 1977, puis à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, la fameuse « rue d’Ulm », où il obtint, deux ans plus tard, son second diplôme.

Cette double formation lui permit de maîtriser autant l’architecture que l’art du détail : « Aujourd’hui, les architectes sans formation spécifique, qui exercent l’architecture d’intérieur, réussissent lorsqu’ils ont du talent. Sinon, il leur manque la maîtrise de la lumière, des couleurs, du mobilier, le savoir-dessiner très complémentaire. Seul le talent compense », témoigne Didier Lefort.
Il fonda une première agence avec Luc Vaichère en 1982, LV2A, puis une deuxième en solo en 1995, D.L.2.A, laquelle, depuis, ne cesse de s’enrichir de nouveaux projets, lui voyageant sans cesse pour mener à bien ses missions haut de gamme, dans les deux disciplines, aux quatre coins de la planète, emmenant sa famille dès que possible, surfant sur les meilleures vagues rencontrées. Ce rêve n’est possible à réaliser qu’en travaillant beaucoup, tout en sachant préalablement enclencher la commande.

L’hôtel The Datai Langkawi, cinq-étoiles écologique, en Malaisie © The Datai Langkawi

Sans aucun doute envoûtés et par les voyages et par l’art de bâtir, sur les traces de leur père, ses enfants, Quentin et India Lefort, lui ont depuis emboîté le pas. Fi des « découragements » de leur père, qui ne seraient entendus que par un enfant sur trois, paraît-il. Et encore, la troisième n’était-elle pas sur le point d’embrasser elle aussi la profession ? Ainsi, Quentin et India ont décidé par vocation et de plein gré de recevoir le talent de leur père en héritage, India au détour d’une école de commerce (sur l’insistance de son papa). Dans cette très belle histoire de famille, le trio créatif rime avec respect, écoute, amour filial, passion du métier. India précise que leur mère a aussi fait les Beaux-Arts…

Aujourd’hui, l’agence, située à Boulogne-Billancourt, compte une quinzaine de personnes dont Didier, chef d’orchestre, Quentin, directeur, et India. La relève générationnelle est assurée, même si India se dit encore novice. En outre, à l’image de nombreux collectifs, les talents hors champ familial ont toutes leurs chances de se voir intégrés dans une modernisation du process et de l’outil. Les chantiers sont délégués, pour la majorité. Petit à petit, un réseau de confrères aptes à absorber les missions de chantiers hors frontières s’est constitué.

En effet, la plupart (80 %) des projets de l’agence D.L.2.A sont réalisés au cœur de régions de rêve — Malaisie, Polynésie, Caraïbes — ainsi qu’au Maroc, en Égypte, en Afrique de l’Ouest, au Portugal. Il s’agit majoritairement de projets hôteliers initiés par des groupes spécialisés de prestige, tels Four Seasons, Starwood, Marriott, Aman Resorts, Taj Mahal, Club Med. La France n’y échappe pas, avec, à son actif, des projets très diversifiés : tertiaire, aéroportuaire (salon La Première d’Air France), culturel, industriel, sportif et hippique (haras et hippodrome de Chantilly). L’architecture d’intérieur représente 50 % de l’activité.
L’appétence pour l’étranger trouve ses racines dans des réalisations effectuées par Didier Lefort dans ses premières années d’exercice dans le cadre de la Fondation Aga Khan, ce en Syrie, en Inde, au Pakistan. En 1980, un projet d’hôtel à Saint-Jean-de-Luz puis un autre à Lisbonne lui ouvrent la voie de l’hôtellerie. En 1989, sa rencontre avec l’Australien « Kerry Hill » est décisive. Tous deux découvrent le site de Langkawi en Malaisie et créent un hôtel cinq étoiles écologique, The Datai Langkawi, qu’ils implantent au cœur même de la jungle, à 300 mètres de la plage pour mieux la préserver. L’architecture d’intérieur dessinée à l’origine par Didier Lefort, il y a presque trente ans, est refaite à neuf, toujours par l’agence, en 2017-2018, à la demande du client. À l’issue de cette réhabilitation, le commanditaire lui renouvelle ses félicitations : « Vous avez donné du brio au projet, tout en respectant le caractère de votre conception originelle. »
« Les clients sont en confiance. Nous nous attachons à analyser, à mesurer nos interventions, à être pertinents. Nous avons un accès naturel à la commande, car nous laissons bonne impression. Pour exemple, le groupe Taj Mahal nous a rappelés, dix ans après notre collaboration, pour travailler avec un maharadjah. Il s’est passé la même chose en Polynésie vingt ans après », précise Didier Lefort. Pourtant, la pratique du concours gagne sur la commande privée hôtelière, comme en témoigne le projet pour Club Med.

L’hôtel Sundy Praia sur l’île de São Tomé & Príncipe © Géraldine Bruneel

« Nous aimons les projets où la mission est globale, car c’est l’architecture qui crée l’architecture d’intérieur. Nous étudions beaucoup la volumétrie, et l’échange est perpétuel. Au Datai, nous avons dessiné une charpente esthétique. Cette complémentarité est indispensable. Le rapport lumière naturelle et matière est essentiel. Nous jouons sur la transparence, les effets », décrit Didier Lefort. India ajoute : « Nous utilisons des matériaux nouveaux, ou nous détournons des matériaux, comme l’Exaben normalement utilisé pour réaliser les pales d’hélicoptère, pour en faire un matériau décoratif, ou encore nous modernisons, adaptons des savoir-faire locaux. » Didier enchaîne : « Au Maroc, la population veut toujours apprendre, et nous travaillons facilement avec elle. En Inde, les savoir-faire peinent à évoluer, ce qui ne nous décourage pas. Nous apprécions de travailler à partir des mémoires locales. » (…)

Texte Anne-Charlotte Depondt
Visuel à une : Quentin, India et Didier Lefort © Corinne Long

Retrouvez l’intégralité du portrait de l’agence D.L.2.A dans le daté mars – avril 2021 d’Archistorm