Le royal Hainaut, Spa & resort hôtel

Le royal Hainaut, Spa & resort hôtel

 

MAES Architectes Urbanistes

 

L’Hôpital Général de la Charité, aussi appelé Hôpital du Hainaut, ouvre ses portes en 1767 sous le règne de Louis XV. C’est en 2013 que sa réhabilitation par MAES Architectes Urbanistes débute. Tout l’enjeu réside alors dans la modernisation de ce bâti, dans le respect des lieux et de leur histoire. Pari gagné pour l’agence, qui livre, après près de dix ans de travaux et 52 000 m2 de surface rénovée, un complexe hôtelier de luxe, véritable joyau au cœur de l’agglomération valenciennoise.

Frédérique Renaudie : C’est une opération qui se termine avec la livraison de l’hôtel, dernier élément de programme d’un ensemble bâti incroyable : quel regard portez-vous sur le chemin accompli durant plus de dix ans ?

Hubert Maes : Dans la suite du concours mené principalement par moi-même et Luc Windels, j’ai pu participer dès les avant-projets en 2011 aux côtés de Xavier Lucas, dirigeant de la Financière Vauban. Ces études ont été particulièrement passionnantes, car le diagnostic patrimonial nous a permis de travailler avec des historiens parisiens qui nous ont introduits à la vie passionnante de cet hôpital du XVIIIe siècle.

 

 

Les principes de l’architecture hospitalière du XVIIIe siècle sont marqués par le fameux édit royal de Louis XV. Signé en 1750, il vise à enrayer la progression de la mendicité sur le royaume. S’ensuit la création de cet « hôpital civil », qui réunit toutes les maisons de charité de religion catholique du Valenciennois… d’où la présence des religieuses dans cette activité hospitalière jusque dans les années 1960. Le principe du plan hospitalier sépare dans chaque aile d’hébergement les femmes et les jeunes filles des hommes, et des garçons… un réel cloisonnement est ainsi créé par genres, mais aussi par catégories plus larges, généralement marginalisées (vieillards, fous, filles de joie, mendiants…). Il a été particulièrement intéressant, lors de cette étude, de chercher des solutions techniques pour limiter les percements, les démolitions, ou les modifications structurelles qui nous auraient trop éloignés du bâtiment d’origine. Architecte en chef des monuments historiques, ingénieur, thermicien, acousticien, bureaux de contrôle… un réel travail collaboratif a été mis en place en ce sens. Enfin, le « clou » de cette étude a été d’user de techniques innovantes, comme la structure de la charpente qui a permis de restituer les 11 000 m² de toiture d’origine, dégradée depuis les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Cette structure gigantesque devait permettre de créer les surfaces de logements supplémentaires.

 

 

La création d’une piscine sous le niveau des fondations du XVIIIe siècle a également constitué un véritable défi. Il a en effet fallu réaliser des sondages au droit de pilastre pour comprendre les logiques structurelles de cette époque, l’eau étant rapidement présente lorsque l’on creuse dans les sols de Valenciennes. De véritables autoroutes de gaines et de câbles ont également dû être réalisées sous les niveaux bas afin de moderniser le bâtiment. Administrativement, le projet s’est également révélé compliqué : bien que la DRAC de la région Nord ait été très ouverte et prête à débattre pour accepter cette construction neuve, les instances parisiennes des inspecteurs du ministère de la Culture soutenaient que l’intégrité de la lecture de l’édifice était perturbée par ce bâtiment contemporain. Nous avons dû débattre, perspectives, croquis et maquettes à l’appui, afin d’obtenir une autorisation et démontrer que le choix de verre cristallin au droit de la façade et de la toiture, ainsi que la finesse structurelle de la charpente métallique, permettaient le maintien de la lecture de l’ancienne cour de l’édifice… Ces échanges avec les personnalités du ministère sont une étape constituante de ce projet, tout comme les recherches d’optimisation de l’exploitation des surfaces à conserver ou à créer pour satisfaire le client.

Les surprises structurelles lors de ce chantier ont également été nombreuses : nous avons découvert des dégradations intérieures insoupçonnées, dues à des bombes incendiaires durant la dernière guerre, nous obligeant ainsi à reconstituer des parties structurelles de l’édifice pour éviter les risques d’effondrement. La flèche de la chapelle était également dans un état alarmant, menaçant de s’effondrer à tout instant. Mais ce chantier a également été l’occasion de découvertes somptueuses : nous avons mis au jour les peintures d’origine des parois de la chapelle, jusqu’alors dissimulées sous des couches de peintures plus récentes. Par ailleurs, cette découverte nous a permis d’obtenir une subvention spéciale auprès de la DRAC de Lille.

 

 

F. R. : À l’origine, il y a le souhait de Jean-Louis Borloo de rendre à la ville ce bâtiment et d’offrir à Valenciennes l’hôtel très haut de gamme qui lui manquait. Très vite, vous devenez l’architecte en charge des trois éléments constituant le programme : quelles ont été les étapes de votre désignation, et comment l’équipe s’est-elle montée ?

H. M. : Cet édifice vieillissant perdait son intérêt en termes d’usage : son occupation étant partielle, le coût des charges du maintien du patrimoine était colossal pour le propriétaire d’alors, le centre hospitalier de Valenciennes. Le tribunal de grande instance de la ville s’est alors montré intéressé par la surface rendue disponible, et envisageait d’y transférer ses locaux. Mais le coût de l’opération fut finalement dissuasif. C’est bien la certitude de Jean-Louis Borloo de voir arriver un équipement hôtelier de qualité dans Valenciennes qui a guidé le centre hospitalier Valenciennes nous a sollicités auprès de trois équipes d’appel à projet. Xavier Lucas s’est alors approché de nous dans le but de constituer une équipe : notre projet a finalement fait l’unanimité. Sa particularité résidait dans une architecture tout en transparence, accordant une grande importance scénographique à l’entrée de l’hôtel. Le parti pris d’externaliser le parking afin de libérer la cour centrale de l’édifice fut également décisif dans notre sélection. La DRAC a particulièrement apprécié ce point, qui permettait de conserver l’originalité du bâtiment. D’autant que nous avions pris le parti de réaliser un lobby totalement transparent, à l’architecture contemporaine constituée d’un niveau enterré centralisant tous les équipements techniques (cuisines, SPA…). Cet ensemble a été présenté auprès des instances du ministère de la Culture comme étant une construction réversible : nous pouvions restituer demain le bâtiment d’origine en abandonnant cette construction nouvelle s’accolant à l’édifice, sans en modifier la structure.

 

Texte : Frédérique Renaudie

Crédits photos : Hôtel du Hainaut

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans le numéro 100 du magazine Archistorm, disponible en kiosque.