Faire mieux avec moins, tel fut le fil conducteur de l’emménagement de la Région Île-de-France à Saint-Ouen. Si les ressources publiques ne sont pas inépuisables, les exigences citoyennes sur les services rendus n’en restent pas moins élevées.

Maintes fois évoqué, le déménagement de la Région ne s’était jusqu’à présent jamais concrétisé. Le 21 janvier 2016, le Conseil Régional tout juste élu adopte cette décision transformant l’utopie à laquelle plus personne ne croyait en une réalité bien concrète. Cet emménagement aux multiples vertus est le point de départ d’une transformation en profondeur de la Région Île-de-France. Il permet à la fois de réduire le train de vie de l’institution mais aussi de repenser les modes de travail en offrant un exemple de l’administration à la pointe de la modernité. Pour la première région de France et d’Europe (12 000 km² et 12 millions d’habitants), s’installer au-delà du périphérique dans un quartier en pleine transformation est un signal fort envoyé aux Franciliens. En traversant cette frontière symbolique, la Région réduit de moitié ses loyers et procède à la mise en vente de son patrimoine immobilier parisien. Ce sont autant d’économies qui seront immédiatement mises à profit dans l’action publique, tout en disposant désormais de bâtiments plus adaptés, plus fonctionnels et plus en phase avec les attentes du travail contemporain.

Influence 2.0, Victor Hugo

Lorsqu’il démarre la conception de cet ensemble immobilier baptisé « Influence » avec Nexity, l’architecte Jacques Ferrier ne sait pas encore qui en seront les usagers. Il s’agit d’une opération traditionnelle de bureaux en blanc, laquelle consiste à bâtir un immeuble sur un terrain sans en connaître les occupants au préalable. Le bâtiment est ensuite loué ou acheté, en cours de chantier ou une fois livré. Parallèlement, soucieuse d’accélérer le calendrier de son déménagement pour l’achever avant la fin de la mandature, la Région Île-de-France décide de s’intéresser aux opérations immobilières en cours, opérations susceptibles d’accueillir l’ensemble de ses services et de ses effectifs, sur le territoire du Grand Paris. Les visites vont ainsi se multiplier, une trentaine au total. Répondant aux différentes exigences, six d’entre elles vont retenir son attention et être mises en concurrence. Réduit à trois au début de l’été 2016, le choix de la Région se porte finalement sur le programme « Influence » situé dans la ZAC des Docks qui est également exemplaire en matière de développement durable.

« Sur cet important îlot de la ZAC des Docks, propriété de Nexity et destiné au bureau par le plan d’urbanisme, c’est notre compétence de développeur immobilier qui s’est exprimée. À cette période, l’immobilier du bureau n’était pas porteur et le site, dans l’attente de la ligne 14 retardée, se trouvait encore physiquement éloigné aux yeux d’utilisateurs potentiels.
Nous avons donc assumé le risque des études pour ce projet de 33 000 m2 en blanc, mais choisi de retenir une signature architecturale forte. Jacques Ferrier s’est imposé pour la richesse de ses réponses architecturales, le respect qu’il exprime des codes et expériences de la ville, la qualité des espaces qu’il propose aux utilisateurs et l’intégration novatrice de l’environnement. »

Jean Luc Porcedo, Président Villes et Projets et Frédéric Chabrol, DGA en charge de l’équipe développement, Nexity

Jacques Ferrier en est convaincu : il est plus que jamais indispensable pour un immeuble de bureaux d’établir le dialogue avec l’extérieur. Pour l’architecte, les immeubles tertiaires sont trop souvent introvertis, fermés sur eux-mêmes, n’entretenant aucune relation avec leur environnement immédiat. Pour éviter cet écueil, le fil conducteur de l’architecture proposée à Saint-Ouen est une variation sur le thème du paysage, reposant sur l’organisation de deux bâtiments autour de trois jardins : le premier édifice est soulevé au-dessus d’un jardin d’ombre et de fraîcheur, le second est construit en couronne autour d’un jardin suspendu, ouvert en balcon sur la ville par une vaste loggia urbaine. Un autre jardin fait quant à lui office de parvis sur la ville et met en scène l’Hôtel de Région dans sa fonction statutaire. La fragmentation du bâti et l’articulation des volumes autour des jardins permettent ainsi de créer des ambiances différentes d’un endroit à l’autre, une diversité de situations et d’atmosphères et surtout, un lien à rez-de-chaussée avec la ville. Il suffit d’arpenter les lieux pour mesurer la connexion constante que l’ensemble fabrique avec son environnement immédiat et lointain. Au-delà des qualités évidentes qu’il offre aux usagers, ce généreux système de jardins permet de pallier la densité du programme qui était demandée malgré la surface contrainte des terrains, augmentant le sentiment d’espace et la sensation d’ouverture sur l’extérieur.

Rien n’était pourtant acquis au départ. Pour le premier bâtiment, la parcelle ne laissait que peu de latitude pour aménager un jardin tout en logeant la totalité du programme demandé par Nexity. D’une surface de 32 700 m², « Influence 1 » est traversée par un bâtiment pont. L’ensemble est constitué de sept niveaux de bureaux offrant de grands plateaux de plus de 4 000 m² posés sur un socle vitré, lui-même composé de quatre pavillons articulés autour de ce jardin central paysager. Le socle de l’opération regroupe deux halls d’entrée indépendants et les services dédiés aux utilisateurs : deux restaurants, une cafétéria, une salle de fitness, un showroom, une conciergerie, une salle de conférence et son foyer (classés ERP de 5e catégorie). L’ensemble est scandé par 2 200 m² de terrasses et jardins accessibles aux usagers qui occupent les 2 315 postes de travail.

« Nous avons une vision locale de nos investissements et le projet Influence, bien desservi par la ligne 14 qui traverse Paris, répondait à ces critères. De plus, la qualité du projet de Jacques Ferrier développé par Nexity nous a convaincus de la pertinence de cet investissement. Enfin, le timing, qui est un important critère dans nos choix d’investissement, nous semblait intéressant. Influence répond à nos critères qualitatifs « produit », et le choix de cet immeuble par la Région Île-de-France a montré la pertinence de notre vision initiale. »

Philippe Joland, Senior Managing Director, Président Tishman Speyer France et Benoît Delacour, Managing Director Design & Construction, Tishman Speyer

Influence, Simone Veil

Situé sur le boulevard Victor Hugo, le second bâtiment est en proue de la ZAC des Docks. Il crée la façade urbaine de l’opération, la plus visible de la ville. « Influence 2 » (24 046 m²) est constituée de six niveaux de bureaux de plus de 2 900 m² posés sur un socle vitré de 8 m de hauteur procurant des hauteurs à vivre généreuses, en accord avec des fonctions d’accueil emblématiques de la Région Île-de-France. L’hémicycle, la grande salle polyvalente et la salle des pas perdus s’organisent dans ce vaste volume en double hauteur, transparent et baigné de lumière naturelle.

« Comment donner une identité à une opération de bureaux en blanc sans en connaître les destinataires ? », s’est interrogé Jacques Ferrier dès les prémices du projet, lorsqu’il a imaginé l’écriture architecturale des deux bâtiments. Chacun possède son identité propre mais entre en résonance avec son voisin grâce à l’air de famille qui les unit. Le premier volume est caractérisé par un jeu de lignes brisées verticales qui se développent sur toute la hauteur du bâtiment. Le dessin agit à la manière d’un trompe-l’œil par un motif global qui estompe la perception de la trame répétitive et rationnelle de la façade. Par contraste, le second mise sur de grandes lignes horizontales, et déploie un péristyle au rez-de-chaussée pour affirmer l’institution publique. Ainsi, sur les deux édifices, ces façades épaisses construisent un rapport subtil entre intérieur et extérieur. Au fur et à mesure que l’on se rapproche, se dévoilent la vie de bureau, la petite échelle, celle du poste de travail individuel mais aussi celle des espaces collaboratifs.

Ce travail fin mené par Jacques Ferrier sur les façades permet également de contrôler la lumière et la surchauffe dans le bâtiment, en s’adaptant à chaque orientation par des variations de perforation selon le degré d’exposition. En ce qui concernent les façades qui donnent sur le jardin dans le bâtiment du boulevard Victor Hugo, des panneaux colorés synthétisent par la métaphore architecturale toute la diversité de l’Île-de-France et ses huit départements, 1 288 villes et communes.

L’architecture proposée par Jacques Ferrier entre en résonance avec la transformation profonde entreprise par la Région Île-de-France. L’objectif était en effet de créer une administration ouverte et envisagée comme  » La Maison des Franciliens « . Outre les vertus multiples évoquées précédemment, cet emménagement à Saint-Ouen offre l’opportunité à la Région de repenser les modes de travail. À travers son architecture, le nouveau siège se doit de favoriser les échanges, les rencontres formelles comme informelles, et bien sûr de susciter l’intelligence collective du travailler mieux ensemble. La mobilité est ainsi encouragée par les deux bâtiments imaginés par Jacques Ferrier. Ils permettent une mise en mouvement de l’institution, incitant chaque usager à rester en éveil. Les jardins permettent à tous de se croiser, tandis que l’auditorium et la salle polyvalente ont vocation à accueillir les Franciliens autour d’une programmation événementielle.

Influence 2.0, Victor Hugo

Entretien avec Jacques Ferrier architecte fondateur, Ferrier Marchetti Studio

Quels sont les grands principes de votre projet architectural ?

Pour ce premier bâtiment, nous souhaitions impérativement mettre les bureaux en relation avec un jardin. Dans ces immeubles tertiaires situés en ville, trop souvent introvertis, il est nécessaire qu’il y ait un paysage, des ouvertures sur l’extérieur et un rapport à la ville. Mais sur cette parcelle extraordinairement dense, il n’y avait pas de place pour un espace extérieur. Nous avons donc pris le parti de soulever tout le bâtiment sur pilotis et de glisser un jardin dessous. Et dans ce jardin, nous avons installé l’auditorium entièrement vitré que l’on peut fermer avec des rideaux au besoin, le restaurant d’entreprise, des services et les deux halls d’entrée.

Ces éléments sont conçus comme des pavillons construits dans le jardin, et le bâtiment est érigé au-dessus. Cela n’a pas été simple de loger tous les mètres carrés demandés par le promoteur pour équilibrer l’opération, tout en maintenant notre exigence d’espaces extérieurs.

Le jardin permet de fabriquer un rapport à l’extérieur et à la ville…

Bien que clôturé pour des raisons de sécurité, le jardin fait le lien avec la rue et l’espace public, lien qui fait souvent défaut dans les immeubles de bureaux. Créer un lien au rez-de-chaussée avec la ville était très important pour nous. Et aujourd’hui, cet entredeux paysager offre une qualité très appréciée des usagers. Tout le monde aime beaucoup ce jardin ! En termes d’architecture, c’est d’ailleurs l’un des arguments qui a séduit la Région.

Vous avez d’ailleurs prolongé ce thème du jardin dans le second bâtiment…

Pour le second bâtiment (24 046 m2), la densité était moindre. Dès le départ, il était convenu de créer un jardin plus classique sur le boulevard Victor Hugo, de positionner le bâtiment au fond, et de le relier par une passerelle au premier situé de l’autre côté de la rue Simone Veil. Nous avons ajouté un jardin sur le toit du socle, au coeur du bâtiment et en balcon sur la ville, vers la mairie de Saint-Ouen. La Région s’est installée tout autour, créant l’occasion fantastique de mettre toutes les salles de commission et de réunion à l’abri du public, mais ouvertes sur le jardin. Le bâtiment s’est très bien adapté au programme de la Région.

Comment passe-t-on en cours de route d’un programme de bureaux en blanc à celui d’une institution telle que la Région Île-de-France ?

Le budget est resté le même jusqu’au bout, à savoir celui, classique et relativement sobre, d’un programme de bureaux en blanc. Notre commande n’a globalement pas changé, et ce que nous avions mis en place et que j’ai décrit précédemment a pris son ampleur avec l’arrivée de la Région. D’ailleurs cette hypothèse économique peut être reliée à des préoccupations de développement durable, en termes de ré-adaptabilité et de flexibilité. C’est sur ce point que les deux contraintes se rejoignent : si, dans x années, la Région décidait de quitter les lieux, les bâtiments pourraient sans difficulté accueillir d’autres sociétés, l’aménagement spécifique se limitant au grand hémicycle et aux équipements qui lui sont liés. Mais dans les étages, les plateaux de bureaux sont entièrement flexibles.

Influence 2.0, Victor Hugo

Entretien avec David Bonneau, Directeur Général des Services, Région Île-de-France

Pourquoi avoir fait le choix de Saint-Ouen et du quartier des Docks ?

Dans le cadre de son déménagement, la Région a identifié plusieurs sites répondant à son cahier des charges (dont je précise qu’il a été établi en concertation avec les représentants du personnel qui ont été associés à toutes les étapes du processus). Le site de Saint-Ouen s’est détaché car, au-delà des aspects financiers, il réunissait plusieurs avantages, en particulier une localisation en centre-ville, un quartier dynamique et sécurisé ainsi qu’une très bonne desserte en transports en commun (avec le prolongement de la ligne 14 du métro).

Quelles étaient les problématiques majeures auxquelles vous souhaitiez remédier avec ce déménagement ? Quelles étaient vos attentes pour le nouveau siège du Conseil Régional d’Île-de-France ?

Le transfert des équipes à Saint-Ouen a d’emblée été conçu pour être bien plus qu’un simple déménagement. C’était une opportunité unique de transformer en profondeur l’administration pour la rendre plus moderne et renforcer la qualité de vie au travail. Bien avant que frappe la crise sanitaire, nous avons généralisé le télétravail deux jours par semaine. Les bureaux fermés ont laissé place aux bureaux ouverts, à tous les niveaux hiérarchiques puisque, en tant que directeur général des services, je suis moi-même en open space ; et je m’y sens très bien ! De nombreuses équipes ont d’elles-mêmes expérimenté le flex office qui concerne désormais près de la moitié des collaborateurs. Les locaux disposent également de nombreux espaces informels qui facilitent les échanges. Enfin, le site propose de nombreux espaces de services et de convivialité (restaurants, lounge, salle de sport, conciergerie, game center) très appréciés des équipes et qui renforcent la qualité de vie au travail.

En quoi ce nouveau siège symbolise-t-il l’image renouvelée de la Région ?

En faisant le choix de quitter les quartiers les plus chers de Paris pour rejoindre le coeur battant de son territoire, dans un quartier en pleine transformation, à quelques centaines de mètres du futur village olympique, du prochain hub du Grand

Paris Express, au milieu d’une forêt de grues, l’administration régionale a montré qu’elle était à l’image des

Franciliens : ouverte, dynamique et portée vers l’avenir. Les équipes sont légitimement fières d’avoir franchi ce cap et d’occuper un siège moderne, vert et économe. Désormais, pas une semaine ne se passe sans qu’une institution ou une entreprise ne vienne visiter nos locaux pour s’en inspirer.

C’est sans doute cela le meilleur symbole de l’image renouvelée de la Région !

 

Fiches Techniques

Influence, Simone Veil

Investisseur : Tishman Speyer
Utilisateur : Siège Région Ile-De-France
Architecte : Ferrier Marchetti Studio
Aménagements intérieurs : Saguez & Partners
Livraison : 2017
Certifications / labels :  NF Bâtiments Tertiaires – HQE® Passeport Niveau Exceptionnel ; BREEAM Very Good ;  RT 2012 -30%

Influence 2.0, Victor Hugo

Investisseur : BNP PARIBAS REIM
Utilisateur : Siège Région Ile-De-France
Architecte : Ferrier Marchetti Studio
Aménagements intérieurs : Saguez & Partners, Denu & Paradon Architecture pour le socle et hémicycle
Livraison : 201
Certifications / labels :  NF Bâtiments Tertiaires – Démarche HQE® Passeport Niveau Excellent ; BREEAM Very Good ; RT 2012 -40%

Texte : Maryse Quinton
Photos : Karolina Samborska, Arnaud Schelstraete et Luc Boegly
Visuel à la une : Influence 2.0, Victor Hugo

— retrouvez la réalisation sur le siège du Conseil régional d’Île-de-France par Ferrier Marchetti Studio, dans Archistorm 114 daté mai – juin 2022