UNE SIMPLICITÉ ABSOLUE

Texte : Carol Maillard
Photos : Sergio Grazia

MAISON DES SCIENCES DE L’HOMME À PARIS

François Chatillon Architecte ACMH
et Michel Rémon & Associés

Restaurer et valoriser un édifice patrimonial du XXe siècle implique un savoir-faire particulier et un respect total de l’œuvre, dans une optique d’évolution spatiale et fonctionnelle adaptée aux usages à venir. C’est dans cet état d’esprit que les architectes François Chatillon et Michel Rémon ont mené à bien cette restructuration pointue très réussie.

Cet ouvrage, tout de verre et de métal, offre un contrepoint moderne au bâti haussmannien alentour en pierre.

Édifiée entre 1965 et 1969, par les architectes Marcel Lods, Paul Depondt et Henri Beauclair, la Maison des Sciences de l’Homme fait figure d’immeuble pionnier de l’architecture moderne du xxsiècle. Implanté à l’angle du boulevard Raspail et de la rue du Cherche-Midi, en plein VIe arrondissement de Paris, ce bâtiment atypique est bien repérable dans le tissu urbain haussmannien environnant dominé par la pierre. L’ensemble comporte deux bâtiments, le premier de neuf étages ouvrant sur le boulevard et le second de quatre étages donnant sur la rue : ces deux ouvrages étant reliés par un édifice passerelle pourvu de quatre étages.

« La chance de ce projet est de conserver des utilisateurs “historiques” sur place et de leur offrir les conditions et normes actuelles de confort dans un lieu institutionnel pour les Parisiens, enfin restauré. »

Si dès l’origine du projet, cet immeuble abritait la Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme (FMSH) et l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), ces deux entités sont désormais complétées par l’arrivée de l’École Pratique des Hautes Études (EPHE). Restructuré par l’agence François Chatillon Architecte (mandataire) associée à l’atelier d’architecture Michel Rémon & Associés, cet ensemble précurseur a été bâti selon plusieurs techniques innovantes. Le système constructif mis en œuvre se compose d’une structure mixte associant des poteaux et poutres métalliques à des planchers en béton précontraint, ces derniers provenant du procédé de dalle précontrainte Wilenko, du nom de l’ingénieur qui l’a inventé. La spécificité de ce système rationnel a trait à la finesse des planchers permettant de monter neuf niveaux dans un gabarit limité à trente mètres de haut.

En cœur d’îlot, les façades arrière entièrement vitrées des trois édifices sont rythmées par la structure métallique apparente

Une restitution fidèle

L’autre particularité technique porte sur les façades en mur-rideau qui, assemblant des complexes de châssis en acier et double vitrage – mesurant 1,25 m de large (trame de base) et 2,50 m de haut –, participent à l’unité globale des diverses façades, où la transparence est omniprésente. Si le bâtiment principal et la passerelle comptent 1 032 modules, le bâtiment secondaire en affiche 228. Ces façades sont dotées de volets extérieurs en aluminium perforé, mobiles et manœuvrables depuis l’intérieur, à l’aide de manivelles servant à réguler l’apport de lumière naturelle. Ces complexes vitrés, accompagnés de ces volets repliés et de l’ossature apparente des poteaux en acier, apportent de l’épaisseur au bâtiment et expriment avec élégance l’architecture caractéristique de ce type d’édifice contemporain.

« Dans cette architecture forte des années 1960-70, d’une simplicité absolue, tout se tient. Notre fierté a été de redonner à voir cette architecture qui fait sens. »

Or, cette façade, dénuée d’ouvrants et reliée à un système de conditionnement d’air formé de caissons d’éjecto-convecteur, fait de cet ouvrage l’un des premiers de la capitale ayant bénéficié d’une ventilation maîtrisée. Concernant la rénovation complexe de cet ensemble remarquable, les architectes ont opté, en collaboration avec l’EPAURIF et la DRAC notamment, pour une restitution fidèle s’appuyant sur des recherches documentaires (archives), des témoignages et des investigations in situ, ayant conduit à l’élaboration de plusieurs études et diagnostics. Comme le remarque l’architecte ACMH François Chatillon, « dans cette architecture forte des années 1960-70, d’une simplicité absolue, tout se tient. Notre fierté a été de redonner à voir cette architecture qui fait sens ».

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d’ouvrage :
EPAURIF/Établissement public d’aménagement
universitaire de la région Île-de-France

Maîtrise d’œuvre :
François Chatillon Architecte, Architecte en chef des Monuments historiques (ACMH), mandataire, Michel Rémon & Associés, Atelier d’architecture, architecte associé

BET TCE : Igrec ingénierie

BET façades : Roux & Associés ingénierie

BET désamiantage façades (jusqu’à l’APD) : Antea Group

Consultants :
Vanessa Frenandez : architecte-chercheure,
Maître assistant ENSA (façades, patrimoine, mobilier) ;
Emmanuelle Gallo : architecte, docteur HDR
(histoire des techniques) ;
Anne-Charlotte Depondt : historienne de l’architecture ;
Richard Palmer Consulting : restauration des bétons ;
Entreprise générale : Eiffage Construction.

Surface SDP existant : 14 765 m²

Surface SDP projet : 16 430 m²

Coût des travaux : 27,2 M € HT

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