AUBERGE DE JEUNESSE, CAHORS

RÉALISATION

ANTONIO VIRGA

 

Bientôt les vacances ! Direction Cahors, où, sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, il n’en coûte qu’une poignée d’euros pour dormir dans la nouvelle auberge de jeunesse conçue par Antonio Virga. L’édifice, implanté entre le Lot et la voie ferrée, propose l’un des plus beaux points de vue de la ville. Élémentaire et rudimentaire.

 

Certaines situations urbaines sont si fortes qu’il convient d’abandonner ses vanités. À contrarier les équilibres, et à trop forcer son originalité, l’architecte perdrait sa justesse et sa raison d’être. De la pleine acceptation des enjeux et des contraintes d’un territoire, naissent parfois les plus beaux et, paradoxalement, les plus radicaux des bâtiments. Bref, il suffit souvent de se laisser porter par le contexte et se laisser guider par les évidences de projet qui en découlent naturellement : « Le bâtiment de l’auberge de jeunesse de Cahors est très lisible et peut se résumer facilement, dit Antonio Virga. Il est inutile d’en dire beaucoup. Il n’y a qu’à regarder. » Et l’architecte au suave accent milanais d’écarter les discours superfétatoires : « J’affectionne les immeubles qui racontent ce qu’ils sont. Je crois que l’on peut apprécier une architecture sans explication. On l’aime. Ou on ne l’aime pas. »

 

 

Si Cahors n’a pas les attraits touristiques de certaines de ses voisines du Lot dont il est le chef-lieu, l’étonnant pont Valentré vaut à lui seul le voyage. Et c’est à moins de soixante mètres de cet ouvrage d’art fortifié du XIVe siècle, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, que la communauté d’agglomération du Grand Cahors a programmé son auberge de jeunesse de 94 lits. Un choix inspiré, grâce auquel Antonio Virga n’avait plus qu’à s’en remettre aux logiques contextuelles et à penser entièrement sa composition en fonction du monument historique, sans rien lâcher de son objectif.

 

Plutôt que de disposer les 38 chambres sur le pourtour du bâtiment et de discriminer leur valeur selon leur point de vue, le concepteur les a toutes orientées vers l’intérieur de la parcelle. Les circulations distributives en boucle ainsi rejetées en périphérie sont dotées de vastes baies vitrées avec panorama sur le pont et le causse quasi vierge d’habitations. Cette inversion typologique « démocratique », en vertu de laquelle l’accès au paysage n’est proposé que dans les parties communes, a également permis de dessiner des enveloppes épurées – non criblées par des dizaines de fenêtres de chambres – qui confèrent à l’immeuble un véritable statut d’équipement.

 

Tout en haut, le cinquième niveau est sans doute le meilleur révélateur de la prépondérance du pont Valentré dans le projet. L’architecte a aménagé une terrasse en bois de 180 m2, où, grâce un décaissement partiel du sol, le garde-corps ne constitue pas un obstacle visuel aux vues panoramiques, même lorsque l’observateur se trouve en position assise. Le réfectoire, où sont servis les petits-déjeuners, présente un plan désaxé, en retrait des plans de façade. Objectif : pointer droit vers le monument, tout en diminuant l’échelle perçue du bâtiment.

 

 

Fiche technique 

Maître d’ouvrage :
Grand Cahors

Maître d’œuvre :
Antonio Virga Architecte (Antonio Di Bacco et Miguel Allen, chefs de projet)

BET :
Cap Ingelec (structure, fluides, conseil environnement), General acoustics (acoustique)

Bureau de contrôle :
Veritas

Surface :
2 764 m2

Coût :
3,6 M € H.T

 

 

Texte : Tristan Cuisinier

Visuel : © Luc Boegly

 

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