Dès le début de l’entretien, la passion et l’enthousiasme d’Éléonore Givry pour son métier d’architecte s’imposent immédiatement. Dans son discours comme dans ses projets, la curiosité et l’envie de créer de la jeune architecte transparaissent à chaque instant. Une personnalité singulière qui contribue au succès de son agence, fondée en 2019, et qui multiplie depuis les projets d’envergure à travers la France.
Une formation entre deux continents
Mais le succès de & Givry prend racine bien plus tôt, trouvant ses fondements dans le parcours académique à part entière d’Éléonore Givry. Diplômée de Paris- Belleville en 2010, elle prévoit de poursuivre son cursus lors d’un échange en Norvège. Mais un souci administratif en décide autrement. « J’ai reçu un appel me proposant soit de partir en Belgique, soit en Corée du Sud, à Séoul. J’avais 48 heures pour décider, et c’est l’Asie que j’ai choisie » se souvient-elle. Après plusieurs années d’études en France, le choc culturel est immense. Seule Française de son cursus, elle découvre alors un enseignement de l’architecture diamétralement opposé au cursus européen. « L’approche en Asie m’est apparue plus expérimentale et parfois plus radicale, et les méthodes de construction sont très différentes, faisant appel à des techniques et des matériaux moins courants en Europe. L’architecture en elle-même est aussi très différente. Le rapport à l’espace, à la lumière, le lien entre l’intérieur et l’extérieur, les procédés constructifs, tout était nouveau pour moi. Là-bas, mon apprentissage a été immense et m’a poussée à questionner en profondeur l’acte de concevoir et de bâtir » confie Éléonore Givry. Durant un an et demi, elle jongle alors entre les cours de coréen, d’architecture, et les stages en agence, faisant un passage par le Japon, avant de décider de rentrer en France. « Je voulais revenir vers quelque chose de plus concret. Construire. Apprendre à bâtir » ajoute-t-elle. Un apprentissage à deux facettes, qui allait poser les fondements de sa future pratique.

Seule, mais en collaboration
Diplôme en poche, elle monte une première agence en duo avant de se lancer dans son propre projet en 2019 en créant & Givry. Dès le départ, l’objectif est de fonder un studio basé sur la collaboration, valorisant une hiérarchie horizontale, et se construisant sur le dialogue. Malgré sa riche formation, Éléonore Givry tient un discours modeste, insistant sur l’importance de s’entourer des bonnes personnes, à la fois compétentes et passionnées. « À mes yeux, l’opinion du chef de projet et celle du stagiaire sont tout aussi importantes. Leurs regards sont évidemment différents, mais c’est en les croisant que l’on aboutit au meilleur résultat possible. C’est cela qui m’intéresse avant tout, la qualité architecturale, pas l’ego de l’architecte » commente-t-elle. Une qualité architecturale qui se voit saluée un peu plus chaque jour. Les concours remportés se multiplient, les commissions gagnant en ampleur, du bâti neuf à la réhabilitation en passant par la transformation.
Pour Éléonore Givry, il est difficile d’identifier le projet qui a marqué un tournant précis dans sa carrière, chacun portant sa propre histoire et sa valeur. Certains se distinguent néanmoins. Parmi eux, la réhabilitation du patrimoine industriel MurMure par le maître d’ouvrage Batipart, inscrite dans l’appel à projets Réinventer Paris 2. Ancien transformateur électrique construit en 1929, ce projet permet de remonter aux fondamentaux de l’architecture, à savoir l’espace, la matière et la lumière. Sa structure se caractérise par les poteaux-poutres de béton armé qui la traversent, et par une nef centrale, offrant un apport de lumière zénithale devenu essentiel dans sa réhabilitation. « C’est un atout majeur du site que nous avons pleinement exploité, comme une faille qui diffracte la lumière à tous les niveaux, jusqu’aux sous-sols », détaille l’architecte. Autre projet important confié à & Givry par le maître d’ouvrage PariSeine : la revalorisation du bâtiment Orion de Jean Prouvé, qui a nécessité de trouver un équilibre entre conservation, adaptation et sublimation de l’existant. On peut également citer le projet Poniatowski par le maître d’ouvrage Demathieu Bard, un bâtiment de logements neufs trouvant sa complexité dans une adaptation nécessaire au déjà-là, n’ayant cependant pas empêché & Givry de lui conférer une écriture architecturale forte.
« À mes yeux, l’opinion du chef de projet et celle du stagiaire sont tout aussi importantes. Leurs regards sont évidemment différents, mais c’est en les croisant que l’on aboutit au meilleur résultat possible. » Éléonore Givry, Fondatrice et architecte de & Givry
Au-delà du bâti
Une créativité débordante qui dépasse les limites de l’architecture. Touchant par nature à l’urbanisme et à l’aménagement intérieur, la discipline étend encore davantage son champ chez & Givry qui travaille de plus en plus régulièrement sur des projets de microarchitecture, mais aussi de scénographie et d’oeuvres d’art.
« Notre travail se fait à la croisée des disciplines. Nous avons envie de consacrer plus de temps à cette typologie de créations, et nous le faisons tout simplement par plaisir. Ce sont de nouvelles problématiques, de nouveaux regards, une véritable ouverture du champ créatif qui vient également nourrir notre quotidien en tant qu’architectes » confie Éléonore Givry. La promesse d’un futur pluriel et résolument créatif.

Par Aurore De Granier
Toutes les visuels sont de © Juan Jerez
— Retrouvez l’article dans Archistorm 138 daté juin – août 2026

