Inauguré en 1988, le complexe golfique du Domaine de Massane a changé de main pour se métamorphoser. Déconstruit, reconstruit et agrandi, l’Horizon Resort Massane – porté par le groupe montpelliérain Eoden – prône une architecture, un design et un fonctionnement durables en symbiose avec les 70 hectares de nature l’environnant. Conçu par Pascal Mégias (architecte à Aigues-Mortes), Damien Carrères et Alexandre Boulin (architectes d’intérieur respectivement à Lyon et Toulouse), le projet relève d’un quasi-sans-faute, tant fonctionnel qu’esthétique, où le dehors et le dedans vibrent à l’unisson.

 

Camarades du sport à l’éco-loisirs

En 1984, Guy et Alain Jeanjean rachètent le Domaine de Massane et le Mas Rouge sur la commune de Baillargues pour y réaliser un complexe golfique. Dessinés par l’architecte californien Ronald Fream, le parcours de 18 trous ouvre dès 1988, celui de 9 peu après. Dix ans plus tard, un hôtel*** – avec salles de séminaires, spa et restaurant –, 39 appartements et une villa parachèvent l’ensemble.

En 2019, Catherine Soler et Erick Gay fondent Eoden, « société familiale d’investissement et de développement engagée dans la création d’écosystèmes durables et performants dont les projets doivent contribuer à mieux produire, mieux consommer et mieux vivre. Ses actions se déploient dans quatre secteurs en cohérence : la décarbonation et l’économie des ressources naturelles, l’hôtellerie expérientielle, la promotion immobilière et l’agro-écologie ».

L’année suivante, elle acquiert le Domaine de Massane afin d’y expérimenter un équipement sportif et touristique plus vertueux. Après consultation, l’agence d’architecture Mégias-Vernhes est retenue. Les études préliminaires aboutissent à l’option d’une déconstruction sélective suivie de la construction d’un nouveau bâtiment éthiquement durable de 9 000 m2. Ayant souhaité changer d’architecte d’intérieur en cours d’opération, le maître d’ouvrage sélectionne Damien Carrères et Alexandre Boulin. Bien qu’ils n’aient jamais travaillé ensemble, les audits du projet réalisés par ces deux passionnés de dessin et de détails convergent ; leur travail à quatre mains et à distance se révèle aisé et particulièrement cohérent. La greffe tardive avec Pascal Mégias et l’Atelier Pep’s – le paysagiste – prend elle aussi : leur collaboration sera constructive, faisant fi des a priori, chacun restant à l’écoute de l’autre tout en partageant le même souci de bien faire.

Programme environnemental

Ciblant une montée en gamme des prestations, y compris en matière d’environnement, le bâtiment neuf héberge un hôtel**** de 84 chambres, un restaurant bistronomique, un bar avec vaste terrasse paysagée, un spa de 700 m2, un centre de remise en forme avec salles de sport (150 m2) et de cours collectifs (130 m2), un pôle séminaires de 1 000 m2 ainsi qu’un vestiaire, une boutique et un parking couvert destinés aux golfeurs. Toutes ces aménités sont autonomisées afin de pouvoir accueillir indépendamment une clientèle extérieure, gage de leur bon équilibre financier respectif. Béton bas carbone, panneaux photovoltaïques équipant les toitures, par ailleurs végétalisées, géothermie, orientation sud-ouest, ombrières et plantation de 1 500 arbres d’essences méditerranéennes concourent au confort thermique et énergétique général. La partie hôtelière dispose également de 39 appartements (du studio au T3) rénovés, répartis dans six petits immeubles situés à l’entrée du complexe, pouvant être loués aux hôtes d’une nuit ou à des professionnels en déplacement sur de plus longues périodes.

Une spacieuse villa donnant sur le golf finalise l’offre ; elle peut aussi accueillir événements, shootings ou tournages… En outre, un practice de golf couvert de 24 postes sur deux niveaux a vu le jour à proximité du club house et de son food-truck ré-agencé. Une ferme en permaculture d’un hectare implantée sur le site approvisionne les cuisines du restaurant. Les deux parcours golfiques ont été optimisés tout particulièrement quant à leur consommation en eau : nouvelle graminée moins gourmande, système d’irrigation en hard-line concentrée sur les zones de jeu, sondes hydrométriques identifiant les zones déshydratées.

« Douces, sinueuses et tamisées, les circulations scénarisent subtilement la découverte de la lumière naturelle retravaillée pour chaque lieu. Dédale intimiste dans le spa pour aboutir à une piscine en second jour aux allures troglodytiques. »

Un projet global

Il importait aux concepteurs que la nouvelle construction fasse corps avec le golf, gigantesque parc tout en rondeur et en relief alternant gazon verdoyant et sable blond. Un ruban de 243 m de long – en R+2 côté parking augmenté d’un rez-de-jardin côté green – tient désormais lieu de frontière entre la nature et l’urbain, et son épaisseur s’ingénie à faire la transition sans qu’elle ne se répète dans chaque équipement et sans que la végétation ne les phagocyte !

Depuis l’aire de stationnement plantée et arborée, deux longilignes parois courbes de béton blanc quasi aveugles viennent buter sur les deux blocs de pierres appareillées qui l’encadrent tout en signalant la grande verrière du hall d’accès dont le sas en chicane est devancé par un gracile dais volontairement décentré. Épicentre de vie, le lobby sous double hauteur vous livre, à travers une seconde verrière opposée, la vue sur l’univers naturel du golf en contrebas ; seule une immense colonne centrale en béton poli s’interposant au regard. Le majestueux escalier balancé conduisant au niveau inférieur ne s’y manifeste qu’au travers de son parapet immaculé auquel s’adosse la naissance de la rampe du garde-corps en chêne clair. D’aériennes volutes textiles concentriques suspendues au plafond sculptent le vide. La réception à droite, un espace salon avec bibliothèque à gauche et une passerelle (permettant à la clientèle de l’hôtel de se rendre discrètement de la partie hébergement aux spa, espace fitness et centre de séminaires) résument la fluidité spatiale et le choix des matériaux à l’œuvre dans tout l’édifice

Douces, sinueuses et tamisées, les circulations scénarisent subtilement la découverte de la lumière naturelle retravaillée pour chaque lieu. Dédale intimiste dans le spa pour aboutir à une piscine en second jour aux allures troglodytiques, tandis que la zone de relaxation en façade préserve son intimité à l’abri de voilages et claustras. Le centre de séminaires prend la forme d’un foyer introverti, dont les salles modulables se connectent au paysage via de grandes baies vitrées (occultables). Une fois franchie la porte des chambres, puis l’entrée-salle d’eau (partiellement ouverte sur la chambre), la lumière du jour vous enveloppe enfin ; la généreuse terrasse veille à vous mettre à distance des regards extérieurs inopportuns, tandis qu’un lourd rideau procure l’obscurité complète propice au sommeil. Cette « cartographie différenciée des espaces » concerne également le niveau restauration du rez-de-jardin. Les tasseaux de bois accueillant la clientèle s’envolent en une onde continue suspendue au plafond pour esquisser en surplomb toute une déclinaison de zones courbes : ici l’anneau d’un bar central, là une banquette ceinturant une colonne, ailleurs, plusieurs alcôves nichées au sein de cimaises maçonnées ou menuisées. De généreuses baies vitrées donnent à voir une vaste terrasse paysagée dont le sol en béton désactivé s’interrompt judicieusement pour permettre aux arbres et plantations de fractionner les aires où s’attabler avec davantage d’intimité. Le dispositif sert aussi à « privatiser » visuellement le longiligne bassin de nage.

Encore une démonstration que la rigueur ne prive pas les lieux de poésie…

Fiche technique :

Maîtrise d’ouvrage : Eoden
Maîtres d’œuvre : Mégias-Vernhes (architecture), Alexandre Boulin et Damien Carrères (architecture intérieure), Pep’s (paysage)
Fournisseurs : Maison Gomez (béton ciré), Hydroconcept (spa), RBC (mobilier), Interface et Ariostea (revêtements de sol), Multizone et Bose (son), Lacoste (boutique)
Superficie : 9 000 m2
Terrain : 70 ha

Par Lionel Blaisse
Tous les visuels sont de © Bruno Preschesmisky

— Retrouvez l’article dans Archistorm 135 daté novembre – janvier 2026