ARCHITECTURES DES SPORTS D’HIVER : UNE EPOPEE MODERNE

PATRIMOINE

ARCHITECTURES DES SPORTS D’HIVER : UNE EPOPEE MODERNE

Le réchauffement climatique devrait, d’ici quelques décennies, rendre impossible la pratique des sports d’hiver en-deçà d’une certaine altitude, imposant ainsi à nombre de stations et d’installations une reconversion dans des activités sans ski – 168 ont déjà définitivement cessé leur activité en France. De Megève aux Arcs en passant par Flaine, les architectures des sports d’hiver doivent à ce titre être vues comme les expressions d’un optimisme moderne qu’il faut désormais reconsidérer, tout en prenant acte des enjeux patrimoniaux qu’il sous-tend.

Bernard Taillefer, Charlotte Perriand, Jean-Pierre Mercier, Hôtel du Golf à
Arc 1800, 1970-1974, façade est. © Éric Dessert/Région AURA, Inventaire général

En France, l’histoire des stations commence de manière plutôt aristocratique, au début des années 1920 : pour concurrencer les stations autrichiennes ou suisses alors très en vogue, comme Saint-Moritz, c’est la baronne Noémie de Rothschild qui crée à Megève une nouvelle station de sports d’hiver. Un jeune architecte originaire de Nantes, Henry Jacques Le Même, s’y installe en 1925 et, trois mois après son arrivée, reçoit la commande du chalet de la baronne, puis de celui de la princesse Angèle de Bourbon. Comme la plupart des nombreux clients qui feront appel à lui, l’une et l’autre désirent à la fois une « ferme du pays » et tout le confort d’une résidence moderne. De ces contraintes, Le Même crée un type qu’il nomme « chalet du skieur » ; il en étudiera près de 200 à Megève. Toitures à deux pentes avec souche de cheminée sortant du faîtage, organisation verticale des façades en trois couches (pierre, enduit, bois), unité volumétrique, larges ouvertures sur le paysage, couleurs vives pour les volets et les poutres, menuiseries personnalisées : telles sont les caractères apparents du chalet type, que l’architecte installe sur un socle afin de gérer sa relation avec la pente. Adapté au mode de vie du commanditaire, chaque projet donne lieu à une série d’ajustements, avec un luxe de détail qui est la marque de fabrique de cet ancien collaborateur d’Émile-Jacques Ruhlmann.

Charlotte Perriand, Gaston Regairaz/AAM, urbanistes, le site d’Arc 1600 depuis le sud-ouest. © Christian Marco

Depuis une dizaine d’années, la recherche sur les architectures des sports d’hiver a considérablement progressé et, après deux ouvrages consacrés à Le Même en 1988 et 1999, une première publication de synthèse, issue du travail d’inventaire dans l’ex-région Rhône-Alpes, est parue en 2012. L’architecte et historien Jean-François Lyon-Caen y distingue six périodes : le temps des pionniers du ski (1877-1933), suivi par les années d’invention de la remontée mécanique et du ski de piste (1933-1945) ; après-guerre vient le temps du développement de stations déterminées par le domaine skiable (1945-1960), celui de la station intégrée (1960-1977), puis du village retrouvé (1977-1995), enfin celui, plus incertain, de stations considérées comme support d’une industrie touristique puissante mais confrontée à des questions tout à la fois sociétales, patrimoniales et environnementales. (…)

Texte : Simon Texier
Visuel à la une : Charlotte Perriand, Gaston Regairaz, conception architecturale, résidence La Cascade, Arc 1600, 1967-1969. © Pernette Perriand-Barsac/AChP

Découvrez l’intégralité de l’article sur l’architecture des sports d’hivers au sein d’Archistorm 101