Tribune : L’ARCHITECTURE AU SERVICE DE L’HUMAIN. Exprimer la vie par la matière – Brigitte Métra

Architecte et Urbaniste, Brigitte Métra crée sa propre agence  » Métra et Associés » en 2003. Elle propose une architecture ouverte sur la ville, qui exprime la vie et ses rythmes et introduit la nature comme un matériaux de choix. Grâce à sa grande expérience des salles et équipements dédiés à la musique et au théâtre, son agence, composée d’une quinzaine de personnes, possède un véritable savoir-faire en matière de programmes culturels originaux complexes, multifonctionnels et techniques.

Brigitte Métra a été promue Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur en 2013
Elle est membre du comité d’administration de l’Académie d’Architecture de l’AFEX.

 

Philharmonie de Paris Salle de concert, AJN et Métra+Associés © Christian Braekman

 

L’architecture et la nature des villes sont le miroir d’une culture, d’une époque et d’une société. La matière et l’architecture parlent. (…)
Que ce soit les espaces de bureaux développés autour d’un grand jardin et occupés aujourd’hui par le ministère de l’Intérieur, où Bernard Cazeneuve, l’actuel ministre, nous a fait un très grand compliment en disant « on sent que ce bâtiment a une âme » ; que ce soit une salle de concert imaginée comme un nouveau type d’instrument où tout est pensé, conçu uniquement pour le plaisir de la musique, des chefs d’orchestre, musiciens et du public, et qui soit finalement plébiscitée comme une des meilleures salles du monde… (…)
Une des clés est que nous essayons toujours de mettre l’humain au cœur de la conception et de l’exécution de nos projets.

Aujourd’hui se pose la question des conditions de fabrication de l’architecture et des chances qu’elle a d’être de qualité, et donc d’apporter ce qu’elle doit à ceux qui vont l’habiter, y travailler et la côtoyer dans la ville. (…)
L’architecte, défenseur de la qualité autant que du respect du planning et des coûts, fait la synthèse entre des paramètres qui semblent ne plus intéresser la société. Pourtant son rôle est central. La valeur de l’architecte est précieuse. Il est celui qui connaît le mieux le rapport entre la qualité des usages recherchée et l’économie d’un projet. Les architectes ont des idées. Ils sont formés pour cela, dont notre société en mutation a le plus besoin aujourd’hui.
Sous prétexte de crise économique, ne sommes-nous pas, nous acteurs de la construction, en train de constituer un héritage critiquable ?

Paris 20 – Angle Pyrénées – Métra+Associés
© Philippe Ruault

(…) Nous savons tous que la complexité et l’empilement des normes, la lourdeur des circuits administratifs, la pression toujours grandissante des aspects financiers, la multiplicité des acteurs, la mise à l’écart des architectes, rémunérés environ la moitié d’il y a dix ans et souvent dépossédés de leurs projets, rendent la qualité toujours plus difficile à atteindre. (…)
Qualité réelle et prix élevé ne sont pas obligatoirement liés. Nous devons réfléchir ensemble pour concevoir et réaliser en France des bâtiments de meilleure qualité architecturale et constructive, moins chers dans une économie saine pour tous les acteurs.
Cela est possible si tous les acteurs de la construction se regroupent pour mettre en commun leurs savoir-faire, avec des intérêts partagés, transparents et bien compris.
Paris ville centre est unanimement célébrée pour ses grandes qualités.
Les générations futures seront-elles heureuses de vivre dans le Grand Paris que nous leur construisons ? (…)
À l’heure où la pression économique pèse sur les finances publiques, ne pourrait-on pas inventer de nouveaux modes opératoires qui puissent procurer un toit à ceux qui basculent dans la précarité et habitent nos trottoirs ? (…)

Ce constat sur l’état d’une partie de l’architecture et de la construction est partagé. Une prise de conscience collective est en train de naître. Il est temps d’agir. Nous proposons de :
– Repositionner l’humain au cœur de l’architecture et de l’urbanisme.
– Faire se rejoindre espace public et espace privé.
– Réaliser des économies de moyens et de dépenses globales, en simplifiant les procédures et modes opératoires, « faire plus avec moins ».
– Pratiquer la transparence sur les coûts, sur la base d’une économie saine et des valeurs partagées.
– Réaliser des montages collaboratifs qui associent réellement toutes les parties prenantes.
Pour une révolution douce, une rénovation humaine de la ville.

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