TRIBUNE LIBRE | L’ARCHÉOLOGIE DU FUTUR PAR TSUYOSHI TANE, ATELIER TSUYOSHI TANE ARCHITECTS

TRIBUNE LIBRE | ARCHITECTURE

L’ARCHÉOLOGIE DU FUTUR
TSUYOSHI TANE
ATELIER TSUYOSHI TANE ARCHITECTS

Nous oublierons un jour. Ou peut-être créons-nous le futur en oubliant le passé. Nous avons tendance à valoriser la nouveauté dans le futur aux dépens de l’ancien, de ce qui nous vient du passé. Nous pensions que c’était un mode de vie, un progrès de l’humanité moderne, un modèle à suivre. Nous avons cru que nous avancions et continuions à nous développer vers l’avenir en créant sans cesse de la nouveauté. Puis la nouveauté produit la nouvelle nouveauté suivante, et la nouvelle nouveauté fait de la nouvelle nouveauté une nouvelle …

Imaginé par Tsuyoshi Tane, le nouvel espace d’exposition de la Collection Al Thani s’inspire
de la mémoire et de l’abondante ornementation des intérieurs de l’hôtel de la Marine

Mais aujourd’hui, nous avons trop perdu. Beaucoup trop. Notre histoire a perdu son authenticité dans l’uniformisation, la culture est devenue un ensemble de divertissements, l’art est devenu un outil publicitaire, la sagesse s’amalgame au populisme de masse en attendant d’être consommée et oubliée aussi vite. Dans le processus d’accélération du développement moderne (mondial ?) dans une quête de divertissements, tôt ou tard, nous oublierions tout. Mais notre avenir ? L’avons-nous déjà perdu ou vivons-nous dans un présent perdu ?

En tant qu’architecte, je considère l’architecture comme un outil de création du futur. Je commence toujours à travailler comme un archéologue. Je creuse dans les souvenirs du passé, mon esprit tourné vers le futur. Je fouille la mémoire du lieu à la recherche de ce qui a été oublié ou effacé. Je crois que la mémoire permet la continuité du passé vers le futur.

À partir d’une méthode basée sur la recherche, la « recherche archéologique », je cherche à tracer mes concepts à partir de l’histoire, de la mémoire des lieux. Je définis ma méthodologie comme « l’archéologie du futur ». J’aspire à créer une architecture que personne n’a encore jamais vue ni expérimentée ou imaginée. Pas une architecture de la nouveauté, non, pas futuriste non plus, mais une architecture qui émane de la mémoire du lieu : la mémoire n’appartient pas au passé, au contraire, elle est le moteur créatif même du futur. J’adopte une approche de réflexion totalement comparable à l’archéologie et aux travaux de fouille lorsque je suis à la recherche d’un concept architectural. Je commence par collecter des traces fragmentées des différentes époques, puis j’explore les plus significatives, enfin, je réfléchis aux formes par lesquelles je pourrais les transmettre. Je pense que la puissance de l’architecture est démontrée lorsque la force des sentiments et des rêves prend vie. Le pouvoir de croire, de célébrer et de transcender renforce la mémoire du lieu. L’architecture est un moyen de transmettre la mémoire aux générations futures, nous devons donc réfléchir aux façons de relier le passé au présent. Mon approche, échappant à toute forme de catégorisation par échelle ou typologie, expose l’essence cachée de chaque projet. Lors de la conception du Musée national estonien, par exemple, l’idée a été extraite de l’utilisation de la base aérienne militaire désaffectée adjacente au site originel du concours, telle une « ruine » physiquement présente d’une histoire douloureuse. Pour le Nouveau stade national du Japon, Kofun Stadium, je me suis inspiré des kofun, ces anciens tumulus funéraires japonais. Pour les 400 m2 de l’espace muséal consacré à la collection Al Thani, au sein de l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, je me suis replongé dans l’histoire des murs et ai travaillé l’espace comme un véritable coffre au trésor, avec la soif de mettre en valeur trésors et objets du monde entier.

Le Musée national estonien, situé à Tartu en Estonie, ouvert en 2016 et conçu par les architectes
Dan Dorell, Lina Ghotmeh et Tsuyoshi Tane (DGT, Paris) © Propapanda / image courtesy DGT

L’exploration et la recherche amènent toujours des surprises, des découvertes inattendues. Revenir à ce qui a été oublié ou perdu. Je considère que l’architecture du futur est dans la mémoire des lieux, c’est pourquoi je définis mon architecture comme « l’archéologie du futur ».

Visuel à la une Le nouveau stade national du Japon, le Kofun Stadium, à Tokyo / Image courtesy DGT.

Retrouvez la tribune libre d’architecture de Tsuyoshi Tane, Atelier Tsuyoshi Tane Architects sur l’archéologie du futur dans le daté mars – avril 2021 d’Archistorm