PORTRAIT D’AGENCE I AMELLER DUBOIS, UNE AGENCE D’ARCHITECTURE COMME LIEU DE PARTAGE

PORTRAIT D’AGENCE

AMELLER DUBOIS, UNE AGENCE D’ARCHITECTURE COMME LIEU DE PARTAGE

Une petite impasse du faubourg Saint-Antoine à Paris. Philippe Ameller et Jacques Dubois se cachent dans un joyeux méli-mélo d’architecture ancienne et contemporaine. Le duo, depuis quelques années, étend ses bureaux sur plusieurs plateaux d’un même immeuble. Développement oblige. Cette évolution force aujourd’hui le respect, autant d’ailleurs que la passion qui anime et justifie cette progression.

UN DUO COMPLÉMENTAIRE AU SERVICE D’UNE CULTURE D’AGENCE

Associés, Philippe Ameller et Jacques Dubois sont aussi deux amis qui se comprennent et se complètent. Le premier apprend la rigueur au second, le second enseigne l’intuition au premier. Des différences, ce duo iconoclaste a fait une richesse. Très vite, les questions de style ont été éludées. Mieux, elles ont été abandonnées au profit du contexte. Certes, le mot est aujourd’hui banalisé, voire galvaudé, pour résumer l’essence d’une pratique, pourtant il a le mérite d’être clair.
L’architecture selon Ameller Dubois est aussi un exercice inspiré par le plus grand respect envers la personne et de l’usager. Les premiers projets sortis de terre au détour des années 1990 en témoignent ainsi que, désormais, bien des réalisations remarquées — le marché de Pau ou encore le commissariat de Provins supplantent ces références passées qu’étaient la bibliothèque du Raincy, le lycée d’Eaubonne ou encore l’Institut supérieur international du parfum à Versailles.
Les deux associés ont, d’une commande à l’autre, su développer une vision complémentaire du métier, mais aussi une philosophie d’agence.

Si Philippe Ameller et Jacques Dubois font, selon leur mot, « cerveau commun », 50 collaborateurs impliquent une juste répartition des tâches. À l’un, le développement, à l’autre la conception. Dans ces circonstances schématiques, Jacques Dubois se fait désormais moins présent dans le processus créatif, mais cette position lui permet un regard extérieur sur les projets en cours de développement. Il est donc celui qui fait montre de réactions épidermiques, celui qui appelle à retravailler un projet sinon à l’affiner. Il aime, en définitive, être un brin tatillon et prend plaisir à se présenter comme l’« homme du détail ».
Philippe Ameller, quant à lui, se charge de transmettre des connaissances ou de faire éclore les idées. L’intention n’est pas aussi simple qu’il y paraît, surtout face à une équipe nombreuse. Dans ce contexte, il s’agit d’orchestrer les compétences, mais aussi de constituer une culture d’agence. Fédérer en plus d’accompagner.
De fait, après tant d’années, le duo s’affirme, face à ses équipes, comme une figure tutélaire. Philippe Ameller et Jacques Dubois ne sont cependant pas ceux qui, dans un rapport vertical, imposent aux autres ce qu’ils doivent faire. Ils sont davantage ceux qui écoutent. Désormais, il appartient aux fondateurs d’orienter et de guider la réflexion plus que de l’instiguer. Bref, la richesse d’une expérience est mise à contribution.

 

ÉLÉGANCE, FONCATIONNEMENT ET HUMANITÉ DES PROJETS

Philippe Ameller et Jacques Dubois sont conscients de leur obligation. À leurs yeux, la qualité est un devoir. Parmi les thèmes sur lesquels ils restent particulièrement vigilants compte la « beauté ». Le propos dénote ! Trop rares sont les architectes, aujourd’hui, à faire usage d’un mot devenu malheureusement tabou. Le duo en est d’ailleurs pleinement conscient et précise tout de go sa pensée en assurant rechercher, avant tout, « une forme d’élégance » autant que des « émotions simples ». Ameller Dubois fait ainsi évoluer son vocabulaire architectural pour, sans cesse, loin des dogmes et des théories, l’adapter à toutes nouvelles circonstances. Pertinence et générosité, mais aussi fonction et usage sont les objectifs d’une pratique qui n’a pour finalité que « l’humanité d’un projet » : « Toute construction, en déterminant plus ou moins le quotidien de ses habitants doit, de surcroît, favoriser un sentiment d’élévation », disent-ils.

COMPÉTENCES OUVERTES

Le duo a toujours eu à cœur de construire sans jamais perdre de vue qu’une agence d’architecture est aussi une entreprise. Aujourd’hui, elle participe chaque année à une vingtaine de concours nationaux et internationaux, développe des projets et mène de front plusieurs chantiers. Son savoir-faire s’ouvre également à d’autres domaines de compétences : rénovations, extensions, restructurations lourdes, interventions en sites classés et aménagement urbain. Ce succès progressif et protéiforme est une récompense. Si Philippe Ameller et Jacques Dubois sont parfois restés discrets, avoir la gagne n’a jamais été pour eux un préalable. C’est en fait avec la plus grande sagesse que l’agence s’est construite, mais aussi avec l’intime conviction que l’acte de bâtir relève avant tout d’un sens moral.
En témoigne la prise de conscience précoce de la nécessité d’une conception architecturale durable. L’agence signe dès 2006 l’une des premières réalisations HQE en France, le Centre de la petite enfance à Issy-les-Moulineaux. Elle poursuit sa démarche par la formation de ses équipes et l’obtention, en 2009, par Philippe Ameller d’un diplôme d’ingénieur HQE. En 2021, plusieurs collaborateurs ont été formés par le Passivhaus Institute à la conception de bâtiments passifs.

La passion du métier se trouve ainsi enrichie du fait que demeure présent à l’esprit l’idéal du partage. Partage d’un art de faire, d’un outil, d’une agence, d’un lieu d’humanisme et de culture. Plus avant, il est question d’une sociabilité. Philippe Ameller et Jacques Dubois sont aussi connus pour instaurer un climat de convivialité. Ils sont ces architectes appréciés pour leur capacité à créer des liens. Chaque année, depuis vingt-cinq ans, tous deux organisent en début d’été une mémorable fête d’agence en musique et, mieux encore, depuis six ans, la première semaine de septembre, un concert rock où ils partagent la scène avec Valero Gadan. C’est donc l’intelligence du rapport humain qui dicte la ligne de l’agence et qui lui permet aujourd’hui d’avancer toujours plus loin.

Texte Jean-Philippe Hugron
Photos Michel Slomka
Visuel à la une Jacques Dubois et Philippe Ameller

Retrouvez le portrait d’agence sur Ameller Dubois dans Archistorm daté juillet – aout 2021