ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR I VIVE LA VIE ! MICHAËL MALAPERT, MAISON MALAPERT

ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR

VIVE LA VIE ! MICHAËL MALAPERT, MAISON MALAPERT

Ce qui le passionne ? Créer des lieux de vie uniques, là où la ville palpite.
Un univers ? L’espace du partage.
Ses projets ? Nombreux, en hôtellerie ; mais aussi des boutiques pour les métiers de bouche, des restaurants, la création d’objets, et pas seulement.

La quarantaine à peine dépassée, arrive la maturité, laquelle, pour un architecte d’intérieur accompli, rime avec gros projets, multiplication des références, affirmation du discours, aisance créative ! Michaël Malapert coche toutes les cases. Il se différentie par son phrasé efficace, de la joie dans la voix, de la spontanéité.

Dans son enfance, son père architecte à Lyon le sensibilisera à l’espace, au métier. Sa mère, œuvrant dans le domaine des médecines douces, incarnant une certaine idée du bien-être et attentive au positionnement du corps dans l’espace, l’influencera.
Son intégration à l’École supérieure d’Art du Design de Saint-Étienne marquera le début de sa trajectoire. Il y recevra une formation de designer.
Puis, il entrera chez Philippe Starck, en stage. Rapidement, il y sera, en quelque sorte, happé par l’architecture d’intérieur sous la gouverne d’Imaad Rahmouni, alors collaborateur de Philippe Starck, et comme enrôlé dans l’aventure des projets « starckiens », pour les frères Pourcel, pour les Guetta. Les voyages nourriront son imaginaire débutant : Bangkok, Londres, Marrakech.
Dès lors, sensibilisé à l’univers de la restauration, aux lieux de partage foisonnant de vie, il se lancera. Bars, restaurants constitueront ses premiers projets en solo. Le développement de la « food » sur le marché accompagnera son style émergeant. Il suivra au fil de ses projets le renouvellement de la gastronomie parisienne, dans un style moins guindé et plus expérientiel, mettant en avant les techniques de préparation.

chambre de l’hôtel Chouchou, Paris 9e © Nicolas Anetson

Dès lors, dans les restaurants, les frontières physiques avec la cuisine s’estompent, et de nouveaux codes conviviaux apparaissent. Touristes et locaux se mélangent. Les restaurants des hôtels sont valorisés.

À l’hôtel Chouchou, dans le 9e arrondissement de Paris, qui a ouvert ses portes entre les deux confinements, l’expérience est démultipliée. En sus de l’hôtellerie et de la restauration, des bassins sont louables à l’heure, un studio de photo Harcourt est mis à disposition, des espaces de coworking décuplent la valeur d’usage, le tout renforce l’unicité de l’endroit. Comme il est devenu coutume dans les aménagements d’hôtel aujourd’hui, les concepteurs rivalisent d’ingéniosité pour en faire des lieux de vie bien au-delà de l’accueil séjour, de la simple conciergerie. L’architecte d’intérieur est chargé de personnifier ces intentions, de les rendre vivantes et attractives. Le lieu devient un espace d’expériences, consommable.
Au-delà de sa vocation première d’hôtel où l’on dort, Chouchou a ses food stands comme au marché. À La Grande Bouffe, sous le store frenchy rouge et blanc, scénographiés, pendent saucissons et jambons, sont vendus fromages et bouteilles de vin. La Mer à boire vous enveloppe de ses bleus déclinés pour mieux vous immerger dans la dégustation des fruits de mer. Dès l’entrée de la guinguette, sous verrière, avec son comptoir en zinc et ses sièges d’inspiration Thonet, on devine que les tables seront poussées pour laisser place à la danse… « La tradition française est ancrée. Elle est liée à un artisanat riche en histoire. Nous avons des racines. Ce socle historique et de savoir-faire peut être revisité », souligne avec simplicité Michaël Malapert.
Parisien ? Harassé ? Dès la réouverture du Chouchou, à la levée des mesures anti-covid, immergé dans son ambiance festive, vous pourrez facilement vous y ressourcer. Que ce soit pour les touristes ou les habitants de la capitale, même les chambres font se sentir en vacances : ambiances tantôt féminines, tantôt masculines ; bleus profonds ou rose thé ; baignoires façon tub à l’ancienne ; phono pour « aristo-chats » ; chambre noire « Gainsbar » avec son piano ; chambre plutôt marine avec mi-ciel de lit à baldaquin, mi-ferronnerie, mi-guirlande lumineuse pour les bals… L’imaginaire casse toute barrière stylistique, temporelle, pour un résultat ludique et harmonieux.

La seconde boutique de Cédric Grolet, dans le quartier Opéra à Paris © Pierre Monetta

Nous comprenons alors ce que Michaël Malapert lui-même souligne : « J’aime la démarche de Jean Nouvel qui raconte une histoire, crée une identité pour chaque projet, un univers cohérent. » L’influence du maître a été prolifique, car, des histoires, il ne cesse lui-même de nous en raconter.
Citons pour exemple son aventure avec Cédric Grolet, qualifié de prodige de la pâtisserie, chef pâtissier de l’hôtel Meurice. Cédric Grolet voulait rendre accessibles à tous les publics ses gâteaux et ses baguettes. Après sa boutique ouverte dans le cadre de l’hôtel Meurice et dont le design est signé Ciguë, l’architecture d’intérieur de sa seconde boutique à Opéra a été confiée à Michaël Malapert. Ici, la pâtisserie, esthétique, devient l’objet à mettre en scène au-delà de sa forme. Pour ce faire, une grande vitrine est aménagée. Elle absorbe une partie du laboratoire remonté du sous-sol. La frontière entre cuisine et vente tombe résolument. Deux comptoirs — l’un de croûte de pierre réservé à la boulangerie, l’autre de pierre marbrée, lisse, blanche, pour la pâtisserie — sont chacun équipés de fours.
Cédric Grolet propose de l’ultra-fraîcheur. Que tout le monde puisse voir le processus de fabrication en est la meilleure preuve. Mais ce n’est pas fini, car si le rez-de-chaussée est ouvert à la découverte de la fabrication, le premier étage comprend salon de thé et bar, où là, on assiste au dressage. De quoi faire naître bon nombre de vocations ! Au plafond, pour s’abandonner à la dégustation, pour lâcher prise et flâner un peu, un « paper » de fleurs créé par l’artiste Mathilde Nivet invite à la rêverie. L’espace est volontairement peu marqué, et tend vers l’idée de pureté.

L’aménagement intérieur de l’architecture de Jean-Michel Wilmotte à la Station F © Nicolas Anetson

« En architecture, j’apprécie l’école américaine, Richard Neutra, l’architecture californienne connectée à la nature, qui estompe la frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Cette idée est intéressante », dit encore Michaël Malapert.
Des barrières, il a fallu aussi et certainement en faire tomber lorsque lui a été confié l’aménagement intérieur de l’architecture de Jean-Michel Wilmotte à la Station F, et pour réinvestir ce lieu créé par l’une des seules icônes de l’architecture française née de l’univers intérieur, justement.
Là encore, il s’agissait de réinsuffler de la vie, à l’échelle du corps, dans un espace dénudé. Pour y parvenir, il est allé explorer le secteur et l’énergie des start-up, pour en extraire un style « kiff & graff », où se mélangent les allusions futuristes aux new tech, à la BD, au collectif.

Texte Anne-Charlotte Depondt
Visuel à la une Food stand La Grande Bouffe de l’hôtel Chouchou, Paris 9e © Nicolas Anetson

Retrouvez la rubrique Architecture d’intérieur : Vive la vie ! Michaël Malapert, Maison Malapert dans archistorm daté mai-juin 2021