CNEAI : Quand la machine génère un programme architectural foisonnant

AR(T)CHITECTURE

DECRYPTAGE

 

Depuis quelques mois, Pantin attire commissaires, artistes et amateurs de création contemporaine. Après la galerie Thaddaeus Ropac, la Fondation Fiminco et son projet de résidences, le CNEAI vient d’inaugurer son nouvel espace au sein des bureaux de l’agence de communication BETC qui a investi l’immense bâtisse des Magasins Généraux. Ainsi délaisse-t-il la maison flottante de Chatou pour le canal de l’Ourcq. La programmation du centre national d’art contemporain dédié à la recherche ne pouvait trouver meilleur écrin que cette réhabilitation réussie de l’architecte Frédéric Jung. Pour accompagner ce déménagement, signe d’une nouvelle envergure, la directrice Sylvie Boulanger a consacré l’exposition inaugurale à Alison Knowles (née en 1933) pour son projet The House of Dust réalisé à New York puis en Californie en 1970.

Cette artiste américaine largement méconnue en France, comme l’est d’ailleurs le mouvement Fluxus auquel elle a appartenu, a entrepris de détourner un logiciel pour générer un poème, à partir de plusieurs données d’entrée (indication de matériaux, de sites, de luminosité, des informations sur le type d’habitants). Chaque quatrain à l’origine d’un programme architectural commence par « Une maison en… ». Réalisé en 1967, ce travail pressent la force dominatrice de la machine que l’artiste tente d’infléchir par la production de ces formes pour le moins hasardeuses. Pour l’une des commissaires avec Sébastien Pluot, Maud Jacquin, elle « crée une maison pour habiter le texte » et augure une nouvelle voie à la poésie concrète et aux œuvres à partitions. Alison Knwoles collabore pour l’occasion avec le Laboratoire du Polytechnic Institute de Brooklyn qui possède des ordinateurs suffisamment puissants pour produire les 84 672 permutations possibles. Une imprimante d’époque déroule dans l’exposition du CNEAI le flot ininterrompu des quatrains générés de manière aléatoire et en temps réel sur le même principe qu’autrefois. C’est alors que surgissent les visions improbables de ces « architectures de papier », à activer ou pas. En 1969, Alison Knwoles réalise deux maisons en fibre de verre à partir du quatrain suivant :

A HOUSE OF PLASTIC
IN A METROPOLIS
USING NATURAL LIGHT
INHABITED BY PEOPLE FORM ALL WALKS OF LIFE.

Ces poèmes-partitions se prêtent assez naturellement à la réitération que les commissaires ont souhaitée dans le cadre de l’exposition du CNEAI. Mais qu’en est-il de cette communauté que l’architecture The House of Dust était censée abriter ? Plus qu’une architecture, Alison Knowles l’envisage dans les années 60 comme une plateforme de rencontres, d’échanges qui génèrent des réponses multiples. S’y retrouvent notamment Allan Kaprow, Emmett Williams, Nam June Paik, Matt Mullican… Un creuset où viennent se mélanger toutes les formes – artistiques ou pas –, pensées collectivement ou individuellement. Or quelle meilleure structure que le CNEAI, tourné vers les formes collaboratives, expérimentales, avec des productions aux frontières de l’art depuis vingt ans, pouvait faire revivre cet esprit ?

Vue générale, House of Dust © Nicolas Giraud

Texte : Alexandra Fau
Visuel à la une : Yona Friedman, House of Dust © Nicolas Giraud

THE HOUSE OF DUST BY ALISON KNOWLES
Commissaires : Sylvie Boulanger, Maud Jacquin et Sébastien Pluot.
Avec : A Constructed World, Bona-Lemercier & Christelle Chalumeaux, Dieudonné Cartier, Jagna Ciuchta, Tyler Coburn, Yona Friedman, Mark Geffriaud, Ramiro Guerreiro, Jeff Guess, Peter Jellitsch, Alison Knowles, Katarzyna Krakowiak, Kengo Kuma, Lou-Maria Le Brusq, Stéphane Magnin, Aurélie Pétrel, Joshua Schwebel, Daniela Silvestrin et Francisco Tropa

CNEAI 1, RUE DE L’ANCIEN CANAL, 93500 PANTIN

jusqu’au 24 novembre 2017

 

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