RÉALISATION I CENTRE SPORTIF DU GRAND DOLE, DOLE PAR TNA AVEC SERGE ROUX ARCHITECTES

RÉALISATION

CENTRE SPORTIF DU GRAND DOLE, DOLE
TNA AVEC SERGE ROUX ARCHITECTES

Les agences TNA et Serge Roux Architectes livrent son centre sportif à la ville de Dole. Retour sur l’histoire d’une ville dont le cœur se revivifie grâce à l’implantation d’un équipement nautique.

Les origines de Dole sont méconnues mais l’histoire de la Ville est riche en événements et influences divers. Des Germains s’y installent dès la fin du IIIe siècle, suivis par leurs cousins Burgondes, au Ve siècle. Le Comté de Bourgogne est créé en 986 ; c’est au XIe siècle, avec Conrad II le Salique et les comtes qui s’y fixent et la développent, que Dole est érigée en capitale. Au XIIe siècle, la Ville prend de l’importance en se dotant de solides murailles, de moulins, d’un pont de pierre qui franchit le Doubs, d’établissements religieux, d’un hospice… Dole prospère pour atteindre son apogée au XVe siècle : le parlement du comté s’élève entre ses murs, ainsi que deux universités, une collégiale. Las, en 1479 Louis XI entre dans la ville par la ruse, massacre ses habitants et rase tout. Quelques années plus tard, avec l’aide des Habsbourg d’Espagne, Dole entame lentement sa reconstruction. En 1508, elle débute l’édification d’une nouvelle collégiale ; ses fortifications sont reconstruites sous l’autorité d’un dénommé François de Précipiano (a donné son nom à la place d’Armes…), puis de son fils, Ambroise. Université, halle, collèges… se succèdent pour redonner à la ville son lustre d’antan. Après plusieurs tentatives et un dernier siège victorieux, la France rattache Dole à son territoire, en 1674. La Ville perd alors son statut de capitale, le parlement et l’université sont transférés à Besançon, et ses fortifications sont détruites par Vauban. Paradoxalement, ce dernier affront lui permettra de se libérer de son carcan et de s’étendre plus librement. Pendant la Révolution, ses établissements religieux sont vendus et démolis, ou transformés en pensionnat, hôtel, magasin, prison, bâtiment administratif…

Le complexe Talagrand avec l’ensemble des activités sportives qu’il propose, ses bassins, son snack, son espace bien-être, apporte en plein centre-ville du flux, du mouvement, de la convivialité, de l’activité… de la vie.

Ce qui les préserve de la destruction. De cette histoire mouvementée, Dole peut s’enorgueillir aujourd’hui de compter 48 lieux et monuments protégés au titre des Monuments Historiques avec un important patrimoine religieux, architectural, militaire, culturel, dont le musée dédié à Louis Pasteur, natif de la ville… ainsi qu’un jardin remarquable classé de 8 300 m2 comptant plus de 1 200 espèces végétales. Ce legs est d’une telle qualité que depuis 1967, toute la ville ancienne et ses abords sont en secteur sauvegardé dans le cadre d’une procédure ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager). Dans cette zone protégée de 114 hectares, toute modification architecturale est soumise à l’approbation de l’architecte des Bâtiments de France. La place Précipiano, place d’armes où s’élève l’espace Talagrand, est située dans son périmètre. La reconversion de ce site militaire, avec un équipement public à créer sur l’emplacement d’une caserne de pompiers, d’une MJC et d’un vieux gymnase, était l’occasion idéale de redonner à ce lieu un cachet en phase avec son environnement historique. Le choix de son matériau de façade, la pierre Massangis de Bourgogne, et son écriture architecturale, à la fois classique et résolument contemporaine, participent à la construction du patrimoine en devenir de la ville… L’espace Talagrand a par ailleurs mission de participer à la redynamisation du centre-ville. Dole est en effet l’une des 222 communes concernées par le plan d’action national « Cœur de ville » qui a pour objectif d’aider les villes moyennes françaises à se revitaliser via des investissements publics ciblés. Le programme Talagrand s’inscrit dans cette stratégie.

Il prend le contre-pied d’une idée généralement admise selon laquelle les centres-villes se désertifieraient parce que les commerces les abandonnent pour se concentrer dans de grandes zones commerciales en périphérie. Or, il n’y a pas que le commerce dans la vie d’une ville… Il y a également une quantité d’activités associatives, culturelles, sportives, qui irriguent le tissu urbain pour lui insuffler vie et dynamisme. Le complexe Talagrand avec l’ensemble des activités sportives qu’il propose, ses bassins, son snack, son espace bien-être, apporte en plein centre-ville du flux, du mouvement, de la convivialité, de l’activité… de la vie.

Vue sur le bassin nordique extérieur

La parole à Annabelle Deverge, architecte associée de l’agence TNA, chargée de projet

Comment aborde-t-on un projet complexe tel que l’espace Talagrand ?

En commençant par le début… La communauté d’agglomération du Grand Dole a lancé un appel d’offres. Le cahier des charges, établi avec un programmiste, était très précis et détaillé : il listait par exemple les surfaces de gymnase désirées, le nombre de vestiaires requis, les accès qui doivent être sécurisés, les liaisons entre les différents espaces.

Un véritable inventaire, indispensable pour poser les bases du travail de conception architecturale et technique.

Il y avait aussi des contraintes réglementaires et pratiques…

Oui, et elles étaient nombreuses… Comme par exemple l’emprise restreinte à laquelle nous avions droit, du fait des dimensions du site à réhabiliter, afin de rester dans les emprises historiques pour qu’il s’intègre à la zone protégée dont il fait partie. Nous ne pouvions donc pas étendre l’équipement à l’horizontale. Il fallait aussi organiser une gestion pointue des flux : le public, les scolaires, les usagers des espaces forme, les sportifs… ne devaient pas se croiser car ce sont des publics qui n’obéissent pas aux mêmes règles. Nous devions par ailleurs gérer le plus élégamment possible le parcours que doit suivre tout usager avant d’entrer dans un bassin : prendre son billet, aller au vestiaire, se déchausser, aller dans une cabine, se changer, déposer ses affaires dans un casier, passer par les sanitaires, puis les douches, le pédiluve, et enfin, accéder aux plages.

Vaste programme…

En effet. Notre mission a été de mettre tout cela en musique. Pour schématiser, disons que notre travail consiste à présenter une interprétation spatiale de toutes ces contraintes… qui ne sont pas spatiales à la base. Or, le « credo » de notre agence, c’est de donner une lecture et des usages clairs à chaque bâtiment que nous concevons, avec une organisation simple, intelligible, fonctionnelle. Sur le projet Talagrand, l’enjeu principal était de rationaliser les différents publics. Nous avons donc choisi de procéder à ce que j’appelle une organisation en « mille-feuille ». Ce terme résume bien, je trouve, notre démarche : l’équipement a été organisé dans sa verticalité, avec quatre niveaux et pour chacun, une fonction. C’est une stratification par usage.

Quatre niveaux, quatre fonctions ?

Oui à chaque niveau du complexe – rez-de-chaussée, rez-de-jardin, premier étage et second étage – est attribuée une fonction… Le rez-de-chaussée, de plain-pied avec la place, est consacré à l’accueil, avec un vaste atrium ouvert sur l’esplanade, très lumineux. Tous les utilisateurs de l’équipement passent par là, quelle que soit leur destination. Il distribue tous les niveaux. C’est un peu le « hub » de l’équipement. Le rez-de-jardin est le royaume de l’aquatique, avec deux halles bassins qui peuvent être indifféremment séparées ou réunies, et le bassin nordique, à l’extérieur. Des vestiaires groupes et individuels avec douches sont dédiés à chacune des halles, permettant d’éviter les croisements de différents publics. Le premier étage est réservé aux sports « secs ». Il comprend trois gymnases, un dojo, une salle d’escalade… L’organisation des nombreux vestiaires est identique à celle des bassins. Que l’on soit en groupe ou en individuel, on entre dans un vestiaire dédié à la salle dans laquelle on se rend, sans croiser les usagers des autres salles. Enfin, le dernier étage a une forte dimension événementielle. D’une part il donne accès aux gradins du gymnase d’honneur ; et d’autre part il comprend une salle polyvalente qui peut accueillir des cours de gym, de yoga… mais aussi des réceptions. Elle possède de beaux atouts pour remplir cette mission, avec ses baies vitrées qui ont vue sur le gymnase d’un côté et sur le Doubs de l’autre, ainsi qu’une grande terrasse… Il faut citer un dernier niveau, en sous-sol, invisible pour les usagers puisqu’il abrite toutes les installations techniques du bâtiment. (…)

Coupe

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Communauté d’Agglomération du Grand Dole
Maîtrise d’œuvre : TNA avec Serge Roux ARCHITECTES
PartenairesEntreprises : C3B / S.ROUX / KATENE / ÉTAMINE / IMPACT ACOUSTIC / CAMPENON Bernard Verazzi / VINCI Facilities
Surface : 9 600 m2
Montant des travaux : 25 M€
Livraison : 2020

Texte Élisabeth Tran-Mignard et Alain Van Cop
Photos Paul Kozlowski & photoarchitecture.com

Retrouvez l’article sur la réalisation du Centre sportif du Grand Dole, Dole par TNA avec Serge Roux ARCHITECTES dans Archistorm daté septembre – octobre 2021