Perrot & Richard Architectes

PORTRAIT

Perrot & Richard Architectes

 

Si l’Architecte en chef des monuments historiques (ACMH) Alain-Charles Perrot et l’Architecte du patrimoine Florent Richard collaborent depuis la décennie 2000, l’association officielle de leurs compétences a pris forme en 2010. Depuis, tout en poursuivant des missions de restauration et de valorisation du patrimoine architectural, les deux architectes déploient leur savoir-faire pour mener des projets contemporains d’architecture et d’urbanisme en France et dans le monde.

L’histoire de l’agence Perrot & Richard s’inscrit évidemment dans les pas du parcours d’Alain-Charles Perrot, ACMH actif notamment à Paris, auteur depuis les années 1990 des restaurations de nombreux monuments dont le Grand Palais, l’église Saint-Eustache, le théâtre de l’Odéon, ou encore l’Opéra Garnier. À l’approche de la mise à la retraite de ces fonctions, l’architecte ambitionne de poursuivre ses activités différemment, « en s’associant avec un architecte de la génération du futur qui profiterait de l’expérience de l’agence pour la développer différemment ». Après plusieurs années de collaboration avec Florent Richard – architecte DPLG et diplômé du Centre des hautes études de Chaillot –, chef de l’agence Perrot, les deux hommes s’associent en 2010. Quelques années plus tard, le duo et leurs collaborateurs quittent l’agence de l’Opéra – traditionnellement mise à la disposition de l’architecte en charge de la conservation et de la restauration de l’édifice – pour 300 m2 rue Saint-André-des-Arts. Le choix de cette nouvelle adresse ne doit rien au hasard. Après avoir eu la chance de travailler au quotidien dans une « cocotte-minute de création », A.-C. Perrot souhaite offrir à ses collaborateurs d’œuvrer dans un quartier vivant, joyeux, et empreint de cette atmosphère intellectuelle et artistique.

Si le lieu d’exercice change, l’éthique et les valeurs que les deux hommes ont apprises et développées à travers leurs expériences sur les Monuments historiques perdurent : concevoir et construire des projets et des travaux de haute qualité, avec de très bons savoir-faire, selon une démarche que les architectes comparent à celle de l’industrie du luxe. Si les sujets « purement patrimoniaux » nourrissent toujours leur pratique – comme actuellement la restauration des bâtiments de la Banque de France rue Radziwill à Paris –, l’agence s’ouvre au dessin de projets contemporains articulés à des monuments : la rénovation et l’extension du stade Al-Shaab de Le Corbusier à Bagdad, en association avec Anthony Béchu, débutées en 2014, en sont un exemple. Plus récemment et à une autre échelle, avec le designer Ramy Fischler, la conception du Philantro-Lab dans l’hôtel de la Bûcherie à Paris, « premier incubateur de la Philanthropie », a été imaginée avec la Compagnie de Phalsbourg dans le cadre de la première consultation Réinventer Paris.

L’agence compte aujourd’hui 18 collaborateurs et mêle les compétences d’architectes, d’architectes du patrimoine et d’architectes d’intérieur. D’abord formée à la taille des pierres puis active dans la restauration des sculptures, la cheffe d’agence illustre aussi cette pluralité des parcours. Mais les formations initiales ne jouent pas nécessairement un rôle de premier plan dans le recrutement : « Ce que l’on recherche particulièrement au-delà de savoir concevoir, souligne A.-C. Perrot, c’est l’intelligence de la compréhension d’un projet, c’est savoir s’adapter, acquérir et intégrer les valeurs que nous portons. » La réputation de l’agence offre à ses associés d’être directement sollicités par des postulants au fait des thématiques architecturales qu’ils traitent et de leurs manières de le faire, parmi lesquels une part non négligeable d’architectes étrangers : « Ces opportunités nous assurent que la première partie du recrutement est déjà réussie dans la mesure où il y a adhésion à ce que l’on fait », relève Florent Richard, et cette affiliation préalable explique peut-être la bonne entente entre l’ensemble des collaborateurs.

L’autonomie, la prise d’initiatives et la polyvalence, « nécessaires à tout architecte », sont aussi recherchées. Les deux associés soutiennent une organisation du travail où chaque projet est confié à un architecte qui en a la charge, de l’esquisse au suivi de chantier. Le moyen idéal pour permettre l’appropriation du projet, mais aussi pour garantir une connaissance parfaite des détails de la conception et faire primer la qualité lors du dialogue avec les entreprises de construction pour la mise en œuvre. Pour chaque client, c’est aussi l’assurance de deux interlocuteurs : l’un des associés et le chef de projet. C’est pour l’ensemble de ces raisons qu’A.-C. Perrot et F. Richard souhaitent maintenir cette échelle d’entreprise, leur assurant « de garder une éthique, des objectifs de qualité et des modes de travail et de relation privilégiés avec les clients, les entreprises, et bien sûr les collaborateurs ». Économiquement, c’est aussi le moyen de pouvoir continuer à choisir les projets à mener. Socialement, la taille de la société permet de maintenir une qualité de travail au quotidien : pas de charrettes et des horaires limités offrant par exemple à tous les architectes de profiter de leur adhésion à l’ICOMOS (le conseil international des monuments et des sites) et ses activités, offerte par l’agence.

C’est en appliquant ces principes que les deux associés ont, ces dernières années, fondé deux nouvelles entités en dehors des limites françaises : la première à Fès, proposant des conseils et leurs regards d’experts sur le patrimoine architectural marocain. La seconde sur l’île Maurice, carrefour culturel historique aux confins de l’Afrique australe, l’Asie et l’Australie, colonisée par les Français puis les Anglais, dotée d’un patrimoine naturel et construit de très haute qualité mais fragile, soumis à un marché de la construction en pleine expansion et à la démesure des opérations immobilières. À Maurice, l’équipe comprend une dizaine d’architectes formés aussi bien en Afrique du Sud, en Australie, en Inde qu’en Europe. Elle traite de projets locaux, de programmes variés, mais les compétences en présence offrent aussi d’y développer de nouvelles formes de travail : images 3D, processus BIM ou encore réalité augmentée sont des moyens de conception et de communication des projets qui y ont été testés avant d’être partagés avec l’agence parisienne.

Dernièrement, le bureau local s’est vu confier la définition du schéma directeur d’un domaine de 3 500 hectares au sud-ouest de l’île, comprenant la restauration d’un château et la construction d’un programme de « resort » incluant golf et hôtels, livré en septembre 2017. Une belle opportunité pour exporter et poursuivre la démarche construite depuis plusieurs années par les deux associés via leurs interventions antérieures sur les Monuments historiques français : ne jamais adopter une position conservatrice visant la « cristallisation de l’édifice » mais, dans une démarche dynamique, le protéger tout en l’adaptant au monde et à ses usages actuels ; dépasser la gestion de l’instant, les effets de mode – caractérisés notamment à Maurice par la primauté de la rentabilité foncière – pour envisager l’appréhension du patrimoine sur la longue durée, sous toutes ses formes, et comme avant tout « un bien commun à transmettre » ; s’effacer pour privilégier la justesse de l’intervention architecturale, et concourir à l’entretien d’une notion chère aux deux architectes, celle de « futur historique », qui confère aux bâtiments une valeur qui transcende les époques et les architectes, pour fortifier et développer la qualité architecturale.

Texte: Maxime Decommer
Crédit Photo: Caroline Richard et Sami Trabelsi

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